DESCRIPTION GENERALI': DE TUNMS
de fer et revêtus de clous énormes ne roulent plus depuis longtemps sur leurs gonds rouilles ; des boutiques misérables occupent remplacement des corps de garde où se tenaient les soldats des sultans hafsides ; sur son pavé inégal, ce ne sont plus les brillantes cavalcades d'autrefois qui passent où des guerriers couverts de cottes de mailles, montés sur des chevaux caparaçonnés, caracolaient sous ses voûtes sonores : ce sont les ci/'ûbûs ou voitures indigènes, sortes de haquets rouges, ce sont les bourricots chargés de charbon, de pierres, de broussailles, ou d'énormes outres gonflées d'huile, ce sont les artisans, les gens du faubourg, les pa3'sans, qui par là pénètrentdans la ville. Les ruelles qui V aboutissent sont tortueuses et pittoresques, parfois recouvertes de voûtes en briques crépies d'un enduit à la chaux si épais qu'il forme presque des stalactites aux endroits où les briques irrégulièrement placées dépassent l'alignement, parfois entièrement abritées du jour par de larges auvents en planches que le temps a noircies et au travers desquelles un rayon de soleil vient éclairer les petites boutiques où se tiennent dans l'ombre, les marchands.
C'est en dehors de cette porte, en montant vers le collège Alaouï
par la place des moutons, ou en contournant la mosquée el Iloua que l'on arrive vers un des points culminants de Tunis. C'est là que se trouvait une petite maison arabe où j'ai demeuré autrefois et du haut de laquelle j'ai souvent, le soir, contemplé l'admiralile panorama de Tunis. A la lumière si douce de la lune, on reconnaît les masses des princi])aux monuments ciui dominent Tunis, et leur silhouette est rendue plus visiljle encore par l'illumination qui en temps de Ramadan éclaire tous les soirs les minarets des nombreuses mosquées de la ville. D'autres lueurs brillent de tous côtés, et jusqu'aux limites de la vue à droite on aperçoit
Porteur d'e.iu ou Guerbadji.
la mosquée de Sidi-bel-IIassen. où smu enterrées les femmes des beys et dont la silhouette accidentée se découpe en lignes de feu à Thorizon. Hn revenant vers la gauche, c'est la ville européenne qui se devine à une lueur confuse, puis tous les minarets de la ville arabe, ceux des petites mosquées, celui de la mosquée de la rue des Teinturiers, celui de la Djama Zitouna ou grande mosquée dont les deux dômes sont illuminés, celui de la mosquée de Sidi ben Arouz si élégant, celui de Sidi Youssef, le Dar-
Panor.inia de Tunis.
el-bey, le minaret de la mosquée de la Kasba et au loin à gauche le grand dôme de Sidi Mahrez épaulé par de grandes demi-coupoles.
Au lever du jour, le spectacle est tout autre ; le ciel est d'une légèreté de tons et d'une douceur exquise, rose à l'horizon, il est partout ailleurs d'un bleu verdàtre qui se fonce insensiblement à mesure que le regard monte vers le Zénith.
Les ombres projetées sont à peine visibles et l'air est si limpide que le regard s'étend jusqu'aux limites de l'horizon sans perdre aucun détail du paysage.
C'est d'aboril au loin, vers le sud, le Djebel Zaghouan dont la masse rose se remarque comme si elle émergeait lirusquement du sol, avec son dessin aux âpres contours, puis un ])eu plus vers la gauche, le Djebel
DESCRIPTION GKXICKALE DE TIXIS 31
bou Korneïn, la montagne aux deux cornes, dont les deux pointes se découpent sur le ciel et sur une des cimes duquel se dressait autrefois un temple consacré au culte de Baal-Saturne, puis le Djebel Ressas ou montagne de plomb, dont la teinte sombre forme une tache sur la silhouette bleuâtre des collines cjui, par une pente insensible, \-ont rejoindre au loin la ligne indécise des montagnes formant l'arête principale de la presqu'île du cap Bon.
Le golfe de Tunis et le lac scintillent snus li-s premiers feux du jour, et c'est à peine si l'on distingue au loin la fine lagune sur laquelle
Cathédrale de Carthage.
se profile la silhnuelte de la Goulette et qui, comme d'un trait presque imperceptible sépare la mer et le golfe de Tunis du lac de Tunis proprement dit ou lîahira, puis le sol se relève peu à peu, ce sont les premières pentes des collines sur lesquelles fut bâtie Carthage, et que surmonte l'antique Byrsa, citadelle de Didon, dernier refuge des défenseurs de Carthage, et où s'élèvent maintenant la cathédrale, le monument de saint Louis et le couvent des Pères blancs. Cette ligne remonte peu à peu, et ce sont les innombrables terrasses de Sidi bou Sa'id que l'on entrevoit à peine, éclairées par les premiers rayons du jour, et la forme indécise des collines cjui ferment la vue sur la Marsa, l'Ariana et rejoignent Tunis par le nouveau jardin public ou Belvédère. Derrière ces faibles reliefs, c'est l'embouchure de la J\ledjerda, l'antique Bagradas, et Bou-Chateur dont les marécages recouvrent les ruines d'U tique.
A un plan plus rapproché de nous se déroule toute la ville de Tunis, étendue à nos pieds comme un immense manteau blanc, suivant une comparaison aimée des Arabes. La ville nous apparaît nettement avec ses innombrables terrasses bordées de tuiles émaillées en vert, les dômes blancs des Coubbas, les dômes verts des tombeaux des beys, les minarets carrés dominés par un petit pavillon carré aussi, couvert d"un toit pyramidal en tuiles vertes, les minarets octogonaux, a\'ec leur galerie abritée par un auvent saillant et leur toiture p(iintue que couronnent
La mosquée de Sidi-Mahrez et le quartier de Bab-Souika.
trois, boules dorées surmontées d'au croissant. Les premiers sont les minarets des mosquées malékites, c'est le rite suivi par les indigènes, .les seconds sont les minarets des mosquées hanéfites, rite suivi par la famille bevlicale et les descendants des Turcs osmanlis qui habitent encore Tunis.
Vers la droite, on aperçoit au loin les cimetières de .Sidi-Abdallah et de Sidi-bel-1 hissen.
La vieille ville arabe se dessine entourée d'un lioule\'ard planté de beaux arbres qui suit l'ancienne enceinte médiévale. LUe domine de ses maisons élevées les faubourgs aux maisons basses et pressées le longdès rues étroites ou couvertes. Le faubourg où nous nous trouvons est le faubourg de Bab-Zira. Celui qui est diamétralement opposé et dont on devine les masses au delà de la ville est le faubourg de Bab-Souika