CHAPITRE V
Arrivée des Portugais en Chine.
Lettre d’André Le passage de la lettre suivante du florentin André Corsazr
Corsali.
écrite à Juren de Médicis, de Cochin, le 6 janvier 1515, ne laisse
aucun doute sur l’année de l’arrivée des Portugais en Chine, c’est-
à-dire 1514:
«Lannée passée noz Portugallois allerent à la Cina, toutesfois les autres ne les laisserent descendre en terre, disans que leur coustume est telle que nul estranger entre en leurs maissons, mais nonobstant les nostres firent bien leur proffit, vendans leur marchandise: & disent qu'il y a autant de proffit à porter les espisseries à la Cina, comme de Portugal, estàt là le pays froid & les espisseries requises: en sorte que depuis Malacca iusques à la Cina, alant vers sep-
tentrion, il n’y sauroit avoir que cinq cens lieuës”. ?)
1) «Datum Rome apud Sanctum petrum Anno Incarnationis dominice Millesimo quingentesimo quartodecimo, Tertio Nonas Nouembris, Pontificatus nostri Anno Secundo». (Corpo diplomatico Portuguez, , pp. 275—298.)
2) De l'Afrique. ... A Lyon, Iean Temporal, 1566, H, p. 141.
Dans son Aeport on the Old Records of the India Ofjice, Lond., 1891, Sir George Birdwood écrit, p. 168: «En 1508 l'île de Socotra fut prise, et l’île de Sumatra visitée; ainsi que le fut la Chine en 1508 —9, date de la première découverte de ce pays, par mer, par les Européens». Birdwood néglige toutefois d'indiquer la source de ce renseignement.
Un autre Italien, également au service portugais, Giovanni da Empozr, arrivé aux Indes avec les navires du nouveau gouverneur, Lopo Soares de ALBERGARIA, successeur d’Albuquerque, dans une lettre écrite de Cochin, le 15 novembre 1515, nous dit aussi que les Portugais <ont encore découvert la Chine où de leurs hommes
qui sont ici ont été» :
Di Malaccat) sono venute navi e giunchi con molta quantità di specie, garofali, macis, nuce, sandali, et altre ricchezze. Hanno discoperto le cinque isole di garofani; e sono signori dui Portogalesi; comandano e reggono la terra a bacchetta: terra di molta carne, larance, limoni et arbori di garofali, che per sè medesimi nascono senza altro, che sono come a noi i boschi. Sono come melaranci, e fanno quelli rami di fiori; e quelli che sono grossi più degli altri sono che ili lasciano troppo stare in su li albori. Qui ci è dui che sono stati là tre anni, che si perderono quando di qua erano l'altra fiata, e forono straportati là; e sonvi stati sino abbiamo mandato a discoprire que’ luoghi, dove li abbiamo trovati. Iddio sia laudato di tanta grazia e gran cose! Non hanno mantenimento se non farina di arbori: i quali chiamano sagur, di che fanno pane. Non costa il cantaro delli garofali che trenta reali, o meno. Ancora hanno discoperto la Cina, ove sunt uomini nostri che qui stanno: la quale è la maggiore ricchezza che sia nel mondo. Sono a confini con Tartaria alta, e si chiamanc Balascia. Sono tutti gente bianche come nui; vestono come Alamanni di tutte lor sorte di abiti, cosi berrette di fodere e colletti. Sono terre murate come le nostre, e case di pietra come le nostre: hanno grande costruzione e legge, e sono molto nostri amici. La terra abbonda di tutta la seta bianca fina,
e costa il cantaro trenta crociati; damaschini delle sedici pezze boni, a cinque-
1) Capitoli di una Lettera, che scrive Giovanni da Empoli Fiorentino, de’ di 15 di Novembre 1515, in Cuccino, città d’India; venuta in Cananor per Cambaia 7 detto, e ricevuta in lisbona a di 22 d'Ottobre 1516. (Arckivio storico italiano, Appendice, Tome III, Firenze, 1846, pp. 85/88).
Bibliot. Magliobechiana, Codice 80 della Clane XIII.
Giovanni da Empoli.
Rafael Perestrello.
cento reali la pezza; rasi, broccati, muschio a mezzo ducato l’oncia, e meno. Molte perle di tutta sorte in grande abbondanzia; e molte berrette, che di là a qua se guadagnano d’essi de uno trenta, Viene di là cose stupende; et a dire il vero, niente vi conto di quello che è. Le navi portano di qua spezierie; chè ogni anno vi va da Zamatra da sessanta mila cantara di pepe; e di Coccin e terra di Mallibari, quindici in venti mila cantara pur di pepe: val quindici o vero venti ducati il cantaro. Simile, giengeri, macis, nuce, incenso, aloè, velluto, oro filato nostro, corallo, panni di lana, robe. Viene di là somedrom (sic), panni come li nostri, molto allume bianco, e buoni vermiglioni: molti cavagli e grandi trianni sono in le lor terre. Ogni cosa si vende per peso, cosi le mercanzie come li mantenimenti, e carni vive e morte; tutto per peso. Hanno molti grani: sons tante le cose grandi che di là vengono, che sono stupende: che se io non muoro, spero innanzi che di qui mi parta, fare un salto là a vedere il Gran Cane, che è il re, che si chiama il re di Cataio; che per terra si fa tre mesi di giornate a cavallo, tutto a lungo di uno fiume, come è il Reno, pieno di qua e di là di castella e città populose, infino a che si arriva a Zeiton, che è di detto re che si tiene.»
«Questo anno andrà imbasciatori al Re con prefetti di conto, et io spero mandarvi una soma di pepe e altro; et il seguire del tutto, saperite.» 1)
Jorge ALVAREs, une année avant que Rafael Perestrello se rendit en Chine, éleva à Tamäo ou «ilha da Veniaga» *) un pedräo de pierre avec les armes de Portugal. *) Tamäo (Port Namoa) est dans l’île de Hia tch’ouan, proche de l’île de Chang tch'ouan où mourut St. François Xavier, au sud-ouest du delta du Tehou-kiang
rivière de Canton. Le gouverneur de Malacca, Jorge d'ALBUQUERQUE,
1) Dans une lettre adressée le 7 janvier 1514 au roi D. Manoel par les fonctionnaires de Malacca, on lit: «Partio daquy hum junco pera a china, de vosa alteza, em companhia doutros que vam la tamben a caregar, he a fazenda delle, a metade sua, e a metade bem dara nma chatu, e asy de permeio os gastos que sam feytos e se fizerem agora, daquy a dous meses ou tres esperamos por elle, que venha caregado e rico, porque nom ha rezam pera vir doutra maneira.» (Cartas de Affonso de Albuquerque, NI, 19038, p. 90.)
2) Malay Vérniyaya, (to) trade, traffic, from Skt. vanijaka, merchant, vénijya, traffic. The word veniaga was adopted into the Portuguese vocabulary, as is entered in the dictionaries with the meaning of «merchandise»; also a verb veniagar, ato sell, trafic». (Ferguson, p. 9, note).
3) «Hum pedräo de pedra com as Armas deste Reyno que elle mesmo Jorge Alvares alli puzera hum anno ante que Rafael Perestrello fosse âgellas partes». (Barros, Dec. III, Liv. VI, Ch. II, pp. 20/1).
envoya, soit à la fin de 1515, soit plutôt au commencement de 1516, pour aller «découvrir la Chine» ‘) avec une jonque marchande malaise, Rafael Pé£resTReLLO qui est le premier Portugais ayant abordé sur le continent chinois dont on ait gardé le nom; il était allié à Christophe Colomb qui avait épousé une de ses cousines. Perestrello ?) ayant tardé à rentrer, retenu captif avec trente Portugais *) le 12 août 1516, le gouverneur de Malacca Jorge de Brito, expédia à la Chine Fernäo Peres d'ANDRaDE avec la Santa Barbara et deux autres navires montés par Manoel Falcäo et Antonio Lobo Falcäo, ainsi qu’une jouque avec Duarte Coelho; celui-çi visita le Tchampa, Poulo-Condor, Patani où il signa une convention commerciale, puis retourna à Malacca où Perestrello était revenu dans
l'intervalle après avoir fait d'excellentes affaires avec les Chinoïs. *)
Le 17 Juin 1517, ANDrape organisait un nouveau voyage: il équipa quatre navires portugais portant une cargaison de poivre, et le même nombre de bateaux malais °); il était accompagné du phar-
macien Prres,*) désigné par Lopo Soares en qualité d'envoyé du
1) «Ir descobrir a China» (Castanheda, Liv. III, chap. XLIX).
2) La famille Perestrello était d’origine italienne, de Plaisance en Lombardie; Phi lippone Perestrello passa en Portugal vers 1371; de son fils ainé Richarte ou Rafae descend notre vogageur à Canton; de son quatrième enfant, Bartholomeu, descend Felipa Moñiz qui épousa Colomb. Cf. Henry Vignaud, Études critiques sur la Vie de Colomb Paris, 1905, p. 453; et Amat di S. Filippo, S/wdi biog. e bibliog., 1882, I, pp. 136/7.
3) Lendas, II, p. 474).
4) Barros, Dec. III, Liv. II, Cap. VI.
5) «Une flotte de huit voiles; la Æsphera, navire de 800 tonnes commandé par luimême, la Santa Cruz commandée par Simäo d’Alcaçova, le Santo Andre commandé par Pero Soares, et le Santiago commandé par Jorge Mascarenhas; une jonque appartenant à un marchand indigène de Malacca nommé Curiaraja, sous le commandement de Jorge Botelho, deux autres jonques appartenant au marchand Pulate, commandées par Manuel d’Araujo et Antonio Lobo Falcäs; et un autre petit bâtiment commandé par Martim Guedes. Ces vaisseaux étaient bien armés, et portaient des pilotes chinois». (Ferguson, p. 9).
6) «Thomé Pires, filho do boticairo d'El Rey dom Joäo.... homem muyto prudente, e muyto corioso de saber todolas cousas da India». (Lendas, II, p. 473).
Fernäo Perez d’Andrade.
Pires.
roi de Portugal. Après avoir fait escale à Sumatra, Andrade arriva le 15 août à Tamao où il trouva Duarte CoëLno qui après avoir fait partie de sa première expédition, avait hiverné à Siam, et était parvenu à l’île chinoise un mois auparavant (juillet 1517). Laissant derrière lui six de ses bâtiments avec Simäo d’Alcaçova, Andrade, malsré les protestations des autorités chinoises, remonta la rivière jusqu’à Canton, et passe à Lantâo où il envoya Giovanni da Empoli demander au magistrat la permission, qui fut accordée, de continuer sa route, saluant la terre de coups de canon (septembre 1517). Les navires étrangers frappèrent d’étonnement les Chinois dont Andrade gagna les bonnes grâces par son amabilité, son honnêteté et la justesse de son esprit; il fut logé convenablement dans le Houai yuan (maison de la poste) et ses marchandises furent emmagasinées ; Duarte Coelho fut chargé de se rendre à Malacca pour informer le gouverneur de l'arrivée des Portugais à Canton. Une épidémie de dysenterie qui emporta Giovanni da Empoli hâta le départ d’Andrade qui, laissant derrière lui Pires, quitta Canton à la fin de septembre pour se rendre à Tamao où sa flotte venait d'être attaquée par les pirates qu'il repoussa, puis il rentra en septembre 1518 à Malacca, ayant perdu dans une tempête le Santo André, commandé par
Pero Soares.
Pires qui devait se rendre comme ambassadeur à Pe-king à la Cour de Wou-tsong (Teheng Té), partit de Canton le 23 janvier 1520 et arriva à Nan-king quatre mois plus tard (Mai) par voie de terre à travers les montagnes Mei-ling, perdant en route un de ses compagnons, Duarte Fernandez. Quel fut son sort? Quand il arriva à Péking vers 1521, la nouvelle y parvint des évènements qui venaient de se dérouler à Canton à la suite de l’arrivée de Simäo d'AxDRADE et que nous relatons plus loin; l'effet fut naturellement
désastreux. «D'un autre côté, un ambassadeur musulman était arrivé
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L'ARRIVÉE DES PORTUGAIS EN CHINE. s) #1
à Nan-king, de la part du roi de Bantam, pour représenter à l'empereur que son maitre avait été injustement dépouillé par les Portugais de la possession de Malacca, et pour demander qu'à titre de vassal de l’Empire, il pût être placé sous la protection chinoise. Le gouverneur de Nan-king avait écouté ces plaintes, et il engageait l'Empereur à ne souffrir aucune liaison avec ces Frances avides et entreprenans, dont l'unique affaire était sous le prétexte du commerce, d'épier le côté faible des pays où ils étaient reçus, d'essayer d'y prendre pied comme marchands, en attendant qu'ils pussent s'en rendre maîtres. On voit que dès cette époque on connaissait assez bien le caractère des Européens dans les contrées orientales de l'Asie. Ces considérations, auxquelles la conduite toute récente des Portugais dans les Indes, leurs audacieuses entreprises et leurs rapides conquêtes donnaient beaucoup de poids, n'étaient pas de nature à favoriser les vues de Pirès. La lettre du roi de Portugal à l'Empereur de la Chine, lettre dont l'ambassadeur était muni, fut un nouveau sujet de mécontentement. Cette pièce, écrite dans le style ordinaire de la correspondance des rois de Portugal avec les princes de l'Orient, ne pouvait étre reçue sous cette forme à la cour du jils du Ciel, et par l'effet d'une ruse qu’on attribua aux musulmans de Malacca, on en avait fait en chinois la traduction la plus exacte et par conséquent la plus capable de déplaire. Il n'en fallut pas davantage pour faire considérer Pirès comme un espion qui avait usurpé le titre et la qualité d’ambassadeur». !)
Tcheng Té se trouvait en effet à Nan-king lors de l’arrivée de Pires auquel ïl enjoignit de se rendre à Peking où il était luimême de retour en janvier 1521.
Mais Tcheng Té étant mort le quatorze de la troisième lune (1521),°)
1) Abel-Rémusat. — Nom. Mél. Asiat., 1, pp. 204/5. 2) Février 1521, d’après les Annales chinoises citées par Bretschneider, Wediaeval
Researches, 1, p. 318. — Ferguson, L.c., p. 16, écrit Mai 1521.
Simäo de Andrade
Diogo Calvo.
on donna l'ordre de reconduire Pires immédiatement à Canton où il arriva le 22 septembre 1521, perdant encore dans le voyage un des siens, Francisco de Oudoya; Pires avait quitté la capitale le 22 Mai.
Le succès de Fernäo d'Andrade excita la convoitise des Portugais: Antonio de Correa qui était sur le point de partir de Cochin pour Malacca et Canton reçut l'ordre de borner son voyage à la première de ces villes et Simäo de Anprape obtint du gouverneur de l'Inde Diogo Lopes de Sequeira d’être envoyé pour remplacer son frère Fernäo; il quittait Cochin en avril 1519 et arrivait de Malacca à Tamäo avec trois jonques commandées par Jorge Borgrno, Alvaro Fuzerro et Francisco Roprtsuez au mois d'août 1519; il cherchait à s'emparer de l'ile et y élevait des retranchements de pierre et de bois, y dressait une potence à laquelle fut pendu un matelot, réclamait la préséance pour ses navires en même temps que par ses atrocités il excitait la colère des Chinois; bloqué par ceux-ci, craignant de périr par la famine, Simäo fut obligé de fuir (sept. 1520), probablement avec un large butin, y compris des enfants emmenés en esclavage.
En Mai ou Avril 1521, un navire venu du Portugal, appartenant à Nuno Maxon et commandé par Diogo CaLvu, une jonque avec Jorge ALvarez qui par suite d'une voie d'eau n'avait pu suivre Simäo d’'Andrade et d’autres bateaux de Malacca jetèrent l'ancre à Tamäo. La nouvelle de la mort de l'Empereur Tcheng Té étant arrivée sur ces entrefaites, ordre fut donné aux étrangers de quitter le pays: les Portugais, n'ayant pas terminé leur chargement, refusèrent d'obéir. Vasco Cazvo, frère de Diogo, ainsi que d’autres Portugais qui se trouvaient à Canton y furent arrêtés et jetés en prison: des jonques étrangères furent brûlées ou coulées et Diogo lui-même fut avec ses navires bloqué à Ta-mäo.
Le 27 juin 1521, deux jonques dont l’une commandée par Duarte CogLuo arrivaient à Ta-mäo rejoindre les trois navires de
Diogo; cette petite flotte fut grossie par la venue de deux batiments
LA
d'Ambrosio do RzGo; les trois chefs prirent la résolution de se réfugier avec ce qui restait de leurs équipages sur trois des navires et mirent à la voile le 7 septembre, mais attaqués le 8 au matin par les Chinois ils auraient inévitablement succombé si un coup de vent du nord n'avait soufilé d’une façon opportune pour favoriser leur fuite à Malacca où ils arrivèrent en octobre 1521.
Sur ces entrefaites Pires reconduit par ordre de l'Empereur Kia Tsing, successeur de Tcheng Té, arrivait à Canton le 22 septembre 1521. «Les historiens portugais disent qu'il périt en prison; mais il est certain qu'il en sortit, après avoir été soumis, ainsi que douze de ses compagnons à des tortures si cruelles que cinq en moururent. Les autres furent bannis séparément en différentes parties de l'empire. Pires, qui était de ce nombre, se maria dans le lieu de son exil, et convertit au christianisme sa femme et les enfants qu’il eut d'elle.» !)
F. M. Pinto raconte en effet que passant dans la ville de Sempitay, il rencontra une femme qui lui fit voir une croix tatouée sur son bras gauche, commença en portugais à réciter le Pater noster, et le conduisit chez elle ainsi que ses compagnons; elle leur montra un oratoire, leur déclara qu'elle se nommait Inez de Leyria
et que son père était:
«Tomé Pirez, lequel du Royaume de Portugal auoit esté enuoyé pour Ambassadeur vers le Roy de la Chine; & que pour vne rebellion qu’vn Capitaine Portugais auoit faicte à Canten, les Chinois le prenant pour vn espion non pour vn Ambassadeur, tel qu'il se disoit estre, l’auoient arresté prisonnier, & deux hômes auec luy, d’où il s’estoit ensuiuy que par l'ordonnance de la Justice cinq d’entreux auoient eu la question, & tant de coups de foüet qu'ils en estoient morts à l’instant; que pour le regard des autres ils auoient esté bannis en diuers lieux, où ils estoient morts mangez des poulx; Que neantmoins il y en auoit vn encore viuant, qui se nomoit Vasco Caluo, natif d’vn lieu de nostre
païs nomé Alcouchete. Ce qu’elle confirmoit auoir ouy dire plusieurs fois à son
1) Abel-Rémusat, Z. ec, p. 205.
Pires.
Fernäo de Andrade.
Pere, non sans en respandre des larmes à chasque fois qu’il en parloit, Qu’au demeurant son pere ayät esté banny en ce lieu, il s’y estoit marié auec sa mere qui pour lors auoit quelque peu de bie, & l’auoit faicte Chrestieñe, dont l’vn & l'autre auoit tousiours vescu fort Chrestiennement par l’espace de 27. ans qu'ils auoièt esté ensemble, conuertissant plusieurs (Gentils à la foy de Iesus- Christ, dont il y en auoit encore plus de trois cent dans la ville qui s’assembloient
tous les Dimanches dans sa maison pour y faire le Catechisme.» ?)
Ceci se passait en 1543.
Pinto mentait et Rémusat se trompait.
À son retour à Canton, le malheureux Pires au lieu d’être traité avec honneur ainsi qu'il l'avait été avant son départ pour Pe-king, ne tarda pas à rejoindre ses compatriotes en prison; le 14 août 1522, ils étaient enchaînés, pieds et poings; quelques uns moururent de faim, d’autres furent étranglés; Pires mourut de maladie, en mai 1524, dans sa prison de Canton: de son ambassade, il ne resta que Christoväo Vieira qui a laissé une relation fort intéres-
sante ?) des maux qu'il a endurés, un persan d'Ormouz, et un jeune homme de Goa; des autres Portugais, seuls demeuraient vivants Vasco Calvo et un garçonnet nommé Gonçalo.
Pinto a également raconté qu’il avait rencontré Vasco Calvo dans l’intérieur de la Chine; cette seconde histoire n’est pas plus vraie que celle de Pires.
W. F. Mayers qui donne à tort la date de 1517 comme celle
de l’arrivée des étrangers à Canton, traduit d’un ouvrage sur l’Art
1) Les Voyages advantureux de Fernand Mendez Pinto... trad. par Bernard Figuier... Paris, 1628, pp. 418/9.
2) Donald Ferguson, Z. c., pp. 103 seq. — Letters from Portuguese Captives in Canton, Written in 1534 and 1536 With an Introduction on Portuguese Intercourse with China in the First Half of the Sixteenth Century. By Donald Ferguson. — [Reprinted from the Zxdian Antiquary | Bombay, 1902, pet. in-8, pp. 166.
Contient les deux lettres de Christoväo Vieyra et de Vasco Calvo, texte portugais et traduction anglaise, d’après un MS. de la Bibliothèque nationale, de Paris. — L’ouvrage
de M. Ferguson est de beaucoup ce qu’il y a de mieux sur la question.
de la Guerre publié en 1621, sous la dynastie des Ming, le passage
suivant relatif à Fernäo de Andrade !):
«Kou Ying-siang dit ce qui suit: Fo-lang-ki est le nom d’un pays, et non d’un canon. Dans l’année ting-tch'eou du règne Tcheng té (1517), j'exerçais les fonctions de surveillant dans le Kouang-toung, et j'étais Commissaire p.1. pour les Affaires maritimes. 11 arriva tout-à-coup (à cette époque) deux grands navires de mer qui se rendirent directement à la station de poste Houai-yuan de la ville de Canton, disant qu'ils avaient apporté le tribu du pays de Fo-lang-ki. Le maître des navires était nommé Aa-pi-lan. Tous les gens a bord avaient des nez proéminents et des yeux profondément enfoncés, portant des turbans de linge blanc autour de leurs têtes, suivant la coutume des Mahométans. La nouvelle en fut portée immédiatement au Vice-Roi, Son Excellence Tch'èn Sihien, qui honorait alors Canton?) de sa présence et qui donna des ordres, comme ces gens ne connaissaient rien de l'étiquette, qu'ils fussent instruits pendant trois jours des cérémonies convenables dans le Kouang Hiao Sseu (la mosquée mahométane): après quoi, ils furent introduits. Comme on trouva que le Ta Ming Houei Tien [Recueil des lois de la dynastie Ming] ne contenait aucune mention de tribut reçu de la nation en question, un rapport complet de l'affaire fut transmis à Sa Majesté, qui consentit à l’envoi [des individus et des présents] au Ministère [des Rites]. A cette époque Sa Majesté faisait un tour dans les provinces du sud, et [les étrangers] furent laissés dans le même logement que moi pendant près d’un an. Quand sa presente Majesté monta sur le Trône [c’est-à-dire l'Empereur Che Tsoung qui succéda au Trône en 1521], en conséquence de la conduite irrespectueuse de la part [des étrangers], linterprète [Pires] fut condamné à la peine capitale et ses hommes furent renvoyés prisonniers à Canton, et expulsés hors des frontières de la Province. Pendant le long séjour fait par ces gens à Canton, ils manifestèrent particulièrement leur penchant pour l'étude des écritures bouddhiqnes. Leurs canons étaient faits
de fer et avaient cinq ou six pieds de long....»
Cependant Dom Manoel qui ignorait tous ces évènements envoyait de Cochin une nouvelle flotte de quatre navires sous les ordres de Martim Affonso de Merro Courinuo sur la Conceiçäo, avec ses deux frères Vasco Fernandes Coutinho et Diogo de Mello, et Pedro Homem
qui quitta Malacca le 10 juillet 1522; Coutinho était chargé de
1) Notes and Queries on China and Japan, Sept. 1868, pages 129—130.
2) La résidence des vice-rois était alors Tchao K’ing fou.
Mello Coutinho.
conclure un traité de paix avec la Chine et d'obtenir l'autorisation de construire une forteresse à Tamäo où il arriva au mois d’août 1522. Sur l’ordre de Jorge de Albuquerque, gouverneur de Malacca, Duarte Coelho et Ambrosio de Rego, furent contre leur gré, embarqués sur la flottille de Coutinho. Mais une importante flotte chinoise vint attaquer les Portugais qui furent massacrés en grand nombre et parmi eux Pedro Homem: Coutinho avec ce qui lui restait de ses navires échappa à grand peine à Malacca où il rentra le 22 octobre.
Le dominicain Gaspar da Cruz nous dit que les Portugais étaient tellement exécrés des Chinois que ceux-ci les désignaient sous le nom de fancui (fan-kouei, diables étrangers); plus tard ils furent appelés fan-jen (hommes étrangers) quand ils eurent consenti à payer les droits de douane. !)
onu Un des compagnons de Fernäo de Andrade, Jorge MascarENHaS, envoyé avec des jonques aux îles Lieou-Kieou, qu’il n’atteignit pas, visita plusieurs ports du Fou-kien, en particulier Tchang tcheou (Chin-cheo), et du Tehe-Kiang, et, quelque temps après, les Portugais s'établirent sur la rivière Yong, à Liampo, entre l'embouchure, Tchin-haï, et Ning-po. Les exactions des Portugais et, en particulier, le massacre sans raison de tout un village, par Lancerote P£ReTRA, attirèrent la colère des Chinois sur la colonie portugaise. Elle fut complètement détruite en 1545: 12000 chrétiens, dont 800 Portugais, furent anéantis et 80 navires ou jonques brûlés: on m’a montré
jadis l'endroit où avait eu lieu cette grande exécution.
ont Un autre établissement que, probablement sur les conseils de Jorge e Tchang
tcheou. Mascarenhas, les Portugais avaient créé au sud de Liam-po, dans le
Fou-kien, à Chin-cheo (Tchang-tcheou), subit le même sort en 1549 ?).
1) Purchas, Second Part, I, Chap. 10, pages 166— 198. 2) «No anno de 1542 jé tinham os portuguezes um estabelecimento consideravel na China, a que deram o nome de cidade de Niampd, ou Liampd, na costa oriental do imperio.
a 30 graus N. En 1549 fundaram outro estabelecimento em Chim-Chée». (Biker, Macau, p. 14),
Chassés de Canton, du Fou-kien et du Tche-kiang, les Portugais, Etablissements : ; du Kouang réduits à faire le commerce dans les îles qui bordent le Kouang- Toung. toung, et en particulier dans celles qui se trouvent dans l'estuaire du Tchou-kiang, s’établirent dans les îles de Chang-tch'ouan [Sancian] et de Lampacao, près de Macao. C’est dans cette dernière île que
se réfugièrent trente Portugais qui avaient échappé au carnage de
Tehang-tcheou.
Mr. Donald Ferguson, /. e., p. 39, considère l’histoire des massacres de Liampo et de Chincheo comme «pure fiction» et il doute qu’une île du nom de «Lampacau» ait jamais existé ailleurs que dans la cervelle de Pinto. L'ile est indiquée dans la PI. 56 du Petit Atlas Maritime de 1764.
Nous possédons la relation de la captivité du portugais Galeoto Pereira retenu longtemps à Fou-tcheou et qui vante la courtoisie des habitants auxquels il rendit visite !).
Fraxçois-XAvIer, après avoir évangélisé les Indes et le Japon, se préparait à pénétrer en Chine, lorsqu'il mourut au seuil de la terre promise, dans l'île de Sancian (décembre 1552). Le lieu de sa mort fut l'objet d'un pélerinage qui attira un si grand nombre de Portugais que les fonctionnaires chinois restreignirent le commerce
étranger à la seule île de Lampacao.
«Anno de 1542. — Por este tempo tinhäo jà os Portuguezes hum consideravel estabelecimeuto, a que daväo o nome de cidade, em Liampé (ou Limpé, ou antes Nim-p6) na costa oriental da China a 30° septembr. D’aqui passäräo a fazer outro estabelecimento em Chinchéo pelos annos 1549, e ultimamente vieräo a fundar o de Macao, na ponta do sul da ilha de Gaoxam (ou Yanxan) em 1557, de que adiante se fallara». (Zndice chronologio, pp. 166—167.)
1) When we lay in prison at Fuquico, we came many times abroad, and were brought to the Palaces of Noble men, to be seene of them and their wiwes, for that they had neuer seene any Portugall before. Many things they asked vs of our Countrey, and our fashions, and did write euery thing, for they be curious in nouelties aboue measure. The Gentlemen shew great curtesie vuto strangers, and so did we finde at their hands....» (Purchas, Pilgrimes, 111, 1625, p. 204.)
Fondation de Macao.
Nous connaissons pas Correa l'expédition envoyée en 1543 par le gouverneur Martino Affonso de Sousa sous les ordres de son protésé Jeronymo Gomes ‘) qui tira un profit énorme de sa cargaison de poivre, ce qui ne l’empêcha pas de rentrer à Malacca sans une chemise, ainsi que l'aventure en 1544 d’Alonso Auriques de SEPULVEDA qui autorisé à transporter une cargaison de poivre en Chine, tenta de s'emparer du fort de Malacca pour prendre la place de Simäo BoreLno, puis se reudit au lieu de Canton à Tenasserim où il vendit ses marchandises et finalement échoua sur la côte de Siam où il fut mis à mort par les habitants ?).
Enfin, depuis 1554, selon Gaspar da Cruz, Leonel de Souza, originaire d'Algarve, conclut un arrangement avec les Chinois par lequel les Portugais paieraient les droits dans les ports et auraient
le privilége d’y faire le commerce.