‹ Tung pao. Toung pao (volume 4)Chapitre 34 sur 64 · ASIE RUSSE · texte numérisé non relu

ASIE RUSSE

Les bureaux de poste russes établis en Chine et notamment à Peking et Tien-tsin acceptent les objets de correspondance revêtus de timbres-poste russes, à destination de la France.

Transmis par le chemin de fer transsibérien, ils parviennent en France en vingt jours environ.

Cette organisation, toute provisoire, fera place, d’après les affirmations de l'administration russe, dans le courant du mois de juin prochain, à une organisation générale permettant d’acheminer sur l’Extrème-Orient, par la voie de Sibérie, le volumineux courrier d'Europe qui ne peut, actuellement, faute de moyens d’action suffisants, être accepté par les postes russes.

C’est uniquement, en raison du peu d'importance, comme poids et volume, des correspondances déposées dans les bureaux de poste russes établis en Chine à destination de l’Europe continentale, qu’il a été possible aux postes impériales de Russie de les faire profiter, depuis un certain temps, de la voie du transsibérien.

Un avis ultérieur fera connaître au public la date d'ouverture du chemin de fer transsibérien au service postal international.

Les journaux annoncent que le consul anglais à Calais dit que le Calais- Peking-Express du chemin de fer transsibérien, transportera, chaque année, selon les prévisions, 28,000 voyageurs de première classe qui feront le voyage

en 20 jours au commencement de l’exploitation et ensuite en 14 jours.

CHINE

Tchen Tchouen-souan, vice-roi intérimaire du Se-fch’ouan qui a rétabli l’ordre dans sa province, a été nommé vice-roi du Kouang-Toung et du Kouang-Si. Si Liang & A a été nommé vice-roi du Se-Tch’ouan. On les considère tous

deux comme des hommes énergiques, et capables.

Peking, 1% mai. — On a reçu à Peking une lettre de l’évêque Bermyn, de Mongolie, dont le diocèse englobe la région qu’habitent le général Toung Fou- Siang et le prince Touan. Cette lettre est datée de Santaoho (au nord de Ning-Hia-Fou) 13 avril. L’évêque annonce qu’il vient de terminer une tournée de deux mois dans le pays d'Ordos, dans le Kan-Sou et dans l’Alachan. Au cours de ce voyage, il a visité les domiciles de Toung Fou-Siang, des parents de ce dernier et du prince Touan, sans cependant avoir vu les exilés. L’évèque ajoute qu’il règne une parfaite tranquillité. Toung Fou-Siang, qui est dépourvu de ressources, demeure paisiblement dans un petit fort, entouré d’un certain nombre de ses gens. Il craint pour sa sécurité personnelle. Le prince Touan, que protège son beau-frère, le prince d’Alachan, vit également dans l'inquiétude, à quatre étapes de Santaoho.

Cette lettre a son importance, puisqu'elle dissipe la fable d’après laquelle Touan et Toung Fou-Siang s’apprèteraient à se diriger sur Peking à la tête

de cinquante mille hommes. (Times.)

Indemnité.

Chang-Haï, 24 avril. — Les délégués chinois se sont déclarés prêts à signer les bons or de l'indemnité. Ils entendent cependant demander que le tableau d'amortissement s'exprime non en or, mais bien en taëls de Haï-Kouan, suivant l'annexe 13 du protocole, et que les paiements d'amortissement s’opèrent au taux indiqué dans l’article 6 du protocole. En d’autres termes, seul le bon américain est acceptable, et la question tout entière se trouve de nouveau sur le tapis. (Times.)

D'après une dépêche de Chang-Hai au Times, le vice-roi de Nanking et le tao-t'ai de Chang-Haï ont signé le bon d’indemnité des Etats-Unis, mais ont renvoyé à la commission des banquiers les treize bons présentés par les autres puissances,

Le tao-t'ai a déclaré avoir reçu de son gouvernement des instructions aux termes desquelles le total des différents bons doit être égal à 450 millions de taëls d'argent. Il a ajouté que si l’on exige le payement en or, la conversion doit être opérée sur le taux du change au 1% avril 1901.

Washington, 19 mai (par service spécial). — Le département de l'Etat est informé que le chargé d’affaires anglais de Peking a signifié la décision de son gouvernement d’accorder à la Chine les mêmes conditions que les Etats-Unis pour le règlement de l’indemnité, c’est-à-dire la base de l'argent, avec réserve

pour le déficit, si les versements étaient effectués sur l’étalon d’or.

Peking, 24 mai. — La Grande-Bretagne s'étant déclarée prête à accepter le o1 Ù

paiement de l'indemnité sur la base de l'argent pendant quelques années, à la

condition qu’à la fin de cette période le paiement sera effectué sur la base de l’or en laissant ouverte la question de savoir si la Chine paierait ultérieurement la différence, le gouvernement britannique cherche à s’assurer la coopération des

autres puissances dans l’exécution de ce projet. (Havas.)

A la suite d’une querelle survenue dans un cabaret de Peking, cinquante soldats allemands et cinquante soldats autrichiens se sont livrés à une véritable bataille dans la rue à coups de briques, de matraques et de couteaux. Une compagrie allemande et une patrouille autrichienne, baïonnette au canon, ont rétabli l’ordre. Il y a eu plusieurs blessés. Les contingents allemand et autrichien seront consignés pendant quelque temps.

Les commandants des gardes des légations de Peking ont décidé de prier les ministres étrangers de prendre des mesures pour supprimer les cabarets et autres établissements mal famés dans lesquels se rendent les troupes étrangères. La présence des soldats chargés de la garde des légations dans ces établissements, dont le nombre s'accroît tous les jours, cause une mauvaise impression parmi les Chinois. La conduite des troupes étrangères est généralement excellente: si des rixes se produisent de temps à autre, c’est toujours dans ces établissements

qu’elles ont lieu.

Russie et Mandchourie.

Pe-king, 23 avril. — La Russie a posé les sept conditions suivantes pour la mise à exécution de la convention mandchourienne ef, l'évacuation de Nieou- Tchouang et de deux provinces méridionales de la Mandchourie:

1° Aucun nouveau port ne doit être ouvert en Mandchourie au commerce extérieur; aucun nouveau consulat étranger ne doit être établi en Mandchour'ie.

9° Tous les revenus des douanes de Nieou-Tchouang doivent être remis à la Banque russo-chinoise au lieu d’être remis, comme avant l’occupation russe, à la Banque des douanes chinoises.

3° Aucune partie de la Mandchourie ne doit être aliénée à quelque autre puissance que ce soit.

4 Seuls, les Russes doivent être employés dans les fonctions administratives, civiles ou militaires, en Mandchourie.

5° Une clause quelque peu obscure qui demande que l’administration chinoise ne change rien au régime actuel.

6° Les Russes doivent avoir le droit de fixer leurs propres fils télégraphiques sur les poteaux des télégraphes chinois, partout où il existera en Mandchourie des télégraphes chinois.

7° La Russie doit diriger les règlements sanitaires du port ouvert de Nieou-

Tchouancg.

Pe-king, 29 avril. — En dehors des sept demandes relatives à la Mandchourie déjà signalées, la Russie demande, dans une autre dépêche, que, seuls, les navires battant pavillon russe ou chinois aient l’autorisation de naviguer sur les eaux du Liao. Suivant les règlements relatifs à la navigation à vapeur sur les eaux intérieures, la navigation sur le fleuve en question est permise aux vaisseaux de toutes nationalités. La Russie demande, en outre, que la Chine se charge de tous les engagements pris par les autorités provinciales mandchouriennes vis-à-vis des Russes pendant l'occupation russe.

Le refus de la Chine est de pure forme et la situation ne s’en trouve nullement modifiée. (Times.)

La cinquième demande de la Russie à la Chine, précédemment indiquée comme obscure, s'applique non pas à la Mandchourie, mais à la Mongolie, dont la Chine devra s'engager à ne pas modifier la constitution.

La presse japonaise commente les demandes de la Russie. Les journaux modérés eux-mêmes expriment l'opinion que le moment est venu pour toutes les puissances intéressées à l’intégrité de la Chine et au développement de ses res-

sources commerciales, d'adopter une attitude ferme vis-à-vis de la Russie.

Pe-king, 24 avril. — Suivant la version chinoise, lorsque le prince K’ing fut saisi des demandes russes concernant la Mandchourie, il retourna le document à M. Plancon, chaïvé d’affaires de Russie, sans vouloir l’examiner. M. Townley, le chargé d’affaires anglais, et M. Uchida, le ministre japonais, ont conseillé au prince K’ing d'insister pour que la Russie rende la province, conformément à l'accord stipulant que le gouvernement chinois sera rétabli en Mandchourie tel qu'il était avant la guerre. Le ministre américain n’a pas encore fait de démarches. C’est du Japon que vient la plus forte opposition, mais on ne croit pas qu’elle aille jusqu’à la guerre. (Reuter.)

Pe-king, 26 avril. — On n’a pas encore accepté les nouvelles demandes russes relatives à la Mandchourie. Les fonctionnaires du ministère chinois des affaires étrangères sont très étonnés de l’audace russe.

Le ministère chinois des affaires étrangères a consenti à ce que la Russie recoive, à titre de compensation pour réparations et protection du chemin de fer Chan-Haï-Kouan-Nieou-Tchouang, une somme de 4,200,000 taëls provenant des recettes des douanes de Nieou-Tchouang: cette somme est actuellement en possession de la Barïque russo-chinoïise. Pendant la période d’occupation russe, la Russie bénéficia de tous les avantages que donnait le chemin de fer. Elle détient encore, déposées à la Banque russo-chinoise, de fortes sommes provenant des douanes de Nieou-Tchouang depuis le mois d’août 1900 et qui s’élevaient à 100,000 francs par semaine. (Times.)

Londres, 27 avril. — Une note communiquée aux journaux dit que le gouvernement chinois a adressé au gouvernement russe à Saint-Pétersbourg un refus formel de ses demandes relatives à l’évacuation de la Mandchourie.

Pe-king, 28 avril. — La Chine a donné à la Russie un refus formel et définitif en ce qui concerne la Mandchourie. (Havas.)

Chang-Haï, 26 avril, source anglaise (par dépêche). — Un meeting de Chinois du Sud et une réunion de comités, tenus à Canton, ont protesté contre l'intention attribuée au gouverneur Wang d'inviter les troupes françaises à l'aider à réprimer la rébellion dans le Kouang-Si.

Un autre meeting de Chinois de toutes les provinces aura lieu demain pour protester contre toute concession à la Russie concernant la Mandchourie.

Washington, 26 avril. — Dans les cercles diplomatiques, on ne témoigne pas d'inquiétude au sujet de la question de Mandchourie, et on croit que tout se bornera à une correspondance diplomatique.

En l'absence d’instructions officielles, ambassadeur de Russie a adressé à M. Hay une note dans laquelle il exprime la conviction que son gouvernement n’a aucun projet que les Etats-Unis puissent considérer comme peu amical.

On exprime la crainte que l’Allemagne et la France ne suivent l'exemple de la Russie en cherchant à étendre leurs sphères réciproques d'influence.

New-York, 26 avril. — Le ministre des affaires étrangères annonce qu’il ne s’associera à aucune protestation générale ou commune contre l’action de la Russie en Mandchourie, mais qu’il protestera pour son propre compte. D’après les dernières nouvelles de Washington, M. Hay aurait adressé des protestations à la Russie et à la Chine, affirmant à nouveau à ces deux puissances son objectif bien arrêté de garder la porte ouverte et d’attendre qu'elles remplissent les engagements qu’elles ont formellement pris. La Russie a déjà fait, par lintermédiaire de son ambassadeur à Washington, la déclaration qu’il n’y a dans son action «rien qui puisse léser les intérêts américains».

La Tribune dit que «la dernière tentative de la Russie pour s’emparer de ‘a Mandchourie est nominalement une menace et un défi au monde entier, attendu que toutes les nations, à l'exception de la Russie, se verront fermer ces provinces si la Russie parvient à s’en emparer. Mais cette tentative est surtout offensante pour les Etats-Unis, ayant été faite principalement dans l'intention de porter préjudice à ce pays». La Tribune ajoute que «la Russie a mené longtemps en Mandchourie une vigoureuse campagne antiaméricaine».

Le New York Times emploie un langage encore plus virulent. Il dit : «Cette perfidie honteuse est un fait unique parmi les nations civilisées; si la Russie était un individu au lieu d’être une grande nation, personne ne consentirait à

avoir des relations avec elle, étant donné son manque de sincérité».

Le Sun observe que la Russie refuse d'abandonner la Mandchourie, «simon à des conditions qui équivaudraient virtuellement à ne pas se retirer», et elle crée une situation «qui, sous certains points, est plus désagréable aux Etats-Unis qu’à tout autre pays. Mais on peut avoir confiance que M. Roosevelt et M. Hay protégeront les intérêts américains dans la mesure du possible. (Times).

Washington, 27 avril. — L’ambassadeur des Etats-Unis à Saint-Pétersbourg a reçu l'ordre de présenter au ministère des affaires étrangères de Russie une note qui, bien qu’étant en apparence une demande de renseignements, constitue en réalité une vigoureuse protestation contre l'attitude de la Russie en Mandchourie.

New-York, 28 avril — Une déclaration officielle du ministre des affaires étrangères russe a été publiée ici aujourd’hui au sujet de la convention que la Russie propose à la Chine.

Cette déclaration dit que les prétendues demandes de la Russie, d’après lesquelles les. ports et les villes de la Mandchourie seraient désormais fermés au commerce étranger, n'ont jamais été faites par elle.

Il est également inexact que la Russie ait demandé qu'aucun étranger, excepté les Russes, soit employé dans les services publics en Mandchourie.

Quant à l’encaissement des droits de douane à Nieou-tchouang par la Banque russo-chinoïise, c’est un état de choses existant auparavant.

La demande relative à une commission sanitaire sous le contrôle de la Russie est très importante, attendu que des vaisseaux anglais, l’année dernière, ont introduit la peste dans les régions avoisinant la Sibérie.

Pour ce qui est de l'interdiction d’aliéner à aucune puissance tout ou partie des territoires de la Mandchourie, elle est conforme à la doctrine de l'intégrité de la Chine qui a toujours fait partie du programme russe,

En résumé, le ministre des affaires étrangères russe dit qu'aucune clause de la convention dont il s’agit n’est dirigée contre une autre puissance ni contre son commerce. Les autres nations jouiront des mêmes droits commerciaux que dans l’intérieur de la Russie.

New-York, 28 avril. — D'après une dépêche de presse émanant de Saint- Pétersbourg, le ministère russe des affaires étrangères déclare ne pas avoir fait toutes les demandes qu’on lui a prêtées relativement à la Mandchourie. Le ministère dément catégoriquement qu'il ait stipulé qu'aucun nouveau port mandchourien ne doit être ouvert, qu'aucun consul étranger ne doit être admis, où qu'aucun étranger, s’il n’est Russe, ne doit être employé dans l’administration. Le ministère dément également que les Russes doivent avoir le droit de faire attacher leurs fils télégraphiques aux poteaux des télégraphes chinois.

Il attache peu d'importance à la demande d’après laquelle le régime administratif en Mandchourie ne subirait aucun changement. L'accord suivant lequel les recettes des douanes sont versées à la Banque russo-chinoise n’est maintenu qu'à titre provisoire: quand à la direction du service sanitaire, cette demande est faite parce qu'un navire anglais apporta la peste en 1902. La Russie respectera l'intégrité de la Chine. (Times.)

Washington, 29 avril. — Le département d'Etat à reçu une dépêche de l'ambassadeur des. Etats-Unis à Saint-Pétersbourg, disant que le comte Lamsdorff lui a donné l’assurance que les renseignements publiés sur la convention proposée par la Russie à la Chine, au sujet de la Mandchourie, sont absolument incorrects.

Il est inexact que la Russie ait demandé à la Chine de repousser les requêtes pour l'obtention de ports à traité ou de consulats en Mandchourie émanant d’autres puissances.

La Russie n’a pas l'intention d’exclure les autres nations des avantages qu’elle possède en Mandchourie, ni d'accorder des privilèges exclusifs aux Russes. Rien ne sera fait pour fermer ja porte actuellement ouverte.

On croit savoir que l’ambassadeur de Russie a donné hier les mêmes assu-

rances à M. Hay.

D'autre part, on mande de Pe-king au Times, le 29 avril, qu’outre les demandes relatives à la Mandchourie déjà connues, la Russie exigeait que la navigation sur la rivière Liao ne fût accordée qu'aux navires battant pavillon

russe ou pavillon chinois.

Tokio, 28 avril. — Le correspondant pékinois du journal japonais J'iji Shimpo déclare tenir du ministre de Russie à Pe-king que l'Angleterre et le Japon n'ont pas le moindre droit d'intervenir en Mandchourie, où aucune de ces deux puissances n’a sacrifié d'argent ni exposé la vie de ses nationaux. D’autre part, la Russie a dépensé sans compter vies et argent. Le ministre ajoute que le Japon devrait se contenter de la situation qu’il occupe en Corée et s'abstenir d'étendre la main vers la Mandchourie. La Russie, qui se lasse des inconvénients qui résultent du caractère indéfini du statu quo en Mandchourie, a décidé d’ajouter définitivement à son empire les trois provinces qui la composent.

La presse japonaise est unanime à protester contre la politique de la Russie

et à préconiser la résistance. (Times.)

Saint-Pétersbourg, 28 avril. — Les informations publiées par des journaux concernant de nouvelles conditions que la Russie aurait faites pour l'évacuation

de la Mandchourie sont de pure invention.

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Il n’y à rien de changé dans les intentions de la Russie en ce qui touche évacuation de la Mandchourie. L’échange imminent de vues avec le gouvernement chinois peut se rapporter aux moyens d’assurer l’ordre et le calme dans le territoire que laisseront libre les troupes impériales à leur départ. Quant au commerce extérieur, la Russie n’a aucunement l'intention de lui élever des obstacles.

Pe-kine, 30 avril. — A propos du démenti officiel de Saint-Pétersbourg relatif aux demandes russes concernant la Mandchourie, on rappelle dans les légations intéressées que le jour même où ce démenti a paru, M. de Plançon, chargé d’affaires de Russie, a déclaré à deux reprises à deux de ses collègues à Pe-king que les informations dont ces derniers disposaient à ce sujet étaient exactes.

Le prince K’ing se propose de faire auprès du gouvernement russe des représentations pressantes dans le but de le décider à opérer l'évacuation de la Mandchourie conformément aux termes de l'accord. (Reuter.)

Saint-Pétersbourg, 29 avril. — Le Novoie Vremya fait aujourd’hui les déclarations suivantes au sujet de la Mandchourie:

«D’après des informations puisées aux sources les plus autorisées, nous sommes en mesure de déclarer que la Russie n’a soumis au gouvernement chinois aucune espèce d'ultimatum. De plus, la Russie n’a pas demandé à la Chine la signature d’un nouvel accord relatif à la Mandchourie comme condition d’évacuation. Les déclarations de l’agence Reuter, ainsi que le télégramme du correspondant pékinois du Times, sont de pure invention».

Après avoir énuméré les nouvelles conditions que la Russie aurait posées relativement à l'évacuation de la Mandchourie, le Novoie Vremya dit que ces demandes n'ont rien d’extraordinaire; elles n’ont d’autre but que de sauvegarder les intérêts russes en Mandchourie, où la Russie a acquis, par suite des événements de 1900, des droits incontestables. Ce journal ajoute que dès que les demandes russes furent connues à Pe-king, les représentants de la Grande- Bretagne et du Japon engagèrent le prince K’ing à protester et à demander à son tour qu’il soit revenu, pour la Mandchourie, aux conditions existantes avant 1900. (Times.)

Pe-king, 29 avril. — L’amiral Alexeiev a publié une proclamation par laquelle il fait savoir que les étrangers peuvent voyager dorénavant dans la province de Moukden sans être munis du passeport russe, la Russie ayant retiré le 26 avril ses troupes de cette province. Néanmoins, la Russie exerce aujourd’hui dans la province un contrôle militaire aussi puissant que jamais; elle y augmente tous les jours sa puissance. (Times.)

Tokio, 29 avril. — D'après des informations officielles, les troupes russes auraient opéré l'évacuation, ou peu s’en faut, de toute la province de Cheng-King. {Times.)

Tokio, 30 avril. — On n’attache aucune importance à Tokio à la proclamation de l'amiral Alexeiev concernant l’évacuation de la province de Moukden, des bruits persistants courant ici que la Russie masse ses troupes au nord du Ya- Lou. (Times.)

Londres, 14% mai. — Lord Lansdowne fait la déclaration suivante:

«J'ai reçu de l'ambassadeur de Russie, à qui j’avais demandé des renseignements, confirmation que les informations parvenues au gouvernement anglais au sujet des conditions requises pour l'évacuation de la Mandchourie, n'étaient nullement correctes.

Les pourparlers se poursuivent à Pe-king: ils ne concernent que la Mandchourie et ont trait à certaines garanties indispensables pour assurer les intérêts les plus importants de la Russie dans la province après le retrait de ses troupes.

Quant à ce qui pourrait tendre, soit à exclure des consuls étrangers, soit à empêcher le commerce étranger ou installation de ports, de telles mesures sont loin des intentions du gouvernement impérial. Celui-ci considère, au contraire, que le développement du commerce étranger est un des principaux objets visés par la Russie en construisant des lignes de chemins de fer dans cette partie du monde,

Le gouvernement russe ayant démenti formellement les prétendues conditions qu'il aurait mises à l'évacuation de la Mandchourie, il semblait qu'il n’y ait plus qu’à considérer comme nulles et non avenues les informations publiées à ce sujet.

Hier, à la Chambre des Communes, lord Cranborne, sous-secrétaire parlementaire aux affaires étrangères, a cependant dit qu’un échange de communications se poursuit entre les puissances intéressées en Mandchourie, Le gouvernement anglais a reçu d’une source autorisée la déclaration que le gouvernement russe n’a nullement connaissance de la prétendue convention. Le gouvernement russe ajoute qu’il repousse toute intention de rechercher en Mandchourie des privilèges exclusifs, ou de se départir des assurances données par lui en ce qui concerne cette province.

Lord Cranborne a été informé, en outre, que les droits de douane perçus à Nieou-Tchouang sont déposés à la Banque russo-chinoise et inscrits à l’actifdu gouvernement chinois. Il n’est donc pas exact de dire que la Russie perçoit les

droits de douane de Nieou-Tchouang aux lieu et place de la Chine.

Le gouvernement croit savoir que les autorités russes prétendent déduire de ce fonds les sommes dépensées par eux pour les réparations du chemin de fer de Chan-Haï-Kouan à Nieou-Tchouang. On procède actuellement à un supplément d'enquête afin de savoir si cet arrangement serait de nature à compro-

mettre les intérêts des porteurs de titres.

M. Gibson Bowles a demandé, hier, à M. Balfour s’il ne croyait pas que l'Angleterre et la Russie pourraient régler leurs différends en Perse, en Afghanistan, en Asie mineure et dans les Dardanelles, par la voie de l'arbitrage. M. Balfour a répondu que, bien que le gouvernement anglais soit désireux de tirer tout le parti possible du tribunal de la Haye, il ne pense pas que les questions actuellement pendantes entre l’Angleterre et la Russie soient de na-

ture à justifier un recours à ce tribunal.

Tokio, 7 mai. — Les unionistes nationaux ont télégraphié au nom du prince Konoye aux vice-rois Youen Chi-k’ai et Tchang Tchi-toung, leur conseillant l’ouverture immédiate de la Mandchourie. Ils leur conseillent également d’accorder la concession de la voie ferrée de Wi-Jou [Yi-tcheou]|-Nieou-tchouang à un syndicat anglo-américano-japonais. Des télégrammes qu’on continue à recevoir au Japon annoncent qu'aucune mesure n’a été prise pour l'évacuation de

la Mandchourie. (Times.)

Chang-Haï, 7 mai. — La presse indigène s’efforce toujours de soulever l’opinion publique au sujet des demandes de la Russie concernant la Mandchourie, et déplore l'incapacité et la corruption des membres du Grand Conseil, dont l’apathie extraordinaire est attribuée à l'influence corruptrice, Le gouverneur du Turkestan chinois a récemment annoncé que, malgré ses protestations, les Russes établissaient dans le Turkestan une administration télégraphique indé-

pendante. (Times.)

Londres, 8 mai. — Des dépêches tendancieuses de Pe-king disant que la Russie aurait occupé à nouveau Nieou-Tchouang et ferait d'importants préparatifs de guerre, ont causé ici une émotion probablement injustifiée. La nouvelle, en tout cas, est très exagérée, et dans les milieux bien renseignés on se montre sceptique. C’est ainsi que la Pall Mall Gazette a demandé des renseignements au ministère des affaires étrangères, où on lui a répondu que la nouvelle était «absurde», puisque la ville n’a jamais été évacuée et que des préparatifs belli queux sont fort peu probables, étant donnée l’attitude politique actuelle de Russie.

L’incident est bon à enregistrer, parce qu’il indique, une fois de plus, quel. importance il convient d’attacher aux nouvelles de la Chine qui nous parvien

nent par cette voie.

Londres, 8 mai. — Dans une interview que publient les journaux du soir, le ministre de Chine à Londres aurait déclaré n’avoir reçu de son gouvernement aucune confirmation relative aux nouvelles parlant de la réoccupation de Nieou-Tchouang. Ce bruit est d'autant plus surprenant que la Russie avait accepté d’évacuer aujourd’hui même cette ville. S'il est exact, il signifie, selon l’ambassadeur, que toute la province doit être soumise ultérieurement à l’occupation russe. Quoique la Chine ne soit pas prête à engager les hostilités, elle se formalisera vraisemblablement de toute tentative semblable. Son Excellence aurait ajouté qu’il sera intéressant de voir quelle attitude prendront les autres puissances.

Pe-king, 8 mai. — De nombreuses troupes russes ont réoccupé Nieou-Tchouang. Des garnisons sont établies dans les forts situés à l'embouchure du Liao. Les Russes feraient d'importants préparatifs de guerre. (Reuter.)

Pe-king, 8 mai. — C’est le 5 mai que les Russes ont réoccupé Nieou-Tchouane. Ils ont amené nombre de canons de gros calibre et ont commandé une quantité considérable de bétail. Les Russes ont occupé également les forts à l'embouchure du Liao et envoyé un corps de troupes à Tien-Tchouan-Taï.

Le nombre des troupes russes entre le Liao et Port-Arthur est actuellement de quatorze mille hommes.

Les Russes seraient en train de construire des ouvrages militaires près de Liao-Yang, sur la route qui mène au VYa-lou. On en conclut que la Russie a arrêté un plan important, tendant à parer à toute mesure que pourraient prendre ses adversaires. (Laf}an.)

Pe-king, 8 mai. — La situation à Nieou-Tchouang est sans changement. Les revenus sont versés à la Banque russo-chinoise. (Times.)

New-York, 8 mai. — La nouvelle que la Russie a renforcé sa garnison à Nieou-Tchouang est arrivée ici ce matin et a été confirmée officiellement cet après-midi. Le ministre des affaires étrangères a reçu des dépêches de Chine qui, d’après ses propres expressions, «mettent sa patience à l'épreuve». D’après des nouvelles émanant de M. Hay, le ministre des affaires étrangères a un échange de vues avec le président, qui se trouve en Californie, relativement à l’opportunité qu’il y aurait à prendre une attitude nouvelle, laquelle, d’après des dépêches de Washington, pourrait, s’il est nécessaire, aller jusqu’à une action concertée avec l'Angleterre et le Japon. On croit que le déplacement des troupes russes est la réponse de la Russie à la protestation des puissances. (Times.)

Yokohama, 8 mai (source anglaise). — Des détachements de troupes russes

auraient pénétré en Corée ostensiblement pour protéger les concessionnaires de

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terrains boisés et on dit également qu’un important corps de troupes s’avancerait sur la ville de Wijou.

On ajoute que le gouvernement coréen protesterait contre l'attitude des Russes. (Havas.)

New-York, 8 mai. — Le New York Times dira demain, relativement aux derniers événements en Mandchourie, que les Etats-Unis ne donnèrent pas jadis leur adhésion formelle à l’alliance anglo-japonaise. Le journal ajoutera: «Néanmoins, ce n’est un secret pour personne que les intérêts et les sympathies américains étaient pleinement acquis aux buts que visait cette alliance. Les procédés récents et actuels de la Russie nous fournissent l’occasion de «garantir» (underwrite), pour ainsi dire, l’alliance. C’est ainsi que la Russie se trouve, sous bien des rapports, en présence d’une alliance anglo-japonaise-américaine. À notre avis, ce serait de la part d’une autre puissance ou alliance d’autres puissances un simple acte de désespoir que d’entrer en collision avec cette alliance, soit sur l’océan Pacifique, soit sur le littoral asiatique». (Times.)

Londres, 10 mai. — Il y a une dizaine de jours, le comte de Benckendorf, ambassadeur de Russie à Londres, déclara au marquis de Lansdowne, ministre des affaires étrangères, que la Russie n’avait aucunement l'intention de fermer la «porte ouverte» en Mandchourie, comme le prétendaient quelques dépêches de Pe-king, Chang-haï et Tokio. Cette déclaration du représentant de l’empereur de Russie est jugée plus que suffisante par les personnes raisonnables d’ici. En conséquence, les dépêches tendancieuses qui continuent et émanent des mêmes sources, principalement japonaises, n’atteindront pas leur but.

Leur objectif saute trop aux yeux; il est naturellement antirusse, mais on désire, en outre, obtenir la coopération des Etats-Unis à la politique anglojaponaise en Extrème-Orient. On répand donc le bruit, basé sur des incidents sans importance, que la Russie ne veut pas évacuer la Mandchourie et que le commerce y sera fermé pour toujours aux autres puissances étrangères. On espère ainsi provoquer une agitation publique aux Etats-Unis et, à en juger par les commentaires de certains journaux, on à réussi jusqu’à un certain point à émouvoir lopinion américaine, les Etats-Unis faisant en Mandchourie un commerce assez important qu’ils espèrent développer dans l’avenir. Heureusement, le président des Etats-Unis a trop de sagesse et trop d'expérience pour se laisser tromper par ces manœuvres; on à reçu ici une dépêche de Washington informant que le gouvernement des Etats-Unis ne s’associerait pas à une action concertée entre la Grande-Bretagne et le Japon. Pour le moment donc, les intrigues anti-russes qui ont leur origine au Japon ont échoué et la campagne que certains milieux anti-russes ont faite et continuent contre la politique russe en Chine n’a pas grande chance d'aboutir.

Washington, 9 mai. — Le comte Cassini, ambassadeur de Russieà Washington, déclare que la Russie n’a pas manqué à ses engagements et dit que les mesures prises en Mandchourie sont de simples mesures de défense. M. Takahira, ministre du Japon, se déclare très inquiet de l'attitude qu’aurait adoptée la Russie. Il ajoute que les manœuvres navales japonaises du printemps sont dépourvues de toute importance politique. (Reuter.)

Washington, 9 mai. — M. Hay, ministre des affaires étrangères, se déclare convaincu que l'attitude adoptée par la Russie en Mandchourie n’exige pas de mesures concertées. Le ministre ajoute que, pour le moment, les Etats-Unis se

bornent à surveiller la marche des événements. (Reuter.)

Chang-haï, 40 mai. — A la suite de réunions patriotiques chinoises tenues à Chang-haï et de réunions d'étudiants tenues à Tokio au sujet de l’attitude de la Russie en Mandchourie, les vice-rois et gouverneurs ont télégraphié au Grand Conseil de Pe-king pour engager le gouvernement chinois à tenir ferme contre toute agression de l’étranger. (Reuter.)

Tokio, 9 mai. — Le bruit court avec persistance que des soldats russes auraient pénétré dans Wi-Jou, se donnant comme ingénieurs, mais il semble cependant qu'ils ne devaient être qu’au nombre de vingt ou trente.

D'après des bruits provenant de différentes sources, les troupes russes seraient en train de se masser à Feng-Houan-Tch’eng, et plusieurs centaines de soldats russes passeraient en ce moment la frontière coréenne, à Tou-Man, et en divers

points, sur le Ya-Lou inférieur. (Times.)

Berlin, 10 mai, — Comme on l’a fait ressortir plus d’une fois, l'attitude de l'Allemagne dans la question mandchourienne est celle d’un spectateur. Cette attitude, d’après une dépêche de Berlin à la Gazette de Cologne, «n'empêche pas de considérer ici avec un intérêt très grand le développement des événements; la position que les puissances intéressées adopteront sera suivie avec la plus vive attention». Dans ses commentaires sur l'attitude des «puissances intéressées», la presse allemande déclare que l'Angleterre et le Japon ne peuvent, dans les circonstances actuelles, exercer beaucoup de pression sur la Russie et que les Etats-Unis ne désirent pas adopter une politique bien énergique dans cette affaire. (Times.)

Londres, 41 mai. — Les nouvelles tendancieuses émanant de sources antirusses et cherchant à créer une agitation de l’opinion publique en Angleterre et aux Etats-Unis, mais principalement dans la grande république au dela de

l'Atlantique, ont été démenties officiellement aujourd'hui. On voit facilement,

par l’exposé que l’interpellateur a fait de la question, quel était le but de ces intrigues anti-russes.

M. Walton, libéral, demande cet après-midi à la Chambre des Communes si, après le démenti donné par le gouvernement russe aux bruits d’après lesquels il ne voudrait ni restituer Nieou-Tchouang aux Chinois ni évacuer la Mandchourie, le gouvernement anglais s’occupera d'arriver à un accord défini avec les Etats-Unis et le Japon, afin d'obtenir de la Russie qu’elle remplisse promptement ses engagements.

Lord Cranborne, secrétaire général des affaires étrangères. — Le gouvernement des Etats-Unis et le gouvernement de Sa Majesté ont adressé séparément ces jours derniers au gouvernement russe des communications amicales. Le gouvernement russe à répondu qu’il avait l'intention de tenir ses engagements, bien qu’il se voie forcé de retarder momentanément l'évacuation. Comme la Chambre le sait, le gouvernement russe a déclaré qu’il ne se propose aucunement ni d’exclure les consuls étrangers, ni d’entraver le commerce étranger, ni d'interdire les ports.

«De plus, le consul de Grande-Bretagne à Nieou-Tchouang nous a fait savoir que les bruits relatifs à une réoccupation russe de cette place sont dépourvus de fondement. Dans ces conditions, le gouvernement ne voit pas de motif suffisant pour adopter l’attitude que propose l'honorable député».

Yokohama, 44 mai. — On continue à recevoir des informations contradictoires, mais quelque peu alarmantes, concernant une prétendue concentration de troupes russes d’une telle importance qu’elles menaceraient Nieou-Tchouang et la Corée. Ces nouvelles provoquent une grande indignation au Japon. La presse accuse la Russie de mauvaise foi et tout en demandant au gouvernement de maintenir la

tranquillité, elle insiste pour que les droits de traité soient respectés. (Lieuter.)

Tokio, 44 mai. — Le consul du Japon à Nieou-Tchouang dément télégraphiquement tous les bruits relatifs à la prétendue activité militaire russe et à

Vaugmentation des garnisons dans cette région. (Times.)

Saint-Pétersbourg, 41 mai, — M. Lessar, ministre de Russie à Pe-king, a quitté Saint-Pétersbourg pour aller reprendre ses fonctions dans la capitale chinoise. (Times.)

On mande de Saint-Pétersbourg au New-York Herald :

Nous avons recueilli d’une source très autorisée les sentiments du comte Lamsdorff sur la tension des rapports russo-américains à propos de la prétendue occupation de Nieou-Tchouang.

Tout repose sur de faux rapports, et le conte Lamsdorff déplore que la presse

américaine ait ajouté foi à ces racontars. Il rappelle toutes les occasions qu'a eues la Russie de montrer sa sympathie pour les Etats-Unis, notamment pendant dla guerre hispano-américaine.

Nieou-Tchouang est occupé depuis 4900 par la Russie. La Russie eût pu occuper toute la Mandchourie après la guerre de Chine; elle ne l’a fait que momentanément et s’est retirée comme elle l’avait promis.

Du reste, ajoute le correspondant, la collaborateur du comte Lamsdorff, M. Lessar, est en route pour Pe-king, et les instructions qu’il a reçues sont formelles. Lorsqu’elles seront connues, tous les différends seront aplanis et les malentendus dissipés.

Pour démontrer que les Russes ne prévoient pas de troubles, bien qu'ils se préparent à toute éventualité, les autorités de cet Etat font remarquer qu’en Mandchourie tous les trains destinés au Sud transportent des femmes et des

enfants d'officiers russes à Port-Arthur et dans diverses gares de la ligne.

Londres, 20 mai. — Le correspondant du Globe télégraphie de Saint-Pétersbourg que le monde officiel russe ne cache pas l'inquiétude que lui cause l'attitude du Japon. Celui-ci cherche par tous les moyens à provoquer une guerre avec la Russie. Il intrigue à Londres, à Pe-king et à Washington pour amener la formation d’une coalition, dont le programme serait l'expulsion des Russes de la Mandchourie.

En outre, des agents japonais, déguisés en Chinois, parcourent cette dernière province, ainsi que les possessions russes d’Extrème-Orient, achetant pour l’armée japonaise tous les chevaux disponibles et faisant main-basse sur tout le blé et le fourrage qu'ils peuvent se procurer. En conséquence, le blé et les autres céréales ont subi depuis quelques jours une hausse de prix considérable.

Ces agents se livrent ouvertement à l’espionnage. Ils relèvent le tracé des routes et des gués. Ils se livrent aussi à une propagande anti-russe des plus ardentes, faisant courir le bruit que le premier acte des Russes, dès qu'ils auront établi solidement leur domination, sera d’ordonner le massacre général des habitants.

Le gouvernement russe se trouve en partie désarmé devant une pareille campagne. Il est difficile de prouver la nationalité exacte de ces agents, en raison de la similitude des races chinoise et japonaise; les expulser en masse,

ce serait soulever un grave conflit avec le gouvernement chinois.

Odessa, 20 mai. — Le Novi Krai, qui se publie à Port-Arthur, dit que la Chine se prépare activement à la guerre; il donne des preuves indiscutables. Dans les environs de Kalgan, des munitions et des approvisionnements de toutes sortes sont accumulés par grandes quantités. Dans toute la Mongolie et

les provinces du Nord de la Chine, les mandarins s'occupent activement à

Fe d ;

acheter du fourrage pour les chevaux, du bétail et du riz pour les troupes. Des amas énormes d’approvisionnements ont été ainsi constitués aux différents points stratégiques, et le bruit court en Mongolie que le fameux général des Boxers, Toung Fou-siang, à la tête d’une nombreuse armée, va commencer avant peu les hostilités.

Londres, 20 mai. — On télégraphie de Pe-king au Times que les Russes ont concentré des troupes nombreuses sur les deux rives du fleuve Ya-lou.

Chang-Haï, 30 avril. — Une dépêche de la China American Development Company de Canton annonce que cinq ingénieurs américains et cinq ingénieurs japonais employés à la construction du chemin de fer Han-K’eou—Canton ont été attaqués par la foule à Yuan-Tan, à 96 kilomètres de Canton, sur la rivière Nord, et ont dû se réfugier dans un temple qu’ils barricadèrent. Le consul des Etats-Unis a obtenu que la canonnière Callao leur porte secours. Les autorités chinoises font partir également des troupes. (Times.)

Hong-Kong, 1% mai. — Des ingénieurs de la China American Development Company ont été victimes d’agressions dans le district de Tching-Youen. La canonnière américaine Cullao a remonté le fleuve et a découvert des instruments et des livres appartenant aux ingénieurs à bord d’une embarcation allant à la dérive. (Reuter.)

Hong-Kong, 1° mai. — En dehors de la canonnière Callao, des canonnières française, allemande et chinoise, avec deux cents hommes de troupes indigènes, sont allées porter secours aux ingénieurs étrangers victimes d’agressions à Youen-Tan. (Times.)

Chang-Haï, 4% mai. — Il résulte d’un télégramme provenant de Canton que les ingénieurs que la foule avait attaqués sont revenus sains et saufs de

Youen-Tan, d’où ils sont parvenus à se retirer avec l’aide du chef de village. (Times.)

Pe-king, 5 mai. — La légation française m'autorise à démentir les bruits d’après lesquels on s’efforcerait de faire accepter par la Chine des secours français pour la répression des troubles dans le Kouang-Si. Les Français se sont bornés à faire valoir, de temps à autre, auprès du gouvernement chinois, la nécessité qu’il y avait de réprimer tout désordre, car s'ils venaient à se

propager, les désordres pourraient gagner les territoires voisins de l’Indo-Chine

française. La France n’a jamais offert de faire partir des troupes pour le Kouang-Si, pas plus que la Chine n’a invité la France à lui accorder de semblables secours.

Le ministère chinois des affaires étrangères confirme ce démenti en déclarant que la Chine est parfaitement capable de réprimer les troubles à elle seule. (Times.)

Chang-Haï, 9 mai. — Wang Tchi-tch'oun, F 2 FE gouverneur du Kouang-Si, a fait savoir hier télégraphiquement aux commissaires chargés de la revision des traités que la rébellion dans le Kouang-Si était terminée. La

répression semble avoir été opérée sans effusion de sang. (Times.)

On écrit d'Hanoï que sur l’insistance du gouvernement général de l’Indo-Chine, les autorités de Loung-Tcheou ont fait exécuter l’assassin du lieutenant Weisgerber et cinq autres chefs pirates. Les têtes ont été envoyées au capitaine Fesch, pour qu’il constate l'identité des suppliciés.

Marseille, 5 mai. — Le Sydney, courrier de Chine, du Japon et des Indes, est arrivé ce matin à huit heures; il avait à son bord 338 passagers, parmi lesquels le commandant Hourst, de retour de sa mission sur le Yang-Tseu, accompagné du lieutenant Martin, de l’enseigne de vaisseau Duboucheron et du docteur Peretti; la durée de cette mission a été de trois ans.

Le commandant Hourst a déclaré à ceux qui l’interrogeaient qu'il avait réussi au-delà de toute espérance dans sa mission qui était purement scientifique; que lui et ses camarades n’ont jamais été indisposés et qu’ils rapportent des

collections variées de toute beauté; le lieutenant partira demain pour Paris.

Pe-king, 21 mai. — Il ne reste qu’une seule difficulté à aplanir pour que l'on puisse émettre un édit impérial relativement au chemin de fer Chang-Hai— Nanking. Aux termes de l'accord, la compagnie britannique doit recevoir une commission de 5°, sur tout achat de matériel. La Chine demande que son agent ait le droit de contrèler le montant des achats, mais la compagnie refuse, ce qui tend à provoquer de la méfiance et à créer de nouvelles difficultés pour l’avenir. La Chine déclare qu’elle attend seulement, pour lancer l’édit nécessaire,

que la compagnie ait accepté la demande en question. (Times.) Chang-Haï, 21 mai. — Le conseil des revenus s'attache en ce moment à fournir une somme de dix millions de taels pour célébrer le soixante-dixième

anniversaire de l’impératrice douairière, (Times.)

: Nous notons, en faisant toutes réserves, que suivant la statistique officielle

qui vient d’être établie, la population de l'empire chinois serait de 426 millions 447.000 habitants.

Crise du cabotage dans les mers d'Extrême-Orient. Compagnies de cabotage établies à Hong-Kong. — Hong-Kong, le 18 octobre 1902... La crise qui a sévi en Europe sur l’industrie des transports maritimes dans les deux dernières années a eu, comme il fallait s’y attendre, une répercussion désastreuse sur les compagnies de navigation en Extrême-Orient et notamment sur les compagnies établies à Hong-Kong qui desservent les ports de Chine, d’Indo-Chine, du Siam et des Philippines.

Les principales causes de cette crise ont été, de mème qu’en Europe:

19 Un accroissement exagéré des unités de transport ne correspondant pas à un accroissement équivalent des marchandises à transporter; par suite, une diminution considérable dans les prix moyens du fret;

90 Une concurrence acharnée entre les compagnies de navigation déjà établies à Hong-Kong et les nouvelles compagnies qui y ont été créées, ainsi que la formation d’ententes tacites entre les compagnies de même pavillon.

En dehors de ces causes d’ordre général, il faut également tenir compte des conséquences de deux phénomènes économiques particuliers à l’Extrème-Orient pendant la période qui nous occupe: |

a) La baisse du change du dollar qui, depuis octobre 1901, a perdu de 10 à 45 °/, de sa valeur ;

b) La diminution au Siam et en Indo-Chine des exportations du riz, denrée qui constitue en temps ordinaire l'aliment principal du fret sur les lignes de navigation dans cette zone.

La baisse de la valeur du dollar et la diminution des exportations du riz offrant un caractère transitoire, il n’y a lieu d'étudier spécialement que les faits d'ordre général signalés plus haut comme étant les causes principales de la crise qui nous occupe; on sera alors amené à indiquer quelles ont été leurs conséquences sur le marché commercial de Hong-Kong.

Augmentation des vapeurs caboteurs à Hong-Kong. — I. L’effectif des navires de ce port desservant les côtes de l’Extrème-Orient qui, jusqu’en 1900, étant déjà plus que suffisant, s’est augmenté depuis dix-huit mois de 35 unités nouvelles dont 22 battant pavillon allemand, danois, norvégien, 12 battant pavillon anglais et un seulement sous pavillon français.

D’autres unités ont aussi été envoyées d'Europe à Singapore, à Bangkok et à Saïgon. Dans ce dernier port, la «Compagnie française de cabotage des mers de Chine» a d’un seul coup expédié six vapeurs d’un tonnage moyen de mille tonnes. Tous ces nouveaux vapeurs contribuent à l’augmentation générale de l'effectif des unités de transport dont souffrent les cowpagnies de Hong-Kong.

Singapore envoyait déjà des navires dans le rayon d'action de Hong-Kong;

cette concurrence entre les deux grands ports anglais ne fera vraisemblablement que s’accroître.

Il est intéressant de remarquer que les vapeurs battant pavillon danois ou norvégien ont été envoyés d'Europe en vue d’échapper aux mauvaises conditions du trafic maritime dans les mers du Nord, notamment dans la Baltique; ces navires qui naviguent à très bon marché tendent de plus en plus à se répandre en Extrême-Orient où ils sont affrétés à des prix inférieurs par les compagnies allemandes, de préférence aux navires anglais; ces affrètements sont en effet conclus à des prix stipulés en dollars et non en livres sterling, ce qui garantit l’affréteur contre la perte qui résulterait pour lui de la baisse constante du dollar.

Diminution du fret et baisse des cours. — Alors que le nombre des vapeurs qui fréquentent les ports d’Extrème-Orient s’augmentait ainsi, les quantités de marchandises à transporter restaient sensiblement les mêmes; au cours de la lutte entre les diverses compagnies, une diminution considérable du cours des frets devait inévitablement se produire. Cette diminution a été d’environ un tiers en 1902 sur les prix pratiqués l’année précédente; sur certains parcours, elle a atteint 50 0, Le tableau ci-après donnant les frets moyens dans ces deux dernières années sur les lignes les plus fréquentées dont Hong-Kong est le centre commercial, permettra de constater cette chute rapide dans les cours du fret:

Parcours de: Année 1901 Année 1902 Hong-Kong à Saïgon . . . . O dol. 27 cents 0 dol. 13 à U dol. 16 cents

— LUS TOR SAIT EU — 24 à 25 — 15 à 16

— Manille #10 — 25 — 15

Nieou-Tchouang . — À0 à 45 — 25

Saigon a Corée hifi Mean — 55 — 25

"Fou Tehéou 00,24 — À0 à 45 — 925

==, : Manille! Ernie. rare — À0 à 44 — 925

Concurrence entre les compagnies de cabotage et groupements par pavillons. — Il. Les compagnies de navigation de Hong-Kong ont ressenti vivement les conséquences de cette baisse du fret qui, pour plusieurs d’entre elles, a cessé d’être rémunérateur. Elles se sont fait naturellement une concurrence acharnée et se sont enfin groupées dans la lutte suivant leurs pavillons.

Les vieilles maisons anglaises Jardine et Matheson et Butterfield et Swire, jadis maîtresses du marché, et qui ont accru chacune leur flotte 1901—1902 de six nouveaux vapeurs, ont formé entre elles une sorte de trust par lequel elles s'engagent à prendre des marchandises aux prix les plus bas et, par suite,

à rendre la concurrence désastreuse à leurs adversaires. Leur but est évidem-

ment de défendre les positions acquises et d’attendre que la situation s'améliore mème au prix de sacrifices considérables. Dans cette lutte, elles ont du reste des avantages marqués; elles sont les mieux représentées dans les ports d’Extrème Orient et elles possèdent diverses industries (filatures de coton de la maison Jardine à Hong-Kong et à Shang-Haï, raffinerie de sucre de la maison Butterfield à Hong-Kong, etc.) dont les produits leur assurent à toute époque de l’année un élément de fret important.

Leurs efforts sont surtout dirigés contre les compagnies allemandes et cependant, il apparaît que leurs adversaires les plus redoutables sont les compagnies japonaises.

Sans entrer ici dans des détails sur le développement prodigieux des grandes compagnies japonaises (Nippon Yusen Kaisha, Mitsui Busan, Osaka shosen et Tokyo Kishen) établies à Hong-Kong, il importe de noter que ces compagnies ont pris depuis peu une place prépondérante dans le trafic maritime entre Hong-Kong, les ports de Chine, de Formose et des Philippines.

Les vapeurs caboteurs de lOsaka shosen Kaisha ont réussi à évincer ceux de la Compagnie anglaise Douglas sur le parcours entre Hong-Kong et les ports de Formose; ils ne tarderont pas, sans doute, à chasser les vapeurs de cette même Compagnie Douglas du parcours Hong-Kong, Souatao, Amoy et Fou-Tchéou.

Entre Hong-Kong et Manille, les vapeurs de la Tokyo Kishen Kaïsha ont porté un coup sensible à la Compagnie anglaise «China Manila» qui détenait, jusqu’en 1900, le monopole du trafic avec les Philippines. Sur le trajet de Hong-Kong au Tonkin, la lutte est restreinte entre la Compagnie française A.-R. Marty et la Compagnie allemande Jebsen; mais ces deux Compagnies ont souffert également de la baisse des frets et de la diminution des exportations du riz.

Dépréciation des actions des Compagnies de cabotage. — Par suite des mauvaises conditions dans lesquelles s’est opéré leur trafic, les compagnies européennes de cabotage ont vu la valeur de leurs actions cotées sur le marché de Hong-Kong décroître rapidement et tomber bien au-dessous du pair.

Les actions de la Compagnie Douglas émises à 50 dollars ne valent actuellement que 42 dollars; pour ne pas effrayer les actionnaires, les membres du Conseil d'administration, lors du dernier exercice, ont voté un dividende de 6 0; par contre, aucune somme n’a pu être portée au compte «Amortissement». Cette Compagnie ne se maintient, du reste, que grâce à l’affrètement consenti à un prix élevé par le gouvernement britannique de plusieurs de ses vapeurs; cet affrètement constitue, en l'espèce, une subvention déguisée.

Les actions de la «China Manila Co» émises à 50 dollars, sont actuellement cotées à 32 doll. 1/, et l’on appréhende une nouvelle baisse de cours; celle de l’«fndo-China Co» (Compagnie Jardine et Matheson) émises à 10 £ ne valent

plus que 80 dollars ayant ainsi perdu 1/3 de leur valeur primitive. Quant aux Compagnies dont les actions ne sont pas cotées, on est fondé à supposer qu’elles ont subi des dépréciations à peu près semblables.

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