‹ Tung pao. Toung paoChapitre 195 sur 261 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Arrivée des Portugais à Macao.

À quelle époque et dans quelles conditions les Portugais occupèrent-ils Macao? Quelques historiens prétendent que les Portugais, ayant aidé les autorités chinoises du Kouang-Toung à détruire les

innombrables pirates (ladrones) qui désolaient l'estuaire de la rivière

1) «E assy foy despachado pera hir 4 China Jeronymo Gomes, priuado do Gouernador, em huma boa nao carregada de pimenta, com grandes poderes de capitäo m6r, que lâ nom fosse ninguem senäo quem elle quigesse; o qual l foy, e fez tanto dinheiro que nom fallara seuño por cento ou cento e cincoenta mil cruzados: com que n’elle entrou tanta soberba e vaydade, que dizia que jä nom tinha poder a fortuna pera lhe tirar seus cem mil cruzados; mas Devs, por Ih’amansar a soberba, permitio darlhe tal reués que veo de Malaca pera a India sem ter huma camisa». (Correa, Lendas da India, IN, Pr. I, p. 307.)

2) «Alonso Anriques de Sepulueda, fidalgo muyto honrado que estaua em Malaca

esperando monçäo perä China, pera onde hia com huma uao carregada de pimenta». (Lendas da India, IV, p. 416.)

de Canton, obtinrent la permission de s'établir dans la partie de l'ile de Hiang-chan 7 LL, consacrée à la déesse !) A-ma, dont le port A-ma-ngao Hi HE pl ou MVgao-men pr FA est l'origine du nom de Macao. Le Ming che, cité par Bretschneider (Wediœval Res., II, pp. 318—9), donne 1549 comme date de la fondation de Macao. D'autres historiens placent en 1557 ?) la création de cette ville, qui reçut le nom de Cidade do nome de Deos de Macao. Suivant les Chinois, l'établissement des Portugais à Macao serait antérieur.

Robert Morrison écrit: «Des étrangers de Macao, tribu de l'Océan occidental (Europe), commencèrent à arriver dans la trentième année de Kia-ts’'ing>» *).

Abel-Rémusat donne la traduction du texte chinois relatif à

l'établissement des Européens à Macao: «La 32° année Kia-thsing (1553), des vaisseaux étrangers abordèrent à Hao-king; ceux qui les montaient racontèrent que la tempête les avait assaillis, et que l'eau de la mer avait mouillé les objets qu’ils apportaient en tribut. Ils désiraient qu’on leur permit de les faire sécher sur le rivage de Hao-king. Wang-pe, commandant de la côté, le leur permit. Ils n'élevèrent alors que quelques dizaines de cabanes de jonc. Mais des marchands, attirés par l'espoir du gain, vinrent insensiblement, et construisirent des maisons de briques, de bois et de pierres. Les

Fo-long-ki (Francs) obtinrent de cette manière une entrée illicite

1) Tien Heou, Souveraine du Ciel.

2) «Em 1557, a requerimento dos proprios chinois (sezundo escrevem os nossos autores) alcançaram dos mandarins de Cantäo licença para commerciarem em Macao, ficando todavia inhibidos de se alargarem pelos demais portos do imperio, concedendo-se-lhes a faculdade de irem äs feiras de Cantäo. En 1583 e 1585 alcançaram os portuguezes estabelicidos en Macau licença do vice-rei de Cantäo, com autoridade do imperador, para entre si administrarem justiça aos seus, em 1587 tweram licença do dito vice-rei CAin-su-g para 0 mesmo effeito, sendo j4 täo sensivel o augmento e riqueza do colonia portugueza, que 08 nossos Îhe pozeram o nome de cidade do Nome de Deus de Macau». (Biker, Macau, p. 14).

3) View of China, p. 13, trad. du Nyao-men ki lio.

D’après un ouvrage différent.

dans l'empire. Aïnsi les étrangers commencèrent à s'établir à Macao du temps de Wang-pe» !).

Le Père de Marsa?) ou plutôt son éditeur, raconte ainsi l'établissement des Portugais à Macao: «Macao, en chinois Ngaonan), est une petite île remplie de rochers qui la rendent de difficile accès; elle servoit autrefois de retraite aux pirates qui désoloient les côtes voisines. Les Portugais qui alloient aux Indes, ayant abordé à l'île de Sancian, pour commercer avec les Chinois, & la trouvant déserte, bâtirent sur la plage quelques cabanes, qui leur servoient d’abri en attendant leur cargaison: aussi-tôt que leurs vaisseaux étoient chargés, ils remettoient à la voile, abandonnant ainsi leurs petites habitations. Le gouvernement chinois qui avoit à coeur de détruire les écumeurs de mer, proposa de leur céder Macao, à condition d’en chasser les pirates: ces étrangers saisirent cette occasion de s'établir en Chine, & quoiqu'inférieurs en nombre aux brigands, ils vinrent à bout de les expulser & formèrent une bourgade très-peuplée ».

Dans une Requête de Tchin-mao contre les Européens au XVIII siècle, je note les renseignements suivants relatifs aux débuts des relations des Etrangers avec les Chinois: ‘) «Pendant les années Aong-tchi (depuis l’an 1488 jusqu’en 1491), les Européens faisoient leur commerce à Canton & à Ning-po; dans les années dites Æia-tsing (elles ont duré depuis l’an 1522 jusqu’en 1566), un pirate, appelé Tchang-si-lao, qui rodoiït sur les mers de Canton, s'empara de Macao, & assiégea la capitale de la Province. Les marchands Européens, que les mandarins appellèrent à leur secours, firent lever le siége, & poursuivirent le pirate jusqu’à Macao, où ils le tuèrent. Le Tsoug-tou manda à l'empereur le détail de cette

1) Nouveaux Mélanges asiatiques, 1, 1829, pages 328—9. 2) Uist. de la Chine, XI, p. 41 note.

3) Lire Nyao-men. 4) Ibid., p. 331 note.

y 4 L'ARRIVÉE DES PORTUGAIS EN CHINE. 527

victoire; & S. M. fit un édit par lequel il accordoit Macao à ces marchands d'Europe, afin qu'ils pussent s’y établir. Enfin, dans la première année de T'ien-ki (l'an 1621), les pirates ayant profité des troubles qui désoloient l'empire, vinrent attaquer Macao. Les Européens furent au-devant d'eux; & dans une action, ils tuèrent plus de mille cinq cens de ces misérables, & firent une infinité de prisonniers. Le Tsong-tou & le Fou-yuen rendirent compte de cette victoire à l'empereur, qui, en considération de ces services, combla d'éloges et d’honneurs ces Européens, &c.»

Le P. Du Harpe raconte les faits de la même manière et termine ainsi: ') «Le Tsong-tou ayant fait sçavoir à l'Empereur le détail de cette victoire, ce Prince publia un Edit, par lequel il accordoit Macao à ces Marchands d'Europe, afin qu’ils pussent s’y établir ».

À la fin du XVIII® siècle, le voyageur français SONNERAT ra-

contait ainsi l'origine de la colonie portugaise:

«Avant que la rivière de Canton fut connue, & que les vaisseaux Européens abordassent à la Chine, les caravanes alloient chercher les productions du sol & de l'industrie, pour les distribuer ensuite dans toute l’Europe; elles en retiroient des profits considérables, & l'on trafiqua de cette manière jusqu’à ce que les Portugais, maîtres de l'Inde, virent la nécessité de fonder le commerce maritime de la Chine: c'est en 1518 que leurs premiers bâtiments mouillerent à Canton; à cette époque, cette Province etoit infestée par des brigands qui, placés à l'entrée de la rivière sur des isles appellées aujourd’hui /sles des Larrons, sortoient de leur retraite, pour enlever les vaisseaux Chinois: ceux-ci foibles & lâches n’osoient plus quitter leurs ports, ni combatre une poignée d'hommes qu'une vie dure rendoient entreprenans; ils se contentoient de les appeller Sauvages, & il fallut qu'une Nation Européene leur apprit que ces Sauvages n’étoient point invicibles.

Intéressés à les détruire, les Portugais voulurent s’en faire un mérite auprès des Chinois. Ils offrirent leurs services, qu'on s’empressa d’accepter. Les Chinois armèrent conjointement avec eux, se réservant seulement de n'être que simples

spectateurs. Les Portugais gagnèrent bataille sur bataille, & purgèrent enfin le

1) Desc. de la Chine, 1, p. 234.

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