RÉAU
Gérant du Consulat de France.
Le commerce extérieur de la Mandchourie en 1901. — Le climat de la Mandchourie est, comme on sait, très rigoureux: le thermomètre y descend parfois en hiver jusqu’à 36° Réaumur au-dessous de zéro. Malgré cela, la demande de fourrures y est tout à fait insignifiante: les habitants moins aisés portent des vêtements en coton, doublés de ouate, les plus aisés, des soieries et des fourrures de grande valeur. Bref, plus de la moitié de la population ne demande que des cotonnades, dont il a été importé, en 1901, pour 20 millions de taëls à Nieou-tchouang, sur un total d’importations de 33,852,240 taëls. Ces importations peuvent être divisées ainsi: un tiers se compose de produits indigènes, un tiers d'articles importés des Etats-Unis et un tiers représente l’ensemble des exportations des Indes, de l’Angleterre, du Japon et de la Chine. En 1901, il a été importé pour 3,900,000 taëls de filés de coton de l’Inde, qui dominent désormais le marché. Quant aux filés de coton japonais et chinois, dont il a été importé respectivement pour 455,000 et 259,000 taëls, ils sont principalement destinés à la consommation intérieure de la Mandchourie, où ils sont manipulés par les indigènes.
Mais si, en ce qui concerne les filés de coton, les Etats-Unis ne réussissent pas à rivaliser avec les exportateurs de l’Inde et du Japon, ils dominent le marché du pétrole. En 1901, les importations de pétrole américain à Nieoutchouang ont atteint 3,172,000 gallons, dépassant d’environ un million de gallons le chiffre le plus élevé de toutes les années précédentes. Une partie considérable de ce pétrole a transité par le chemin de fer de Dalny et Port-Arthur; cependant, comme le pétrole n’acquitte aucun droit d'entrée, on ne saurait préciser la quantité d'huile minérale américaine qui a été importée par ce chemin de fer, et ce d'autant plus que le pétrole russe suit la même voie. Jusqu’à ces derniers temps, les indigènes employaient pour l'éclairage de l’huile de fèves. Ils trouvent maintenant leur compte à vendre cette huile et à brûler du pétrole, dont la consommation augmente rapidement. Le pétrole russe pourra avantageusement rivaliser avec l'huile minérale américaine, si nos exportateurs savent utiliser le chemin de fer.
Outre les cotonnades, le pétrole et la farine, on pourra importer en Mandchourie, divers produits de nos industries manufacturières. Maintenant que les troubles en Chine ont cessé, la vie économique reprend son cours normal et la population mandchourienne, qui est placée dans des conditions de travail parti-
culièrement favorables, fournira une clientèle importante au monde industriel.
Dès maintenant, le commerce d’exportation des Etats-Unis pour la Mandchourie a atteint un développement qui a nécessité l’entretien d'un service régulier de navigation à vapeur avec le nouveau port russe de Dalny. Seulement, comme les navires doivent repartir de Dalny à vide, il est impossible, du moins, quant à présent, d'établir des communications directes entre ce port et les ports de Etats-Unis.
La Mandchourie exporte des quantités considérables de tourteaux, qui sont utilisés comme engrais au Japon et en Chine. En 1901, il a été exporté, en outre, pour 920,236 taëls de soie écrue, pour 3,707,859 taëls d'huile de fèves, des peaux, des cuirs, du bétail, de l’indigo liquide, des fourrures, etc.
Les indigènes mandchoux, dont un grand nombre sont habitués au déplacement, sont moins réfractaires au progrès que les habitants des autres provinces chinoises, et ils sont plus enclins à l’achat de marchandises étrangères. A peu près 90% du total des habitants de la Mandchourie sont des ressortissants des provinces septentrionales de la Chine.
Jusqu'à l’année 1901, la douane de Nieou-tchouang, dirigée par des fonctionnaires chinois, ne fournissait pas de donnée ni sur le mouvement des marchandises, ni sur ses recettes. Depuis 1901, elle a été réorganisée et ses comptes rendus sont livrés à la publicité. D’après le dernier compte rendu de la douane, les importations des divers pays étrangers qui ont transité par Nieou-tchouang se sont élevées à 4,293,737 taëls, et accusent, comparativement à 1899, une diminution de 985,448 taëls. Mais par rapport à 1898, les importations avaient triplé, tandis qu’en 1900 il n’y en avait pas eu du tout. Il a été exporté pour 11,439,134 taëls de produits divers dans les autres ports chinois.
La Mandchourie produit beaucoup plus de céréales qu’elle n’en consomme, et elle deviendra nécessairement le grenier des pays limitrophes. (Journal de Suint- Pétersbourg.)
FRANCE
M. Delcassé, empêché d’assister au conseil des ministres du mardi 7 avril, a fait savoir à ses collègues que, sur la demande du ministre de Siam à Paris Le] 1 3
le délai de ratification pour la convention franco-siamoise avait été prolongé o
jusqu’au 31 décembre prochain. Ce délai, on le sait, qui expirait à l’origine le
7 février avait été prorogé une première fois jusqu’au 31 mars.
À la séance de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres du 27 février 1903. — M. AYMoniER, directeur de l'Ecole coloniale à Paris, entretient l’Académie d’une curieuse découverte qu’il a faite au cours de la préparation d’une histoire du Cambodge qu'il vient de terminer. On sait que les «Annales
du royaume de Siam», dont le passé est intimement lié à celui du Cambodge,
se divisent en deux parties: l’une antérieure à la fondation, en 1350, de la ville d’Ayouthia; l’autre partant de cet important événement historique pour se terminer à la destruction de cette capitale par les Birmans en 1767. La première partie dite les «Annales du Nord», compilation de dates fantaisistes et de récits légendaires, n’a jamais été considérée comme ayant un caractère réellement historique. Mais la seconde partie, dite les «Annales d’Ayouthia», a toujours été universellement admise comme authentique par les Européens aussi bien que par les indigènes. Elle donne, en effet, l’histoire des Siamoïs bien suivie et appuyée de dates précises depuis 1350 jusqu’à 1767. Or, selon M. Aymonier, ces annales modernes, compilées à la fin du dix-huitième siècle, sont apocryphes, pour leurs débuts, du moins, soit de 1350 à 1500 et plus. Elles ne méritent pas plus de créance, pour cette période, que les fabuleuses Annales du Nord. Il pense donc devoir reconstituer l’histoire du Siam sur des bases entièrement nouvelles qui peuvent se résumer ainsi. Le légendaire Phya Kuang, qui libéra la nation siamoise du joug des Cambodgiens, n’a pas vécu au sixième, au septième ou même au dixième siècle, comme on a pu le croire d’après les traditions locales. Il a régné de 1275 environ à 1324. Il fonda une capitale, Sokothai, à soixante-quinze lieues au nord de l'emplacement où devait s’élever plus tard Ayouthia. Et en cette ville de Sokothai régnèrent après lui cinq autres rois, ses descendants directs, parmi lesquels son troisième successeur et arrière-petit-fils, qui régna de 1357 à 1388 et fut un grand prince qui prit soin de laisser sur la pierre, à Sokothai même, d’éclatants témoignages de sa puissance et de sa ferveur religieuse. Ce sont ces stèles, dit M. Aymonier, qui se réveillent de leur long sommeil pour rétablir la vérité historique qu’avaient faussée l'ignorance et l’incurie des compilateurs siamois de la fin du dix-huitième siècle. C’est en 1453 seulement, que monta sur le trône le fondateur d’une nouvelle dynastie qui, au bout de cinq ou six ans, abandonna Sokothai pour aller construire au sud la capitale appelée Ayouthia. La fondation de la cité où furent reçus les ambassadeurs de Louis XIV remonte donc à 1460 environ,
soit à une période de cent dix ans après la date admise jusqu’à présent.
M. Henri CoRDIER vient d’être nommé Honorary Corresponding Member of
the Royal Geographical Society.
Dans l'assemblée générale de la Société de Géographie de Paris le 24 avril, les récompenses suivantes ont été accordées :
Grande médaille d’or de la Société, à M. Auguste PAVIE pour ses explorations en Indo-Chine (1879—1895). (Des médailles d'argent sont accordées aux collaborateurs de M. Pavie.)
Prix Auguste Logerot (médaille d’or), à M. Paul LABBÉ, pour sa mission dans l’Asie russe et le Japon (1900—1902).
Prix Francis Garnier (médaille d’argent), à M. le marquis Pierre de BARTHÉLEMY, pour ses explorations en Indo-Chine (1894—1902).
Société Asiatique. — Séance du Vendredi 9 janvier 1903. — MM. Aymo- NIER et CABATON offrent un spécimen de leur Dictionnaire Cam-français [Voir T'oung Pao, Mars 1903, p. 82] qui sera imprimé à l’Imprimerie nationale et édité par Ernest Leroux. — M. CHAVANNES traite de divers contes d’origine hindoue qu’il a trouvés dans les traductions chinoises des avadänas; il établit quelques rapprochements avec des récits qui nous ont été conservés dans les littératures grecque, sanscrite, arabe, persane et turque. — Séance du Vendredi 13 février 1903. — M. CABATON présente à la Société une notice sur les manuscrits qui ont été légués à la Société par M. Antony Lanpes. [Charles Célestin Antony Landes, né le 29 sept. 1850 à St. Laurent les Tours, canton de St. Céré (Lot): noyé accidentellement dans la rivière de Saigon, dans la nuit du 23 fév. 1893; voir T’oung Pao, IV, p. 231.]
INDO-CHINE FRANÇAISE
Par arrêté du gouverneur général de l’Indo-Chine: M. Domergue, administrateur des services civils de l’Indo-Chine, maire de la ville de Haïphong, est désigné pour remplir les fonctions de maire de la ville de Hanoï, en remplacement de M. Baille, inspecteur des services civils, en instance de départ en congé, pour rentrer en France.
M. Gautret remplira les fonctions de maire de Ja ville de Haïphong, en remplacement de M. Domergue.
— Nous sommes heureux d'apprendre que M. FinorT, Directeur de l'Ecole
d'Extrème Orient, vient d’être nommé chevalier de la Légion d'honneur.