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Des demandes de renseignements sur les moyens de procurer à Chambre : . : ] on ; Commerce notre Commerce maritime, toute l'extension dont il était susceptible, Lorient.
étaient adressées par le Ministre de l'Intérieur, qui recevait l’inté-
ressant rapport suivant:
Ministère de l'Intérieur
Bureau du Commerce
Sur les moyens de donner de l’extension à notre Commerce intérieur et extérieur.
A son Excellence Monseigneur le Ministre Secrétaire
d'Etat au Département de l'Intérieur.
Monseigneur.
La Chambre de Commerce de L’Orient a reçu la Lettre que Votre Excellence lui a fait l'honneur de lui adresser le 6 Mars dernier, pour obtenir des renseignements sur les moyens de procurer à notre Commerce Maritime, toute l'extension dont il est susceptible, soit dans nos colonies, soit dans les possessions coloniales étrangères.
Nous n’entretiendrons Votre Excellence que des Colonies Orientales, notre Place nayant eu jusqu’à présent que très peu de rapports avec les Colonies Occidentaies.
Quelque tardives que soient les observations que nous allons présenter à V. E., nous nous persuadons cependant qu’elles seront favorablement accueillies: dans cette confiance nous nous permettrons de lui faire connaître quelques unes des causes qui jusqu’à présent ont entravé et même souvent ruiné les opérations maritimes les mieux combinées.
Une des principales, est le peu de stabilité du système des Douanes pour la quotité du Droit d’entrée à percevoir sur les Denrées d'outre-mer.
Dans une expédition de longue haleine et dont la durée (du départ au retour) est souvent de 15 à 18 mois, un armateur ne peut calculer les chances de son opération que d’après les droits existans au moment où il l’a commencée, Toute augmentation de droits pendant la durée du voyage devient une charge non prévue pour l'expédition et la constitue souvent en perte. Tel est le cas dans lequel s’est trouvé le navire le Nancy de Nantes, expédié pour traiter des Poivres à Sumatra, antérieurement à la Loi du 28 Avril 1816. Le droit d’entrée qui lors du départ, était à f. 80 les 100 kilogrammes à été
élevé à f. 140, ce qui, sur la cargaison d’un navire de 300 tonneaux, a produit
une augmentation de charges de f. 120.000, et a pour ainsi dire annullé les bénéfices auxquels avaient droit de prétendre les Armateurs de ce navire.
Nous nous bornerons à citer ce seul exemple persuadé qu’il déterminera le Gouvernement à modifier un système qui tendrait à détourner nos Armateurs de tenter des entreprises lointaines et de longue durée.
Nous appelerons également l’attention du Gouvernement sur les interprétations souvent forcées que l’on se permet de donner à la Loi, par des Instructions particulières. Déjà plusieurs places de commerce ont fait entendre des plaintes fondées sur les entraves qu’apportent toujours dans les opérations commerciales, des instructions qui, n'étant pas consignées dans la Loi, ne peuvent être connues officiellement. Il est à espérer que ces plaintes seront accueillies et que l’on fera disparaître toutes ces formalités minutieuses qui, sans tourner au profit du trésor, ne servent qu’à dégouter le véritable négociant et l’'empéchent même souvent de se livrer à des entreprises utiles.
Une autre entrave qu’éprouve journellement le Commerce est l’envoi à Paris des échantillons de Denrées, pour y être statué par l'Administration supérieure des Douanes, sur leur classification. Il en résulte des retards toujours préjudiciables au Commerce, et même souvent des pertes occasionnées par les variations que peuvent éprouver les Denrées en attendant les décisions de l'Autorité supérieure. Il serait à désirer, qu’en cas de contestations sur la véritable classification d’une denrée, le différend soit jugé sur les lieux mêmes par des Experts, ce qui éviterait au Commerce les retards auxquels entraine toujours un référé à l'Administration générale.
Le Gouvernement doit percevoir des droits pour subvenir à ses charges. Plus ces droits seront modérés, moins la fraude se soutiendra parce qu’elle manquera d'aliments pour corrompre. Le bon, l’honnête Négociant ne frustrera jamais le Gouvernement des droits qui lui appartiennent, et considérera toujours le fraudeur, comme le destructeur principal de son industrie.
Il serait encore à désirer que les formalités à remplir vis à vis des douanes, fussent moins compliquées: Plus elles seront simples, plus faciles elles seront à exécuter et l’on évitera par là des discussions toujours préjudiciables à cenx qui sont forcés de les soutenir.
Après avoir fait connaître à V. E., une partie des entraves que le système suivi jusqu’à présent a pu apporter au succès de nos opérations commerciales, nous lui présenterons quelques vües sur les moyens à employer pour donner de l'extension à notre industrie intérieure et à notre Commerce extérieur, principales sources de la prospérité d’un Etat.
Un des plus puissants et qui tendrait à favoriser les expéditions ayant pour but d'ouvrir de nouvelles branches de Commerce à la France, serait d’assimiler les denrées qui proviendraient des Pays hors de la domination
européenne, aux mêmes droits d'entrée que paient celles que nous tirons de
nos possessions d'Amérique et d'Afrique, ce serait pour nos Armateurs un faible dédommagement des fortes mises hors et les grands frais auxquels sont toujours assujeties les expéditions qui se font pour les mers de l’Inde et de l’Asie.
Un autre moyen auquel l’Angleterre doit toute l'influence dont elle jouit depuis si longtemps, serait d'établir des Consuls ou Agents de commerce sur tous les points susceptibles de présenter un aliment au Commerce. Quelque partie du globe que l’on parcoure, on y trouve un Agent anglais qui tout en servant de point d'appui au Commerce, enrichit sa patrie du fruit de ses découvertes et de ses travaux. Sous un Gouvernement qui veut réparer les maux qui ont pesé sur la France pendant tant d’années, le Commerce doit espérer qu'il trouvera un appui partout où il se présentera pour ouvrir de nouveaux débouchés à notre industrie.
L'Etablissement de Consuls ou Agents de commerce français dans certains Pays de l’Asie, entrainerait sans doute le Gouvernement dans quelques dépenses qui cependant pourraient n'être pas très-considérables quant aux armements, si l’on profitait des expéditions qui se font annuellement à Bourbon et à Pondichéry pour transporter les Agents français aux lieux de leur destination. Le Gouvernement serait indemnisé des dépenses, par l'extension que prendraient notre industrie intérieure et notre commerce extérieur, par une plus forte perception de droits de douanes produite par des importations françaises, enfin par l'accroissement de notre marine marchande qui devra toujours être considérée comme la pépinière de la Marine militaire.
La Révolution et les résultats de vingt-cinq années de guerres maritimes, ont totalement changé les bases sur lesquelles s’exploitait autrefois le commerce de l'Inde et de l’Asie.
Les Progrès qu'ont fait en Europe les manufactures de coton joints aux prohibitions à l'entrée de tous tissus, ne permettent plus de songer à en former des cargaisons de retour. Nous devons donc nous borner au commerce des matières premières et rechercher quels sont les pays qui peuvent nous les procurer en plus grande abondance et aux prix les plus modérés, en même temps qu'ils offriraient un plus grand débouché aux Produits de notre sol et de notre industrie.
La Cochinchine nous parait être le pays où l’on pourrait réaliser ce double but. Voisine de la Chine, du Cambodge, du Tonquin, du Siam et des Philippines, elle offrira toujours par ses productions et celles des Pays qui l’avoisinent, des ressources précieuses au Commerce et un débouché important à tous les articles d'Europe qui s’exportent pour les Mers de l'Inde et de l’Asie.
Le Gouvernement cochinchinois accueillerait favorablement un Agent de Commerce français institué et soutenu par l'Autorité Royale, car on ne doit pas perdre de vue que le Souverain actuel de ce pays a été élevé par l'évêque
d’Adran, qu’en 1786, il est venu en France sur la frégate la Méduse, que c'est
à des Français qu'il est redevable des progrès que l’industrie et les arts ont fait dans ses Etats.
Au nombre des Français qui ont servi et servent encore le Roi de la Cochinchine, on peut citer M. Dayot ainé de Redon (Parent de M. Borne Bonet, l’un des Membres de notre Chambre) mort Prince Mandarin de la Cochinchine qu’il a enrichie d’un atlas précieux contenant dans le plus grand détail et dans la plus grande perfection les Plans de toutes les côtes, baies, rades et ports de ce Royaume. Un des originaux de cet Atlas dont M. Borne Bonet a reçu des copies qui lui ont été envoyées par M. Jh. Dayot de l'Ile de France, (frère de celui mort à la Cochinchine) est resté enfoui dans la poussière du Dépôt des Cartes de la Marine à Paris. Le dernier Gouvernement sur le rapport d’une Commission spéciale nommée pour en examiner le travail, en ayant reconnu tout le mérite, ordonna que ces cartes seraient gravées à ses frais. Il faut que quelque motif et intérêt particulier, se soit opposé à l’exécution de cet ordre, et ait ainsi privé la Marine française de Documents d’autant plus précieux, que jusqu’à présent les parages de la Cochinchine ont été peu fréquentés par les Européens.
Il est d’autres Français, tels que MM. Olivier, Chaigneau, Barisy, Boissonneau, etc. qui par leurs talents ou leurs connaissances ont porté l’industrie et les arts au point où ils le sont aujourd’hui en Cochinchine et qui pour récompense de leurs services ont été élevés aux premières fonctions du Royaume.
Si le Gouvernement français se décidait à former un Etablissement à la Cochinchine, M. Borne Bonet lui offre ses services: Muni de recommandations de la famille Dayot et d’autres qu'il peut se procurer, il concourra de tous ses moyens à obtenir des concessions favorables au Commerce français et d’un grand intérêt pour son gouvernement.
La Cochinchine produit à très-peu d'articles près tout ce que fournissent la Chine, le Bengal, les Côtes de Malabar, d’Orixa et du Coromandel: Tous les articles d'Europe qui s’exportent pour ces derniers pays obtiendraient un débouché d'autant plus certain et avantageux que jusqu’à présent les Cochinchinois n’ont traité qu’en seconde et troisième main avec les seuls Chinois. Il nous parait donc essentiel de former un établissement dans un pays où nous pouvons acquérir la suprématie du commerce et nous tirer de la dépendance et de la trop grande concurrence que nous éprouvons en Chine et dans les autres possessions de l’Asie et de l’Inde.
Un établissement à la Cochinchine pourrait encore être considéré comme un point d'appui pour nos missionnaires qui dans tous les tems ont rendu des services éminents à la Religion et à leur Patrie.
Nous ne nous étendrons pas davantage sur la nécessité d'ouvrir des relations directes avec la Cochinchine pour apprécier les effets qui pourraient en
résulter, il suffit de consulter les mémoires de M. Poivre, intendant du Roi à
l'Isle de France, qui pendant deux ans a résidé à la Cochinchine, ceux de M. Charpentier de Cossigny, Ingénieur du Roi à lIsle de France, ceux de M. Blancard, de Marseille, enfin le discours que M. Louis Monneron, député de Pondichéry, prononça le 15 octobre 1790 à l’Assemblée nationale. Ces estimables citoyens ont bien démontré de quelle importance serait pour la France un commerce direct avec la Cochinchine pour que nous insistions davantage sur ce point.
C'est sur un prospectus que M. Borne Bonet rendit public en Décembre 1815, que la place de Bordeaux a expédié cette année trois grands navires pour la Cochinchine et qu'elle prépare d’autres expéditions. Deux navires de Nantes vont prendre cette direction, et il est à présumer que l’exemple de ces deux places, sera bientôt suivi par nos autres villes maritimes. Ce serait donc pour le Gouvernement français, un motif de former un Etablissement dans un pays qui peut offrir au Commerce toutes les ressources dont il a besoin pour prospérer, et qui peut en même temps enrichir nos Colonies de ses nombreuses productions.
Nous terminerons cette lettre, Monseigneur, en suppliant V. E. de fixer les regards paternels de Sa Majesté, sur notre malheureuse ville: elle fut autrefois le Berceau et le Centre du Commerce de l’Inde. Les malheurs produits par la révolution et les guerres maritimes, l’ont privée de toutes ses ressources et forcé une partie de ses habitants à fuir un sol qui ne leur présente plus que le Tableau effrayant de la Misère. L'Orient créé par et pour le commerce de l’Inde, possède tous les établissements nécessaires au dépôt de ce grand commerce; ne peut-il espérer, sous le Gouvernement de son Roi légitime, de rentrer dans les prérogatives dont il a constamment joui sous le règne d’un Bourbon? Un tel bienfait ramènerait la prospérité dans une ville qui donne toujours l'exemple de la soumission et du dévouement à la cause de ses souverains légitimes et la Population entière de la Bretagne en ressentirait les heureux effets.
Nous avons l’honneur d’être, avec le plus profond respect, de Votre Excellence
Monseigneur
Les très-humbles et très-obéissants serviteurs
(sig.) MonisTROL Aiîné, Maire et Président, BouiLLy, DuGray, ROTINAT, VALLIÉE, GALABERT, BOURDON, DELARIVE, J. L. BorNE BoNET, BuoraT, Membres et Secrétaire de la Chambre.
L'Orient, le 15 Octobre 1817.
Pour copie conforme à l’Original Le Secrétaire de la Chambre de Commerce de Lorient BIJOTAT.
304 HENRI CORDIEK.
Borxe Boxer, l'un des signataires, envoyait le 25 octobre 1817 une copie de ce Mémoire, au Ministre de la Marine et des Colonies, offrant de passer à la Cochinchine en qualité d'agent du Gouvernement français:
Les services que l’un de mes parents, Monsieur Dayot aîné de Redon mort Prince Mandarin à la Cochinchine a rendu à ce Pays me permettent d'espérer que je rendrais fructueuse la mission qui me serait confiée par sa Majesté.
Mes seuls titres à sa bienveillance sont mon dévouement entier à sa personne, le désir d’être utile à ma patrie, enfin les pertes que j'ai éprouvées tant par la Révolution que par la loi des finances sur l’arriéré.
J'ai été le premier à donner au commerce français l’idée de diriger ses expéditions sur la Cochinchine, et n’ai pu profiter pour moi-même des notions que j'avais sur ce pays, parce que tous moyens se trouvaient entre les mains du Gouvernement pour subir les effets de la loi sur l’arriéré.
La faiblesse de ma vue ne me permettra pas toujours de suivre avec assiduité le travail du Cabinet. Je solliciterai la faveur d’être accompagné de mon fils aîné âgé de vingt-six ans, possédant toutes les connaissances nécessaires à un bon négociant. Secondé par lui je crois pouvoir espérer de réaliser les vues paternelles de Sa Majesté pour la prospérité du commerce de ses Etats.
Si Votre Excellence avait besoin de plus amples renseignements sur mon compte et celui de mon fils je me ferais un devoir de lui faire parvenir ceux
qu’Elle jugera convenable d’exiger.
La requête de Borne Bonet qui était accompagnée du certificat suivant ne parait pas avoir reçu de suite:
Je certifie que M. BoRNE BONNET, négociant à Lorient jouit en cette ville d’une très-grande considération, tant sous les rapports d’une rigide probité et honnêteté que sous ceux de beaucoup d’expérience et de connaissances dans les opérations commerciales; qu’enfin il est à tous égards digne de mériter la confiance du Gouvernement pour remplir la mission qu’il sollicite de son Excellence le Ministre Secrétaire d'Etat au département de la Marine et des Colonies.
À Lorient, le 25 octobre 1817.
Le Commissaire-général, Ordonnateur de la Marine, par interim MAUBLANC. !)
l) Archives de la Marine et des Colonies. — CocuincniNe 1792—1818, No. 5.
Un autre candidat est recommandé comme Agent au choix du Lettre de M. Gabriac.
Ministre des Affaires étrangères par le Sieur GaBriac qui écrit au
Duc de Richelieu au sujet de son protégé Jaxssaun:
Marseille, le 25 Septembre 1817.
Monseigneur.
Votre Excellence m’a reçu avec tant de bonté lors de mon voyage à Paris cet hiver. que je me sens encouragé à lui soumettre quelques idées sur le commerce de l’Inde; je désire qu’elles puissent mériter votre attention.
Le long séjour que j'ai fait dans l’Inde, ramène souvent ma pensée vers ces riches contrées. La navigation française, malheureusement fort réduite par les évênements fâcheux qui nous ont dépouillés d’une grande partie de nos possessions coloniales, est sans doute l’objet de la sollicitude du Gouvernement.
Vous protégez, Monseigneur, de tout votre pouvoir, les efforts du commerce, et je puis compter sur votre puissant appui, si les idées que j'ai l’honneur de vous soumettre vous paraissent utiles.
Les Français sont bien reçus à la Cochinchine par le Souverain qui y règne aujourd’hui. Votre Excellence sait qu’il a été élevé par un évêque français dont les vertus seront longtemps révérées dans l'Inde.
Il reste peu d’anciens armateurs français qui fesaient autrefois le commerce de l'Inde. Parmi ceux qui figurent aujourd’hui dans nos ports, peu ont les connaissances et les moyens de se livrer aux opérations au delà du Cap de Bonne Espérance. Par sa distance, la commerce de la Cochinchine présente à la très grande majorité des armateurs français les plus grandes difficultés.
Cependant, Monseigneur, encouragé par le Gouvernement, le commerce français pourrait retirer de grands avantages de ses rapports suivis avec ce pays là.
Pour parvenir à des résultats satisfaisants, il suffit de quitter la vieille routine des anciens armateurs, Dans l’ancien système, le voyage de la Cochinchine aurait duré dix-huit mois et souvent deux ans, aujourd’hui des capitaines instruits, avec des vaisseaux fins voiliers, consultant les saisons, peuvent exécuter ces voyages dans dix ou douze mois,
Un commerce ouvert entre la Cochinchine et la France, serait d’autan plus utile qu’en servant à former des matelots, il procurerait le débouché des produits de notre sol et de notre industrie.
On peut importer à la Cochinchine un assortiment des draps de Carcassonne, un assortiment d’étamines ras de castor et de camelots; quelques étoffes
égères de Lyon; des coraux; des fusils de munition, des lames de sabres, des
glaces; du souffre raffiné, des montres, des pendules, des grapins; du vin: du savon, et plusieurs autres articles qu’il serait trop long de détailler. Ces assortiments doivent être faits, sans doute, avec choix, et non pas en grande quantité. L'expédition doit être en outre complétée par des piastres fortes d’Espagne.
On peut rapporter de la Cochinchine, du sucre à 8 ou 9 francs le quintal; des soies écrues à 8 ou 9 francs la livre: du poivre, de l’indigo, de l’ivoire et plusieurs autres articles, etc.
Malgré les dispositions bien connues du Roi de la Cochinchine, je pense que le Gouvernement français y est encore sans protection.
Votre Excellence ne penserait-elle pas, Monseigneur, qu’un Agent du Roy accrédité auprès de ce Souverain serait infiniment utile aux intérêts du commerce et de la Navigation. Le Roi de la Cochinchine verrait, sans doute, avec beaucoup d’intérèt un envoyé du Gouvernement français auprès de sa personne. Il ne pourrait voir qu'avec plaisir flotter sur ses côtes le pavillon d’une nation pour laquelle il montre dans toutes les occasions une affection marquée.
Sans doute un Agent intelligent saurait entretenir cette préférence pour les Français, employant, en même tems, tous ses moyens pour fortifier et accroître le goût des Cochinchinois pour les productions de notre sol et de notre industrie.
Si telle était votre pensée, Monseigneur, j’oserais recommander à Votre Excellence un homme qui serait, je crois, capable de remplir dignement cette mission.
J'ai l’honneur de connaître depuis longtemps Monsieur JANSSAUD, fils d’un avocat estimable qui fut longtemps maire de Forcalquier dans les Basses-Alpes. M. Janssaud a parcouru l’Inde en négociant éclairé; il parle l’anglais, il entend le malais, langue familière aux Cochinchinois. Ses principes et son caractère seraient des garants sûrs de sa conduite. M. Janssaud sera heureux, Monseigneur, d’être honoré de votre choix pour aller à la Cochinchine comme Agent du Roi pour y soigner les intérêts du Gouvernement et du Commerce.
Le Roi va avoir dans le port de Toulon plusieurs flutes sans emploi et condamnées au dépérissement. Si Votre Excellence voulait m’en accorder une d'environ 300 tonneaux pour un temps limité et à des conditions encourageantes pour moi, je prendrais avec plaisir l’engagement de l’expédier pour la Cochinchine avec un chargement convenable et cette expédition servirait en même temps à conduire l’Agent français à cette destination.
J'ai lhonneur d'être, etc.
Alexis GABRIAC !).
J) Archives du Ministère des Affaires étrangères.
LA REPRISE DES RELATIONS DE LA FRANCE AVEC L'ANNAM, ETC. 907 Gabriac écrit encore au Ministre:
Marseille, le 5 Octobre 1817.
Monseigneur.
Permettez-moi de me réferer à la lettre que j'ai eu l’honneur de vous écrire sous la date du 25 du passé.
Il sera peut-être agréable à Votre Excellence d'apprendre si Elle ne le sait déjà qu’en 1804 la Compagnie anglaise ordonna à un de ses subrécargues de partir de Canton pour aller résider à Saïgon auprès du Roi de la Cochinchine, pour obtenir la permission d'établir des factoreries dans les principaux ports de son royaume. La Compagnie anglaise sait bien que si elle avait pu parvenir à son but, elle en aurait retiré des avantages immenses, Mais toutes les démarches de cet Agent anglais furent inutiles, et la Compagnie attribua la mauvaise issue de cette mission à l'influence des Français, et à la partialité du Roi pour eux.
Il est de fait. Monseigneur, que si Votre Excellence juge à propos de seconder les efforts du commerce à la Cochinchine, les Français n’auraient plus besoin d’aller à Canton pour se procurer les articles de Chine dont nous pouvons avoir besoin. Les importations de la Chine dans les ports du Roi de la Cochinchine, sont telles qu’on pourrait s’y procurer, à aussi bon marché, tous les objets qu’on traite à Canton.
J'ai des informations les plus étendues sur ce pays-là, mais je crois devoir épargner à Votre Excellence de plus longs détails.
Agréez, etc.
Alexis GABRIAC 1).
Le Duc de Richelieu avait déjà pris ses dispositions ainsi qu’en
témoigne la lettre suivante et comme nous le verrons par la suite:
Paris, le 29 Octobre 1817.
Vous me faites part, Monsieur, par les lettres que vous avez bien voulu m'écrire, les 25 Septembre et 5 de ce mois, de vos vües pour faire prendre à notre Commerce avec la Cochinchine toute l'importance dont il peut être susceptible.
Je vous remercie de cette communication dont l’objet avait déjà fixé mon
attention. Déjà l’on a fait les dispositions qui ont été jugées les plus propres à
1) Archives des Affaires étrangères.
assurer le rétablissement de nos relations avec ce pays, pour lequel il a été fait quelques expéditions. Il convient d’en attendre le résultat.
Je me réserve au surplus de me faire plus particulièrement rendre compte de vos observations et je recevrai avec plaisir toutes celles du même genre que vous pourriez avoir encore à me communiquer.
Recevez, etc. 1).
Voici d’ailleurs le Projet d'établir un Comptoir en Cochinchine adressé le 15 novembre 1818 par le sieur Janssaup à S. E. M. le
Comte Moz£ ?), Ministre de la Marine et des Colonies:
Monseigneur.
Nous sommes arrivés à cette heureuse époque où tous les genres d’industrie prenant un libre essor vont accroître et multiplier les richesses de l'Etat.
Le commerce maritime que l’on peut considérer comme la source qui alimente tous les autres, longtemps opprimé jusqu’à l’anéantissement, se relève aujourd’hui (non sans efforts) et cherche à se créer de nouvelles ressources, sous les auspices d’un gouvernement protecteur et la garantie d’une paix que tout nous promet devoir être durable.
Je me suis persuadé, Monseigneur, que tout ce qui avait quelques rapports à ce commerce ne pourrait manquer d’intéresser Votre Excellence; et plein de confiance dans cette idée je viens lui soumettre le Projet d’un Etablissement que je me propose d'aller former en Cochinchine, et de l’exécution duquel je m'occupe en ce moment.
Ayant fréquenté les mers de l’Inde pendant plusieurs années, j'ai pu m'y convaincre de l'importance dont le commerce de Cochinchine serait susceptible de devenir pour nous. Mais pour le faire avec succès il faut qu’un établissement dans le pays même y fasse naître la confiance et encourage les habitants à se livrer davantage à la culture de ce genre de production dont nous leur assurerions annuellement le débit et l’exportation. Car jusqu'ici les Chinois et les Portugais de Macao étant pour ainsi dire les seuls en possession de ce commerce, leurs exportations sont bornées à des quantités qui ne varient guère, et les cultivateurs n’ont aucun motif qui les porte à multiplier leurs productions au-delà de ces mêmes quantités dont le débouché leur est assuré d'avance.
Les produits de la Cochinchine sont variés et peuvent devenir abondans. Il s’agit avec le secours du temps et des soins convenables, d’attirer chez nous
1) Archives des Affaires étrangères.
2) Louis Matthieu, Comte Moté, né à Paris, le 24 janvier 1781; + au château de
Champlâtreux, le 23 nov. 1855. — Ministre de la Marine, 12 sept. 1817—déc. 1818.
une partie de ces produits; tels que sucre, poivre, indigo, coton, écaille, ivoire, soie écrue, &'. Indépendamment des bois de construction que nous pourrions quelquefois employer dans le pays même, on y trouve aussi des bois de marqueterie d’une grande beauté dont nos ébénistes tireraient sans doute un très-grand parti.
Ce pays nous offre encore nombre d’articles dont notre commerce trouverait un placement avantageux sur divers autres marchés de l’Inde, ce qui nous conduirait à participer bientôt à ce commerce de cabotage si immense dans ces contrées et si propre à former des marins.
Les avantages qui résulteraient pour la navigation française d’un commerce constant et régulier avec la Cochinchine sont trop évidents pour qu'il soit nécessaire d’en entretenir ici Votre Excellence. Mais je crois devoir chercher à démontrer que l'intérêt de nos manufactures (en soye particulièrement) s’y trouve également lié.
Les Chinois sont devenus dans ce genre des concurrens dangereux. Aux avantages d’une population ouvrière qui est immense, se joint celui de récolter en abondance les matières premières tant dans leur propre pays que dans les pays circonvoisins et particulièrement la Cochinchine qui produit une trèsgrande quantité de soye écrue qu’ils achètent à vil prix, étant sans concurrens, et la portent chez eux dans cet état pour y être employée.
C’est cette branche de commerce qu'il est surtout important de ne rien négliger pour attirer à nous, afin de faire diminuer en France le prix de cette matière et de mettre nos manufacturiers à même de soutenir avec avantage la concurrence des Chinois dans le prix de bons objets manufacturés.
Pour prouver que les soyeries de Chine font réellement un tort immense aux manufactures françaises dans ce genre il me suffit de citer l’exemple des Américains dont le commerce à la Chine est sans contredit le plus considérable après celui des Anglais.
En 1817, c’est-à-dire dans l’année même de la paix entre les Anglais et les Arméricains, les demandes en soyeries françaises par ces derniers furent si orandes que nos fabricants pouvaient à peine y suffire. Il en résulta nécessairement une hausse dans les prix.
L'année suivante nos fabriquants s’attendaient à des demandes pareilles, et s'étaient approvisionnés en conséquence; mais ils furent trompés dans leur attente. Les Américains avaient, dans l'intervalle, porté à la Chine des échantillons de toutes nos étoffes, et tous ces modèles y furent si parfaitement imités que les Soyeries de Chine ont depuis prévalu aux Etats-Unis sur les Soyeries françaises. Ceci n’a d'autre cause dans la différence que les prix d'achat, et cette différence est telle que les importeurs obtiennent toujours quelques bénéfices sur les soyeries de Chine, tandis que les nôtres ne peuvent plus vendre
qu'a perte sur les mêmes warchés,
L'avantage que les Américains trouvent à ce commerce doit être bien grand puisqu'ils préférent entreprendre des voyages qui durent souvent plus d’une année, pour aller chercher à Canton des soyeries qu’ils ne peuvent payer qu'avec des piastres fortes plutôt que de faire acheter ces mêmes articles en France où ils peuvent les payer avec les produits de leur propre pays et dont ils peuvent aisément faire trois fois le voyage dans le même temps qu’ils n’en feront qu’un à la Chine. Il est vrai qu’ils en rapportent divers autres articles, mais c’est toujours en soyeries qu'est employée la plus forte somme d’argent.
Ces faits sont constants et à la connaissance de toute personne qui a un peu suivi le commerce Américain. Ils n’en font que plus vivement sentir combien il est important pour nos manufactures que nous puissions leur procurer des matières premières à des prix qui leur permettent de soutenir toute concurrence étrangère.
Outre le commerce direct que nous pourrions faire avec la Cochinchine, la situation géographique de ce pays peut en faire également le centre d’un commerce immense avec les autres parties de l'Inde; et il faudrait bien peu de travail à une nation européenne qui y établirait des comptoirs, pour y attirer le commerce dont elle profiterait autant et plus que les naturels euxmêmes. Nombre de vaisseaux qui ont été jusqu'ici dans l’usage d’aller prendre leurs chargemens à Canton, où ils sont tenus dans une dépendance des Chinois tout à la fois humiliante et coûteuse viendraient, je n’en doute point, de préférence en Cochinchine dès qu’ils seraient assurés d’y trouver de quoi former leurs cargaisons; et ceux qui pour l’assortiment de ces cargaisons voudraient y comprendre les objets de Chine, pourraient également se les procurer en Cochinchine, où ils abondent tous les ans par la quantité qu’y apportent les bâtiments Chinois. Ces importations augmenteraient sans doute par la suite en raison de l'accroissement du débit qui s’en ferait.
J'ai dit que les Chinois et les Portugais de Macao avaient fait jusqu'ici, pour ainsi dire exclusivement, le commerce de Cochinchine. Le peu d’estime dont ces peuples jouissent dans ce pays là permet de croire que nous obtiendrions bientôt sur eux des avantages marqués. Le Souverain lui-même dont l'intérêt se trouverait lié à ce nouvel ordre de choses, favoriserait je n’en doute point le succès des premières opérations européennes, dans l’espoir d’attirer par suite dans ses ports une grande partie du commerce de Canton.
Le roi de Cochinchine qui a pris le titre d’empereur depuis la réunion du Tonquin à ses autres états, s’estime fort supérieur en puissance et en lumière à tous les autres Indiens. Il affecte même une sorte d’orgueilleux mépris pour l’empereur de la Chine, dont il serait en quelque sorte le vassal, puisque ce fut des ambassadeurs de celui-cy qu’il reçut autrefois (pour la formeil est vrai) l'investiture du royaume de Tonquin qu’il venait de soumettre à ses armes.
Le Roi Gia-LoNG ou empereur de la Cochinchine est sans doute un homme
supérieur dans son pays. Elève de feu Mgr. l’Evêque d’Adran, avec qui il fit autrefois un voyage en France !), son éducation l’a rendu tel. Il a quelque teinture des sciences; notre langue ne lui est point étrangère, et dans des circonstances difficiles il a montré du courage et de la présence d'esprit. Ce qui peut encore donner une idée de son caractère et de sa résolution, c’est la manière dont il congédia un agent anglais qui lui fut envoyé il y a environ quatorze ans, peu de temps après qu’il eut soumis le Tonquin à sa domination.
Cet événement qui plaçait le roi de Cochinchine au rang des princes les plus puissans de ces contrées, devait attirer l’attention des Anglais, qui jusque là avaient négligé la Cochinchine, tant à cause de l’étendue de leurs possessions dans les autres parties de l’Inde que parce que leur commerce dans ces parages se fait principalement à Canton; et peut-être aussi parce qu'ils ne voyaient point de rivaux dans ces pays-là dont ils eussent à craindre une fâcheuse influence sur leur système de commerce universel.
Quoiqu'il en soit le Roy de Cochinchine ne leur parut pas un homme à négliger, et la Compagnie des Indes résolut de lui envoyer un de ses agens les plus distingués. Elle fit choix du sieur Roberts, chef de ses subrécargues à Canton et le chargea d’une mission à la fois diplomatique et commerciale.
Cet envoyé arriva en Cochinchine vers 1804 avec deux vaisseaux chargés de marchandises et de présens. [Il commença par mettre dans ses intérêts les principaux Mandarins auxquels il n’eut pas de peine à persuader combien le commerce avec les Anglais leur fournirait d’occasions et de moyens de s'enrichir. Ces Mandarins à leur tour persuadèrent à leur Roi d'accepter les présens qui lui étaient destinés et d’accorder l’audience sollicitée par l’agent anglais qui déjà se croyait assuré du succès de sa mission.
Les Anglais n’ignoraient pas l'estime particulière et la faveur dont jouissaient les Français auprès de Gia-Long, aussi ne négligea-t-on rien pour en prévenir les effets. Par exemple on avait compris dans les présents destinés à ce prince, des tableaux qui retraçoient les époques les plus funestes de notre révolution, et rappellaient surtout les malheurs de l’infortuné Louis XVI, au sort duquel Gia-Long avait souvent donné des regrets.
On ne chercha point du reste à s'assurer des Missionnaires français, dont on crut n'avoir rien à craindre, et qui, en effet, à cette époque, étaient devenus, pour ainsi dire étrangers à leur patrie.
Mais deux autres Français, marins au service du Roi de Cochinchine, se trouvaient à la Cour vers ce même temps. Gia-Long les consulta sur la puissance Anglaise en Europe et dans l'Inde ainsi que sur l’objet de la mission du
S' Roberts, qui ne demandait rien moins que la cession d’un port et le privi- ; q Ï P
1) C’est le fils du roi actuel et non le Roi qui a été confié aux soins de Mgr. l’Evêque
d’Adran: ce prince est mort. Note MS.
lège exclusif du commerce de Cochinchine. Ces messieurs exposèrent au Roi que c'était à peu près de la même manière que les Anglais avaient commencé à s'établir dans d’autres pays dont, par suite ils s'étaient rendus les maîtres et étaient devenus les oppresseurs de ces mêmes Princes qui les avaient accueillis avec bienveillance.
. Sur ce rapport, le Roi Gia-Long (quoique d’humeur intéressée jusqu'à l’avarice) renvoya sans hésiter tous les présens qu'il avait déjà reçus et fit dire au S' Roberts que les Anglais qui désormais viendraient commercer dans ses Etats y jouiraient sans distinction des mêmes privilèges que tout autre peuple.
Cette réponse fut un congé à l'agent anglais qui repartit aussitôt pour Canton. | !)
Une pareille cession et de pareils privilèges avaient été autrefois accordés à la France, par le traité qu'avait obtenu l’Evèque d’Adran lorsqu'il vint à Versailles accompagné de son jeune pupille (le prince régnant aujourd’hui).
On se rappelle que l’objet de. ce voyage était de demander quelques secours du Gouvernement français en faveur du roi de Cochinchine alors engagé dans des guerres civiles qui lui avaient fait perdre presque tous ses Etats, et l’avaient réduit à chercher un asile à la cour de Siam.
Ce voyage fait en France lorsque ce Prince était encore enfant a laissé dans son cœur de profonds souvenirs. L'éducation qu’il reçut de M" l’Evêque d’Adran, les vertus, les lumières de ce digne prélat, pour qui ce prince eut toujours la plus proforde vénération et le plus tendre attachement, expliqueraient assez cette partialité en faveur de la France, si l’on ne se rappelait encore les services importans rendus à ce prince, dans ses différentes guerres, par un petit nombre d'officiers français. Les talents distingués de quelques-uns et la fidélité avec laquelle il fut servi de tous le confirmèrent dans. cette haute opinion que l’Evèque d’Adran avait su lui inspirer pour notre nation.
Toutes ces circonstances ne sont-elles pas de nature à encourager les Français à chercher à rétablir avec ce pays là, des relations commerciales qui n’existèrent jadis qu’en projets que les malheurs des temps empêchèrent toujours de réaliser?
Le temps est venu, ce me semble, où le commerce français peut se livrer avec confiance à des spéculations vers cette partie de l’Inde. Toutefois je ne voudrais pas assurer que les premiers voyages eussent un plein succès. L’interruption de toute espèce de communication avec ce pays là a été trop longue pour qu’on puisse espérer d'y réussir complètement dans une première opération isolée et inattendue.
1) La partie de cette lettre entre [ ] a été donnée dans le 7"oung Pao, 1903, pp. 218—219,
Ainsi que je l'ai déjà observé, les Chinois et les Portugais exportent tous les ans à peu près la totalité des produits que le pays peut fournir dans l’état actuel de son agriculture. Il est douteux par conséquent, qu’un navire français que rien n’aurait annoncé d’avance pût y trouver dans un premier voyage de quoi former sa cargaison entière.
Ce n’est donc que par l'établissement d’une maison européenne parmi ces peuples que l’on peut prévenir un tel inconvénient; parce que ces gens-là assurés, par l'effet de cet établissement même, de débouchés plus considérables qu'ils n'en ont eu jusqu'à présent, se porteraient d'avantage à la culture de ces articles qui formeraient la base de nos chargemens: et nous en obtiendrions nous-mêmes la certitude de trouver en tout temps en Cochinchine des produits suffisans pour charger nos vaisseaux.
Un autre objet non moins important de l’Etablissement que je propose, serait d’y faire naître parmi les habitans le goût de ces objets produits de notre sol et de notre industrie que notre commerce pourrait leur fournir ; quoique les Cochinchinois aient, en général, une très-haute idée de ce qui vient d'Europe, ils ont eu jusqu'ici si peu d'occasions de s’en procurer et d’en faire usage, qu'ils n’ont pu en contracter et bien moins encore en répandre le goût; il serait donc fort difficile pour ne pas dire impossible, d'y vendre dans un premier voyage pour une forte somme de ces mêmes objets.
Pour ouvrir avec succès le commerce de Cochinchine ce sont des espèces qu'il faut d’abord y porter; et pour être assuré des retours sur lesquels sont toujours fondés les avantages du commerce de l'Inde, il faut y avoir un établissement permanent dont l’objet serait d’accumuler d’une année à l’autre tous les produits que nos vaisseaux viendraient y chercher. ,
C'est un Etablissement de ce genre que j'ai le dessein d’aller former en Cochinchine et en faveur duquel je sollicite l’appui du gouvernement.
Je demande: 1° à être accrédité comme sujet et négociant français auprès du Souverain qui règne aujourd’hui en Cochinchine, et sous la protection duquel je dois placer mon Etablissement et moi-même.
2° À être également recommandé par le Ministère aux différents Gouverneurs et chefs des possessions françaises dans l’Inde, afin de pouvoir en réclamer au besoin secours et protection et avec lesquels j'aurais soin d'entretenir une correspondance suivie sur tous les sujets qui me sembleraient devoir intéresser le Gouvernement et le commerce français.
Indépendamment de l’objet particulier qui me conduit en Conchinchine, j'ose croire que pendant le séjour que j'y ferais, il ne me serait pas impossible d'y servir utilement ma patrie, et d’y obtenir des avantages importants en faveur du commerce français. Peut-être même pourrait-on s'assurer de certains privilèges, par quelque traité auquel on donnerait à peu près le caractères de
nos capitulations commerciales en Turque.
Quoiqu'il en soit, Monseigneur, rien de ma part ne serait négligé pour cultiver et entretenir avec soin les heureuses dispositions du Souverain de ce pays et pour nous rendre également favorables les principaux mandarins de sa cour. Des attentions, des égards soutenus envers des hommes susceptibles et vains, quelques présens de temps à autre, sont les moyens les plus propres à nous conduire au but que nous nous serions proposé. Votre Excellence jugera si pour y parvenir avec plus de sûreté, il ne serait pas convenable que je fusse pourvu de quelque autorisation, de quelque titre, qui, aux yeux des personnes avec qui je pourrais avoir à traiter me donnât la consistance nécessaire pour agir avec fruit.
Je suis loin, toutefois, de prétendre à l’honneur d’être revêtu d’un caractére officiel. La chose serait peu compatible avec ma qualité de négociant; et d’ailleurs, si le Gouvernement voulait être représenté dans ce pays là, cet honneur serait dû bien plutôt à l’un de ces dignes Français qui ont véritablement servi leur patrie en faisant échouer l’agent anglais dans la mission dont j’ai parlé plus haut.
Mais je suis persuadé qu’en agissant de concert avec Messieurs Vannier et Chaigneau on pourrait avec le temps et en profitant de toutes les circonstances favorables qui se présenteraient ou que l’on ferait naître, amener plus sûrement
les choses au point souhaîté que ne le ferait peut-être un agent envoyé exprés.
Lorsque je dispose tout pour l'exécution de ce projet en ce qu'il a de particulier, j'ai crû, Monseigneur, ne pouvoir me dispenser, en ma qualité de Français, de soumettre à Votre Excellence les vues les plus générales qui semblent naître du sujet même. Si Elle daigne y donner quelques moments d’attention, et qu'il en résulte pour elle la conviction que je puis être utile, elle me trouvera prêt à concourir avec tout l’empressement et le zèle dont je suis
capable, à tout ce qui peut contribuer à la prospérité du commerce françois.
Je n’attends que l’appel de Votre Excellence pour avoir l'honneur de lui présenter tels titres qu'elle pourra désirer pour déterminer le degré de confiance
qu’elle croira pouvoir m’accorder.
Je suis avec un très-profond Respect, Monseigneur De Votre Excellence, Le très-humble et très-obéissant serviteur, M. J. Jaxssaun !) Aux bains de Tivoli, rue St. Lazare.
Paris, le 45 Novembre 1818.
1) Archives de la Marine et des Colonies.
Le projet de JanssauD arrivait trop tard.
Nous avons écouté les conseils donnés au Gouvernement et venus soit du Commerce, soit de l'initiative privée; nous verrons quel fut le résultat des entreprises officielles et particulières commencées en
Cochinchine sous la Restauration.
MAJORITÉ DE L'EMPEREUR KOUANG-SIU (Décrets Impériaux, 1886)
PAR
Le . 0 Professeur à l’École des Langues Orientales vivantes, Paris.