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prédit l'entrée de.s Français à Kairouan. D'énormes pipes, des ancres gigantesques qu'il y fit transporter de Porto Farina s'y voient aussi. Rien de tout cela n'est Inen intéressant, si ce n'est cette mosquée construite avec le produit des aumônes qu'il recueillait, et qui bien que moderne reproduit, chose bien curieuse, des types fort anciens de construction de coupoles sur trompes. Je ne la mentionne que pour signaler cette singulière survivance.
Environs de Kairouan. — Mosquée du Barbier. Vue de la cour d'eutrOe.
L'autre mosquée qui est à un kihjmètre de la ville, est la fameuse mosquée du Barbier du Prophète, Abou-Zoumat Obe'id Allah ibn Adam el Belaou'i, qui dit-on y est enterré ; elle renferme aussi quelques poils de la barbe du Prophète. Cette mosquée est plutôt une grande Zaouïa, et comprend un grand nombre <le bâtiments. On entre d'abord dans une grande cour sur une des faces de laquelle, à gauche, s'ouvrent les portes c[ui donnent accès à la Zaouïa proprement dite, logements du personnel, des étudiants et des professeurs et petite mosquée rectangulaire à nefs parallèles. C'est, je crois, la partie la plus ancienne du monument. A droite, la cour est clôturée par des arcades aveuglées et.
Ajoutées, probablement destinées ù abriter les montures des \-isiteurs.
En face, et à droite du minaret à base carrée, souvre sous une grande arcade à voussoirs blancs et noirs, une porte rectangulaire donnant accès dans une petite salle ornée de fort belles faïences anciennes qui représentent des vases de fleurs s épanouissant sous des arcades outrepassées à voussoirs noirs et blancs. Cette salle est couverte par un plafond à caissons peints dans une harmonie un peu rousse d'ensemble mais dont la tonalité générale est charmante. On passe de là dans une sorte datrium rectangulaire bordé de portiques à arcades et décoré des mêmes faïences, pour entrer ensuite dans une salle à coupole entièrement décorée de ces stucs découpés dont nous avons déjà admiré de si Idéaux spécimens à Tunis Relativement moderne, elle n'en est ])as moins d'une exécution remarquable. De charmants vitraux sertis dans des arabesques de plâtre ajouré y dispensent une lumière colorée pleine de charme. Enfin on pénètre dans la cour même du sanctuaire. Cette cour, toute ornée de faïences anciennes (au moins pour la plupart i, bordée d'arcades élégantes soutenues par de fines colonnettes de marbre blanc, dallée aussi de marbre blanc est d'un aspect ravissant : des frises de plâtre découpé, des plafonds peints aux caissons et aux poutres ornés de stalactites ou d'arcatures délicatement sculptées, qui sont certainement une des œuvres les plus décoratives qu'on puisse admirer à Kairouan, lui donnent plus de prix encore. Ces plafonds sont cependant presque contemporains puisque sur l'un d'eux on peut lire la signature de l'artiste qui l'a peint et qui n'est mort cjue quelques années avant l'établissement du protectorat français en Tunisie. C'est d'un art analogue à celui du palais de la Manoul)a, que j'ai déjà décrit, et qui bien que d'une date relativement récente n'en présente pas moins tous les caractères d'un art plein de charme et de délicatesse.
Quoique j'accorde aux œuvres anciennes de l'art arabe toute l'admiration qui leur est due, je croirais être injuste si je n'insistais pas sur la qualité des œuvres de l'art arabe de Tunisie du xvii% du xviii" et du commencement du xix' siècle; on y retrouve souvent des réminiscences et des souvenirs des plus l:)eaux monuments que l'art arabe d'Andalousie nous a laissés. Ces œuvres sont très près de nous, ne serait-ce pas une raison pour y trouver des inspirations quand des décorations un peu importantes doivent être exécutées de nos jours en Tunisie ? Ces exemples sont sous les yeux des architectes locaux, indigènes ou français. Que n'y cherchent-ils des motifs à imiter au lieu de tenter d'importer sur la terre africaine ce modern-stA'le si peu défini et qu'il est si facile d'in-
LES MOSQUEES. — LES MAISONS. — LES C I M i: Tl ]• R ES 13;
terpréter médiocrement, m.ême quand on ne sait pas g-rand'chose. Je sais
bien que
Pictoribus atque poetis
« Quœlibet audendi semper fuit œqua potestas. *
Mais il y a manière, et quand on pense aux tré.sors d'art que con-
Cli.li^. 11. Dufijur.
Environs de Kairouan. — Mosquée du Barbier, i" patio.
tiennent les monuments de Tunis et le musée du Bardo, on s'étonne que ni des innombrables fragments antiques tirés du sol tunisien, ni des merveilleuses mosaïques antiques, ni des décorations des maisons et palais arabes aucun artiste local n'ait su tirer un bon parti.
Les artistes de la première renaissance nous avaient cependant montré combien par une interprétatinn non pas servilc, mais large et intelli-
ijï* KAIROLÎAX
gente, il était possible de former avec un nom1)re limité de motifs tirés de l'art antique une architecture nouvelle, savoureuse et originale. Xotre France est pleine de ces œuvres oii revit avec une nouvelle jeunesse et une expression bien française, tout ce que l'antiquité avait jadis pu trouver de motifs ingéniçux et délicats. A-t-on jusqu'ici fait seulement des tentatives suivies pour connaître cet art arabe de Tunisie qui est sous nos yeux, dont les procédés d'exécution et de décoration sont si simples et si ingénieux, et qui souvent, par certains côtés, touche un peu, par une certaine influence reçue de l'Italie, à la Renaissance florentine? Ces portiques, à arcades à rez-de-chaussée, à plates-bandes au premier étage, ne sont-ils pas d'un aspect tout florentin et de proportions charmantes ? Mais 1 Italie me ramène à la mosquée du Barbier, car c'est par une porte en marbre d'un rococo indiscutable qu'on pénètre, des portiques de la cour dans la chapelle voûtée en coupole qui abrite la sépulture d'Abou Zoumal el Belouï. Cette sépulture est recouverte d'un catafalque entouré d'une grille; des tapis, des étoffes, des faïences, des lustres européens en cristal, des pendules, des drapeaux de toute sorte font autour de ce tombeau vénéré une cacophonie de bric-à-brac dont je n'ai gardé qu'un médiocre souvenir. Si je mets à part quelques beaux tapis ou quelques belles étoffes, je ne vois rien à signaler ici, bien que pour moi, ce serait là qu on aurait dû accumuler de véritables œuvres d'art. Le goût de ceux qui ont la charge de cette chapelle funéraire n'a rien de ce qu'il fallait pour cela.
Ces portes en marbre sculpté en Italie ont aussi leur légende. Au xviii" siècle un riche kairouanais avait pour esclave un médecin italien qui, fait prisonnier par les corsaires barbaresques, avait été vendu à cet Arabe. Celui-ci qui était devenu gravement malade, avait été abandonné par les médecins indigènes et avait dû la santé aux soins de son esclave. Pénétré de reconnaissance il lui aurait rendu la liberté en le comblant de richesses. Ce dernier, pour ne pas être en reste avec son bienfaiteur lui aurait envo\é pour orner la Zaouïa dont il était l'administrateur, des colonnes en marbre de Carrare et les encadrements de porte et de fenêtres qui ont été employés dans cette Zaouïa, soit à la décoration de la grande cour du tombeau, soit dans d'autres parties du monument.
J'aurais dû aussi décrire quelques maisons de Kairouan. Celles que j'ai vues sont bien inférieures à celles de Tunis, mais je n'ai pu pénétrer que dans quelques-unes d'entre elles. Néanmoins au Dar-el-Bey on peut admirer de belles faïences anciennes, de beaux plafonds peints et un charmant patio au premier étage.
Dois-je conclure, après avoir fait passer sous les yeux de mes lecteurs tous ces monuments arabes de Tunisie intéressants à tant de points de vue? Je VDudrais faire comprendre combien leur intérêt est grand
Environs de Kairouan. — Mosquée du Barbier. Portiques du second p.uio.
au point de vue artistique. Je ne me dissimule pas la difficulté qu'il y a à faire entrer dans des esprits, pourtant éclairés, cette idée que l'histoire de l'art et l'archéologie sont des sciences mortes si l'on ne sait pas tirer de leur étude un profit positif, c'est-à-dire réalisable. A quoi l'étude des monuments de l'antiquité serait-elle utile, en dehors des jouissances intellectuelles qu'elles peuvent procurer aux (l'rudits, si tous les artistes
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depuis le xiV siècle en Italie et depuis la fin du xv'- en France, n\' avaient cherché des inspirations variées qui se sont traduites par tant de chefs-d'œuvre d'architecture, de peinture et de sculpture ? Et l'étude de nos arts du moyen âge en France, s'est-elle bornée à une admiration passive ? à une érudition stérile ? N'avons-nous pas vu dans toutes nos provinces, sortir des chantiers de restauration de nos églises et de nos châteaux, toute une série d'artisans habiles qui ont renouvelé presque tous les métiers du bâtiment tombés dans l'oubli au commencement du XIX' siècle; la sculpture d'ornement, la sculpture sur bois, les bronzes, la ferronnerie, la plomberie repoussée, la menuiserie, la peinture décorative, la céramique, la peinture sur verre, l'orfèvrerie, la décoration des tissus, voilà des industries d'art dont je voudrais voir comparer les productions actuelles avec ce qu'elles pouvaient être de 1815 à 1830. On a beaucoup critiqué les œuvres de nos prédécesseurs immédiats, mais n'auraient-ils fait que rétablir toutes ces industries d'art, c[ue nous devrions leur être éternellement reconnaissants d'}' avoir consacré tous leurs efforts.
Xe peut-on pas tenter plus modestement une ceuvre analogue pour sauver ce qui peut rester des traditions artistiques dans le monde musulman? La curiosité qui commence à s'attacher à l'étude de ces œuvres d'art, étude un peu négligée jusqu'ici, nous permet d'espérer que ces recherches ne seront pas stériles Pour ma part, n'aurais-je fait qu'attirer sur cet art un peu méconnu l'intérêt du public éclairé, soit que cet intérêt se borne à étudier et à chercher à en comprendre les œuvres, soit qu'il s'attache à les sauver de la destruction qui les menace peut-être, soit encore que les artistes trouvent, en étudiant ces œuvres si ingénieuses et si élégantes, de nouveaux partis de composition, des procédés de construction ou de décoration à rajeunir, cjue j'estimerais ([ue je n'ai perdu ma jDeine ni à les étudier, ni à chercher à en faire admirer la beauté.
Cli. he Neurdei
Mosquée des sabres extra-muros ou Mosquée de Sidi-Amor-Abbada.