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I. Les textes et leur interprétation astronomique

Cho-t'i-ko signifie la Règle #4 des Cho-t'i A LE : Et les

Cho-t'i sont deux groupes de petites étoiles placées symétriquement

à droite #1 hi LE et à gauche Æ hi LE de l'étoile Arcturus appelée la Grande Corne du Dragon HA K fj :

Sur chacun des côtés de (l'étoile) Ta-kio (Grande Corne) sont trois étoiles

disposées en angle comme les

eds d'un trépied: on les ap-

O CRT RENE + oi

oT pelle les Cho-l'i (celles qui gui-

dent et tiennent par la main).

Se Ov Les Cho-l'i sont indiquées en 0—O T : ; re

o ligne droite par (les étoiles)

Fig. 19. Piao du Boisseau; elles servent

à fixer les saisons et les divisions

du temps; c’est pourquoi on dit Cho-li-ko (ce que déterminent les Cho-l'i).

(M. H. Il, p. 345).

1) Voir T’oung pao 1909, pp. 121 (A) 255 (B); 1910, pp. 221 (C) 457 (D) 583 (E). Dans ce dernier article, la figure 17 (p. 621) contient nne erreur: au N E (Porc), au lieu

de = —, lisez = —. 2) Voir D, p. 469.

On attribuait done aux Cho-t'i une sorte de fonction calendérique et l'emploi de ce critère sidéral était considéré comme remontant à une époque reculée; bien informé des traditions astronomiques de par sa charge de grand astrologue, l’historien Sseu-ma Ts'ien caractérise la période de décadence astronomique qui aurait précédé le règne de l’empereur Ÿao en disant que «la constellation Cho fi ne servit plus de règle» !). |

On voudrait savoir en quoi consistait cette règle. Plusieurs auteurs ont déjà tenté d'en donner l'explication; mais ils se sont confiés, d’une part aux commentaires chinois qui sont partiellement erronés comme nous le verrons tout-à-l’heure, d'autre part aux principes illusoires sur lesquels certains astronomes ont basé une conception quelque peu fantaisiste de la science primitive. Faisant donc provisoirement abstraction des vues exprimées sur ce sujet, nous allons chercher à définir la règle des Cho-t'i par le seul secours

œéné-

des textes et des inductions que l’on peut tirer des caractères g

raux de l’astronomie chinoise.

Puisque les Cho-t’i sont placées comme des satellites à droite et à gauche d’Arcturus, cette belle étoile de 1° grandeur représente la position moyenne du double groupe Cho-t’i. Nous pouvons donc, au moins par hypothèse, substituer Arcturus aux Cho-t'i: lorsque Sseu-ma, par exemple, dit que les Cho-t'i sont indiquées en ligne droite par les étoiles Piao du Boisseau, cela signifie qu’ Arcturus est situé, comme chacun sait, sur l'alignement des deux dernières étoiles de la Grande Ourse (fig. 22). Avant de savoir en quoi consiste au juste la règle des Cho-t’i, on peut inférer qu’elle repose sur une certaine position des Cho-t'i (par rapport à l'horizon ou au méridien), position qui sera nécessairement celle d’Arcturus situé

au centre des groupes Cho-t'i.

1) Voy. D, p. 484,

La, règle des Cho-t'i semble être ainsi la règle d’Arcturus. Les Cho-t'i n’interviennent que par l’auréole qu’elles forment autour de cette étoile; elles lui font cortège, en la tenant par la main; elles sont comme une consécration de son rôle spécial, comme un attribut distinctif la désignant à l'attention des hommes.

S'il en est ainsi, nous avons à rechercher ce que pouvait être «la règle d’Arcturus» et pour cela nous devons nous demander d’abord quelles étaient les fonctions d’Arcturus dans l’ancienne astronomie chinoise.

Ces fonctions étaient de deux sortes: 1° Arcturus représente une des deux cornes du Dragon printanier dont l'apparition au crépuscule annonçait la nouvelle année. 2° Arcturus est désigné en ligne droite par le manche du Boisseau (la queue de la Grande Ourse); il participe donc spécialement au mouvement de la Grande Ourse dont la rotation autour du pôle indiquait les saisons.

Arcturus a donc un double titre au rôle de Régulateur que la tradition chinoise lui confère. Examiuons séparément ces deux fonctions.

Les Cornes du Dragon. Le palais oriental, ou palais du printemps, était symbolisé, nous l'avons vu, par un dragon dont la tête et le cou se trouvaient dans les astérismes ÆX%0 (ff corne) et X'ang (JC cou), dont le coeur était en Six (A coeur) et dont la queue se terminait en Wei (Æ queue)'). Ce palais du printemps était ainsi nommé parce que c’est là que se produisaient les pleines lunes du printemps ou, ce qui revient au même, parce qu’il apparaissait an printemps, le soir, à lorient.

Ce que l’on apercevait tout d'abord c'étaient les deux Cornes du Dragon (Arcturus et Spica). Arcturus (Ta kio) apparaissait en

premier lieu, quelques jours avant le Zi-tch'ouen, puis ensuite Spica

1) Voy. A, fig. 2, p. 170.

qui marquait l'entrée du palais du printemps !). Dans le cours du mois une partie de plus en plus grande du Dragon émergeait au crépuscule; à la fin du printemps le Dragon tout entier se trouvait au dessus de l'horizon et semblait prendre son essor dans le ciel ?).

Pour comprendre l'importance de ce mythe astronomique, il faut se pénétrer des anciennes conceptions chinoises. L'apparition de telle constellation, à telle époque de l’année, n’évoquait pas simplement une idée de concomittance, elle n'était pas considérée seulement au point de vue de son utilité calendérique: elle éveillait avant tout une émotion religieuse; le Ciel et les diverses parties du ciel étaient considérés comme la cause immédiate des transformations terrestres qui marquent le cours des saisons. Si le printemps succédait à l'hiver, ce n’était pas (comme nous le pensons aujourd’hui) parce que la hauteur croissante du soleil augmentait la durée et

l'intensité de son pouvoir calorifique, mais bien parce que le dragon

1) Arcturus se levait le premier, mais c’est l’Epi, bien entendu, qui passait le premier au méridien puisqu'il marque le point d’origine du premier sieou du printemps et se trouve par conséquent à droite de toutes les étoiles du printemps. Toutefois, si l'Epi passait le premier au méridien, Arecturus l’y suivait de très près, car ces deux étoiles, quoique fort éloignées l’une de l’autre, sont situées dans un même fuseau horaire et faisaient partie du même sieou Kio dont le nom pourrait ainsi se traduire, au pluriel, par «Les cornes».

C’est à tort que j'ai dit (E, p. 597) que «les cornes du Dragon se trouvent dans les sieou Kio et Kang; cela est vrai depuis deux mille ans environ, mais dans l’antiquité elles étaient toutes deux dans Æio, et c’est avec raison que Sseu-ma T's’ien (ou plutôt les vieux documents compilés par cet historien) classe Arcturus dans la mansion Kio. (Voy. à ce sujet la note 4 de M. Chavannes, M. H. III, p. 345).

Cette situation de 74 Kio dans le fuseau horaire de Æio confirme que, dès la période créatrice de l'astronomie chinoise, les sieou étaient des fuseaux horaires et non de simples astérismes.

2) Ce processus de Papparition du Dragon printanier se manifeste dès les premières pages du Ÿè #Æing, livre dont les développements d'ordre éthique reposent toujours sur un canevas astronomique:

«The dragon lying hid (in the deep). It is not the time for active doing.

«The dragon appearing in the field. ...

«The dragon looking as if he were leaping up, but still in the deep.

«The dragon on the wing in the sky». (LEGGE, pp. 57, 58).

De même le Chouo wen: «A l’équinoxe du printemps, le dragon s’élève dans le ciel».

LES ORIGINES DE L'ASTRONOMIE CHINOISE. 3b1

venait substituer son influence (yang) à celle de la tortue (yin). Et le progrès de cette substitution se lisait chaque soir, au crépuscule, à l'horizon oriental. Pour ce peuple agriculteur, l'apparition des Cornes du Dragon était non-seulement le gage du réveil de la nature, mais la cause même de ce réveil manifestée aux sens. Un rapport s’établissait entre ces deux Cornes sidérales pointant au dessus de l'horizon et les pousses des végétaux qui, à la même époque, commençaient à percer le sol '). La constellation Aïo présidait ainsi à la force productive du priutemps. <Quand l'Empereur vert (— Dragon printanier) exerce son influence, la Porte céleste (T'ien men = Kio) à cause de cela s'ouvre» dit le due grand astrologue (M. H. IIT, p. 411).

Le manche du Boisseau. Si, parmi les astérismes des quatre saisons, les Cornes du Dragon jouaient un rôle prépondérant en ce

qu'elles ouvraient l’année et marquaient l'établissement du printemps,

D Fi A RE € PE RE ff, Hi À ir, E # /Æ pe Do =: +4 , Xio est la tête du dragon printanier. (Quand elle apparaît) les

oiseaux et les bêtes poussent leurs cornes et les plantes brisent leurs téguments Elle préi » ature fiat L AE Rp side au renouvellement de Ja nature. g£: DEN th : D) ii Hi Hi Hi . FE x mi ff th , ho (corne) signifie pousser, percer. Les créatures (végétaux, insectes, etc.) percent la terre et sortent. Elles portent (toutes) des tiges pointues ou des cornes. (Ur. pp. 55 et S7).

: , 3 ; = a Ce dernier texte, emprunté au NI DE E , se rapporte à la note musicale Æo,

mais le nom de cette note provient lui-même du Æio sidéral comme on le voit par le À Tee À == : \ u 2 Lo a contexte : ff Fe NT 7 Ne (Chap. ff F& ww L 3 r°). Le nom même de ce chapitre aflirme l’équivalence des lois de la musique et de l'astronomie. Notons incidemment que ce même passage explique, un peu plus loin, la signification

des t trologi F = fr = + An leo e -dénine (C es ermes astro ogiques EL [a] EL ray 4 ! ae a serie enalre (CL, P- € A] À NX À

239) et pourquoi Sseu-ma dit (M. IH. III, p. 291) que la note chang fait aimer la justice: en effet F4 = 1 Æ & = automne = justice.

On trouvera au verso de la même page l’explication de deux autres termes de cette ETES Hi 2, ee série dénaire, Hg et Ze avec référence an Ye king (cf. LEGGE, p. 423); à la page T r°, on verra en outre que la prééminenee actuelle de la gauche sur la droite date bien,

comme je l’avais inféré (D, p. 486), de la restauration des anciens rites sous les //an:

7 ss À Es P& D} re KR eu . (Voy. aussi M. H. IIT, p.612, dernière ligne).

elles le cédaient cependant en prestige à la Grande Ourse, qui trônait dans le palais central, au dessus des palais équatoriaux. Chez tous les peuples cette belle constellation a été la plus remarquée, non-seulement à cause de l'éclat de ses sept étoiles et de la régularité de ses lignes, mais encore parce que, comme le dit Homère, c’est la seule qui ne se baigne pas dans les flots de l'Océan. Par suite de sa situation circompolaire elle est, en effet, æ toujours visible et c’est la seule Pc des grandes constellations qui se présente successivement dans toutes les positions, tantôt droite \ tantôt renversée. Mais si cet

astérisme polaire ‘) a attiré

l "In l'attention de tous les peuples, il devait 1 || M

ji en \ à cause du rôle capital joué, dès les

Fig. 20. origines lointaines de leur civilisation,

… captiver spécialement celle des Chinois

par l'idée de Centre et de Pôle, synonymes d'impérial et de divin ?).

La situation unique de cette constellation hors de pair, auprès du pôle, était bien loin d’être considérée par les Chinois comme une circonstance fortuite. La forme et la position de tout astérisme avaient pour eux une raison d’être mystérieuse qui se révélait d'une manière particulièrement manifeste dans la Grande Ourse: elle affec-

tait la forme d’un boisseau *) parce qu'elle était une norme céleste

mi 2 ‘) réglant l’ensemble du mouvement sidéral et dont le

1) Le grande Ourse était antrefois beaucoup plus rapprochée du pôle que de nos jours. (Voy. fig. 21).

2) Voy. plus haut, À, B et C.

3) Dans la figure ci-dessus (Ur. p. 173) Schlegel reproduit la forme du boisseau antique d’après l’encyclopédie H Hi qe RE : l’astérisme qui s’y trouve représenté n’est pas le Boisseau du nord mais le Boisseau austral qui a, d’ailleurs, la même forme.

4) C, p. 285, note.

manche était un index surnaturel montrant à toute époque poq

(au crépuscule) la marche de l’année.

Quand le Manche du Boisseau est dirigé vers l'Est — écrivait Ho kouan tseu au IV® siècle avant notre ère — il est printemps dans tout l'univers. etc. !)

Et Sseu-ma Ts'ien ajoute:

La Boisseau se meut au centre: il détermine les quatre saisons; il fait évoluer les divisions (du temps) et les degrés (du ciel); il fixe les divers comptes. (M. H. I, p. 342).

Revenons maintenant aux Cho-t'i ou, ce qui revient au même, à Arcturus. Cette étoile participait à la fois des deux règles sidérales que nous venons de rappeler et qui, toutes deux, indiquaient l’arrivée du printemps; d’une part elle se trouvait dans le sieou Kio, figurait elle-même une des cornes du Dragon et apparaissait au crépuseule au Zi-tch'ouen; d'autre part elle se trouvait sur le prolongement du Manche du Boisseau dont la direction vers le NE indiquait (au crépuscule) le Zi-tch'ouen *); ces deux conditions se réalisaient done au même moment (à la tombée de la nuit, en février, c’est-à-dire vers 6 heures du soir. D'après la première, Arcturus se montrait alors au dessus de l'horizon; et d’après la deuxième, cette apparition se produisait au NE. Nous pouvons done, par ce rapprochement, deviner déjà en quoi consistait la règle des Cho-t'i:

Quand Arcturus apparaît le soir, c’est le Z1-tch'ouen, c'est le mois yin qui commence 5 4H. À ce moment le manche du Boisseau est dirigé vers le NE c’est-à-dire vers le commencement du signe yin CA H .

D'où nous pouvons inférer qu’ Arcturus se levait alors au NE,

ce qui expliquerait cette phrase de Sseu-ma Ts'ien:

1) Voy. ci-dessous, p. 377.

2) Le Li-tck'ouen est en effet le milieu entre le solstice (où le Boisseau pointait vers le N) et l’équinoxe (où il pointait vers l'E).

Quand on fait usage de l'observation à 6h du soir, ce qui indique, c'est Piao.

Car les commentateurs nous apprennent qu'il faut entendre par là que Piao (le manche du Boisseau) indiquait, au premier mois du printemps et à 6 Qu soir, le signe sur l'horizon !).

A en juger d'après les textes, la règle des Cho-t’i indiquait done l'approche Cu Li-tch'onen par les positions successives de la Grande Ourse: au mois + le manche du Boisseau pointait vers le signe - de l'horizon et au mois +4f vers le signe ÆH:. Arcturus restait eacore invisible sous l'horizon; mais au moment où la Grande Ourse commençait à indiquer le signe fa (c’est-à-dire le mois 4 | la Grande Corne du Dragon (Arcturus), entourée des Cho-t'i, faisait son apparition et donnait le signal du réveil de la nature. La règle des Cho-t'i faisait donc ressortir la concordance des deux grands indicateurs célestes qui annonçaient tous deux l'arrivée du printemps, Po teou et Kio, auxquels le mysticisme astrologique attribuait une

finalité éminente dans le mécanisme sidéral.

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