‹ Tunis et KairouanChapitre 6 sur 17 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Mtilgré les vingt-cinq années qui se sont écoulés depuis l'établissement du Protectorat, l'aspect de la ville indigène et de ses faubourgs n'a pas changé. L'intervention de l'administration nouvelle s'est bornée à l'assainissement des rues, et à une surveillance attentive de l'observation de toutes les prescriptions de l'hygiène urbaine. L'eau a été généreusement distribuée partout, mais pourquoi s'être contenté de simples bornes fontaines? Il est vrai qu'on n'était, administrativement parlant, tenu que de fournir l'eau aux habitants. Il me semble pourtant que sur certaines petites places, on aurait pu, en disposant le robinet de puisage au fond d'une niche déctjrée de faïences indigènes arriver, sans grande

•dépense à donner de l'intérêt à plus d'une fontaine, et si mes souvenirs ne me trompent pas. il y avait encore sur différents points de Tunis, au commencement de l'établissement du protectorat de ces petites fontaines

Fontaine rue Souk-el-Belat.

ainsi conçues : une plaque de marbre encadrée de faïences était percée de deux ouvertures d"(Hi sortaient ou bien des robinets de puisage, ou bien encore, détail bien caractéristique deux tétines en bronze où le passant altéré pouvait par succion étancher sa soif. Que ce dernier procédé ait été supprimé com.me anti-hygiénique au premier chef et comme moven

de propagation des plus terribles maladies, je l'admets volontiers. On a très bien fait de le condamner, mais ne pouvait-on pas conserver ce caractère pittoresque à ces petites fontaines, et ne pouvait-on pas chercher à les copier ailleurs quand on avait à en installer de nouvelles ? Ces fontaines étaient alimentées ou par des norias, mues par des chameaux, ou par le transport d'eau à dos d'homme comme cela se faisait encore autrefois à Tunis. La plupart de ces fontaines étaient dues à des fondations pieuses, soit que ce fussent des beys qui les aient établies, soit encore que ce fussent de riches personnages désireux de laisser après eux une œuvre utile.

Certaines de ces fontaines avaient le double caractère de fontaines et d'abreuvoirs, telle est encore la fontaine de Bab-Alleoua, telle était la fontaine de la place Halfaouïne qui est malheureusement aujourd'hui complètement dénaturée et convertie en café.

La population indigène de Tunis qui est en général de mœurs d(iuces et polies se divise naturellement en trois grandes catégories, les musulmans, les juifs, les chrétiens. Je ne parlerai pas ici de ces derniers qui, sauf pour les Maltais, sont presque tous de nouveaux arrivés.

Les musulmans sont les plus nombreux. Ils n'ont pas tous la même origine; les uns, les Maures indigènes sont d'origine locale, ce sont des autochtones convertis dès la conquête arabe, d'autres sont des descendants des Maures d'Espagne qui depuis la prise de Cordoue, de Séville et de Grenade par les chi-étiens se sont successivement réfugiés à Tunis. On les appelle encore fréquemment les Andalous, et les surnoms de el Kortobi (de Cordoue) et de el Garnati (de Grenade) ne sont pas rares dans cette population; d'autres descendent des premiers conquérants, ils sont par conséquent excessivement rares puisque dès le XI" siècle de notre ère les historiens arabes disaient déjà que les descendants des familles des premiers occupants ne formaient qu'une partie infime de la population indigène, d'autres plus nombreux descendent des tribus arabes qui envahirent l'Afrique au V siècle de l'hégire et la dévastèrent, ce sont des nomades riches qui dès cette époque se sont fixés dans les villes, ou liien des membres des tribus nomades de l'intérieur qui successivement et pour une raison ou pour une autre sont devenus citadins. Enfin un autre élément musulman, très peu considérable comme nombre, se compose des descendants des familles turques qui depuis le xvr siècle étaient venues se fixer en Tunisie, et où se recrutaient, la milice des beys. son étatmajor, la plupart des fonctionnaires beylicaux et l'entourage immédiat du souverain. Tous ces musulmans sont de rite malékite, sauf ceux qui

sont d'origine turque et notamment la famille lieylicale qui suivent le rite hanéfite.

La seconde catég(5rie est formée par la population Israélite qui se chiffre par près de quarante mille âmes et se compose non seulement de juifs indigènes, mais de juifs d'origine espagnole, et même d'une colonie assez importante de juifs originaires de Livourne fixés depuis très longtemps dans le pays. A cet élément indigène ou naturalisé depuis longtemps se joignent de nombreux Israélites ou d'origine orientale, ou d'origine européenne, ou d'origine marocaine ou algérienne. •■.Bien que les musulmans et les juifs aient toujours \écu dans une

Coffret d'argent, travail des Orfèvres Israélites de Tunis.

demi-hostilité, il ne s'en est pas moins produit pendant longtemps un mélange des deux races. Soit que les musulmans aient fréquemment pris des juives comme concubines dont ils gardaient les enfants quand ils étaient du sexe masculin, et dont ils renvoyaient les filles à la famille de la mère, soit que des juifs chassés d'Espagne aient introduit un élément nouveau dans la population juive de Tunis, il n'en est pas moins vrai que la race juive de Tunis est loin d'être dégénérée et qu'on y trou\e de Idéaux types d'hommes et de femmes.

Ainsi donc la population musulmane est loin de présenter un caractère unifijrme analogue par exemple à celui des populations des tribus nomades de l'intérieur de la Régence. D'ailleurs une autre cause a contribué à modifier la race, c'est l'introduction de l'élément européen. Non seulement depuis les temps les plus reculés des renégats chrétiens s'étaient mélangés à la population musulmane, soldats d'aventure, convertis, ou captifs, mais pendant les longues années où les corsaires barba-

resques furent les maîtres incontestés de la Méditerranée, leurs navires ne ramenaient pas seulement à Tunis des marchandises et des navires pris sur les chrétiens, ils ramenaient encore de nombreux prisonniers, les hommes enfermés dans des bagnes, formaient la chiourme de leurs navires ou bien encore étaient vendus comme esclaves aux gens de Tunis et des environs ; les femmes vendues, elles aussi, peuplaient les harems de la ville et les plus belles d'entre elles devenaient les femmes des plus riches tunisiens, quand elles n'étaient pas choisies, comme cela arriva fréquemment, pour faire partie du harem du souverain.

De ce mélange de sang européen, de sang maure, de sang arabe, est résultée une race moins fanatique, moins sauvage, moins impénétralile que l'arabe à la culture européenne. Tout en gardant leurs qualités originelles, les musulmans de Tunis ont à un très haut degré des mœurs douces et polies, une intelligence éveillée, et un sens commercial très développé ; ils possèdent avec une aptitude remarquable à l'instruction, ce sentiment qui n'appartient qu'aux citadins de longue date. l'amour du fonctionnarisme et d'excellentes dispositions pour remplir exactement lés emplois qui leur sont accessibles. P-nfin ils sont non seulement bons commerçants, mais artisans industrieux et ouvriers habiles, quelques-uns même, malgré la difficulté qu'ils ont à vivre de leur art, sont encore d'excellents artistes ; nous le verrons dans les pages qui suivent.

On sait que les descenilants du prophète jouissent d'une considération particulière ; ce sentiment de la sainteté héréditaire est particulier à l'Islam de l'Afrique du nord, et il s'étend à la descendance des saints les plus réputés. C'est ce que l'on nomme les familles maraboutiques.

Certaines de ces familles se font, à l'ombre du tombeau de leur ancêtre vénéré des revenus souvent assez importants, car certains de ces tombeaux sont accompagnés d'une Zûoiiïû, établissement qui tient à la fois de l'hospice, de l'école, du couvent et de chapelle. Les fidèles qui ont voué une préférence particulière au culte de tel ou tel saint se réunissent à la mosquée de la Zaouïa pour y faire des prières en commun ; de là l'origine de la confrérie ou de la congrégation.

Ses membres s'}' réunissent périodiquement, ceux du dehors y sont logés quand ils viennent aux réunions, c'est l'hospice, ou la maison des hôtes dans sa plus large acception, les jeunes membres y reçoivent l'instruction, c'est l'école ; d'autres y demeurent pour s'y livrer aux méditations religieuses, c'est le couvent.

Il est résulté tout naturellement de ces réunions fréquentes des mêmes

LA VIE IXDIirEXE.

MAISONS. PALAIS. MOSQUEES

personnes dans un même sanctuaire, le choi.'c d'un rite spécial qui leur permette de se distinguer des autres, et par conséquent aussi des signes secrets de ralliement au moyen desquels les adeptes de tel ou tel marabout se reconnaissent entre eux.

Porte de la Zaoui.i de Sidi-er-Kili,

On compte un assez grand nombre de ces confréries à Tunis, ce sont surtout des sociétés d'assistance et d'aide mutuelles, souvent même elles sont presque des confréries de quartier. Aux fêtes principales de l'année, ces confréries contribuent à l'éclat des processions où elles promènent leurs bannières multicolores et produisent l'effet le plus pittoresque.

Les autres villes principales de la Régence possèdent aussi leurs con-

fréries et leurs Zaouïas en nombre considérable, en outre des grandes confréries des Senoussias, des Khadrias, des Tidjanias, qui ont des adeptes dans tout l'Islam sunnite, d'autres confréries assez puissantes quoique exclusivement tunisiennes étendent leurs ramifications jusqu'au

Rue des Andalous

delà des chotts, dans les régions les plus désertes de la Régence, parmi les tribus nomades, et toutes les Zaouïas affiliées reçoivent la visite du chef de la confrérie, qui en est l'administrateur et est généralement un descendant du fondateur de l'ordre. Les sommes provenant de ces cotisations volontaires ou des aumônes constituent des revenus souvent assez considérables qui, bien que consacrés en partie à l'entretien des Zaouïas, aux dépenses d'administration telles que secours aux étudiants, aux hôtes

de passage et entretien du petit personnel indispensable, moquaddems, muezzins et imams laissent encore à la disposition du chef de la confrérie des ressources suffisantes pour vivre très largement.

C'est là un côté assez curieux du caractère musulman, qui associe

Cour de l'ancien collège S.idik

sans aucune hésitation aux idées religieuses, celles des profits qu'il peut tirer des biens de ce monde, et qui, comme le dieu Janus présente deux visages sur un même corps, car son âme est à la fois religieuse et mystique aussi bien que commerçante intéressée et avisée.

Ces Tunisiens de la classe élevée sont d'une grande politesse, pleins de dignité et de rapports charmants, autant que j'ai pu en juger par ceux que j'ai fréquentés pendant mes noml^reux séjours à Tunis. On pourrait

peut-être dire que leur manière d'être est un dernier reflet de cette urbanité, de cette délicatesse, qui, au dire des historiens arabes, faisaient le grand charme de la société andalouse au moyen âge, puisque bon nombre des grandes familles tunisiennes tirent leur origine de l'Esjjagne arabe, et cjue beaucoup d'autres se sont alliées à ces Andalous. qui depuis le XliT siècle de notre ère, juscju'au commencement du xviT se sont successivement réfugiées à Tunis pour échapper à la domination chrétienne.

Les maisons arabes sont plus ou moins grandes, plus ou moins riches, sui\ant la fortune de leurs propriétaires, mais elles ont toutes la cour intérieure autour de laquelle sont disposées les pièces d'habitation : et de réception. Ces dernières sont plus rapprochées de l'entrée etc'estlà, seulement que sont admis les hommes. L'autre partie réservée aux femmes et aux enfants est inaccessible à tout autre homme que le père de famille et ses plus proches parents et ceux de sa femme.

Les maisons arabes intactes sont nombreuses dans la Médina et les faubourgs, les plus riches sont décorées de belles faïences, de plâtres finement sculptés où l'on retrouve toute la délicatesse du ciseau des artistes qui ont couvert d'arabesques charmantes toutes les parois de TAlhambra, de plafonds peints dans des tons harmonieux qui rappellent les colorations des vieux cachemires. D'autres plus modestes ne possèdent que des parties décorées plus ou moins considérables, mais souvent aussi, des décorations du plus mauvais goût exécutées pendant la seconde moitié du XIX'' siècle par des barbouilleurs italiens de dernier ordre, ont remplacé à certains endroits des parties ruinées, et c'est là qu'on reconnaît la malheureuse indifférence de ces musulmans tunisiens pour leur art national. Les maisons plus modestes encore n'offrent que quelc^ues faïences, des boiseries peintes, des corniches formées de tuiles émaillées en vert; mais toutes, riches ou pauvres sont construites dans les conditions nécessaires pour que les principaux inconvénients pouvant résulter 'de l'excès de la chaleur en été puissent être évités.

Quelques-unes des plus belles de ces maisons sont de véritables palais. La plus remarquable assurément qu'on puisse visiter, est la subdivision militaire, hôtel du général commandant en chef la division d'occupation. C'est le palais Hussein, construit au xviir siècle par un des ministres du bey régnant; je n'ai pu connaître, malgré les recherches que j'ai faites sur place, la date exacte de la construction de ce palais, qui selon moi ne peut pas remonter au delà de la seconde moitié du xviii" siècle.

Ce palais est dans un état de conservation remarquable, et si au

moment de roccupation l'adjoint du génie chargé d'aménager ce palais et d'y faire les réparations nécessaires n'avait pas jugé à propos de remplacer à certains endroits des faïences en mauvais état, il est vrai, mais faciles

Porte d'une maison Arabe dans la Médina.

à réparer, par des enduits de plâtre peint en vert d'eau, ce palais serait encore absolument intact.

Autour d'une cour intérieure se groupent, au rez-de-chaussée, les salons de réception ; les uns sont entièrement décorés de plâtres découpés et de faïences avec des voûtes en berceau ou en arc de cloître ornées d'arabesques sculptées en creux, dans d'autres les voûtes sont remplacées par des plafonds peints, à caissons ou à soliv'es apparentes, dune har-

monie pleine de goût. Cette cour intérieure a conservé la plus grande partie de ses faïences anciennes, dont quelques-unes sont de la plus grande beauté. Mais au premier étage une autre cour découverte autour

Rue de la Médina.

de laquelle sont disposées les pièces d'habitation est plus élégante encore. Malgré l'influence caractéristique de l'art italien qui en a fourni les colonnes avec leurs bases et leurs chapiteaux, et les encadrements des portes et des fenêtres, l'ensemble en est absolument original avec sa corniche peinte, ses plafonds peints, ses murs décorés de faïences et de

plâtres découpés et ses fines arcades que le ciseau des artistes tunisiens a brodées d'une dentelle délicieusement légère et élégante. Cette petite cour toute décorée de marbres et de faïences, dallée de marbre et couverte

M.iison arabe dans la Médina.

d'un grillage destiné à la défendre contre toute intrusion indiscrète possède un caractère d'intimité tout à fait charmant.

On s'imagine aisément quel devait être son aspect lorsqu'elle était remplie de jeunes femmes, vêtues de brocarts et de damas, aux coiffures pointues ornées de voiles de gaze, couvertes de bijoux et entourées de charmants enfants habillés de soieries et d'étoffes lamées d'or. Nous connaissons la splendeur de ces costumes orientaux, et par les dessins

du XVlir" siècle et par les peintures de différents artistes, entre autres de Tiepolo, et vraiment le luxe des costumes s'harmonisait admirablement avec ce délicieux palais; il n'est pas jusqu'aux turbans monumentaux, aux amples caftans garnis de fourrures, aux aigrettes de pierreries, aux armes

Palais Hussein. Grand patio Ju rez-de-chaussée.

luxueuses qui ne répondent par leur richesse confortable à celle de l'architecture dont on peut d'ailleurs rétablir par la pensée la décoration mobile consistant en superbes tapis posés sur les dallages de marbre, et en ces haïtis, ou tentures murales faites d'étoffes de velours brodées d'or et d'argent qu'on peut encore admirer à Tunis dans les maisons princières et dont une fort belle collection existe au musée du Bardo. Ce

palais contient non seulement des chambres d'apparat, des salles de repos, des chambres fraîches pour l'été, mais encore des dépendances, salles de bains avec baignoires de marbre et robinets de bronze permettant de mélanger l'eau chaude et froide à son gré. tout cela date de la fondation du palais, et c'est assez curieux de voir à côté du petit Jiiiiiniiû/ii , ou bain arabe, cette salle de bains accommodée à l'européenne; c'est un

Palais Hussein. Patio du i^' étage

indice curieux de l'influence déjà assez importante alors des mœurs européennes sur les moeurs tunisiennes, peut-être même doit-on y voir celle d'une captive européenne, devenue une des épouses du ministre et qui aurait voulu retrouver à Tunis les usages et le confort auquel elle était habituée avant d'avoir été enlevée par les corsaires barbaresques. Le confort arabe pour ne pas être le même que le nôtre, n'en est pas moins très raffiné et très bien compris pour être adapté à la vie telle qu'elle doit être organisée pour que les exigences de Ihvgiène soient satisfaites d'une façon adéquate au climat. Les cours dallées de marbre reçoivent, sans les salir, les eaux pluviales et les conduisent dans des citernes souterraines

où elles se conservent saines et fraîches. Les murs épais préservent de la chaleur accablante de l'été, les pavages des chambres faits de dalles de marbre ou de carreaux de faïence y conservent la fraîcheur, et des vitraux de couleur sertis dans une armature en plâtre ajouré tamisent la lumière et lui enlèvent son éclat aveuglant.

Ces installations sont complétées ici par de nombreuses pièces de service, dépendances, vastes écuries, magasins pour les provisions, loge-

Porte ù'uii il.imm.ini.

ments pour les esclaves ou les domestiques et même un petit jardin.

Des maisons de commerçants aisés, telles que celle de M. Ahmed- Djemal (n° i, passage de l'artillerie), dont j'ai relevé jadis tous les détails ne sont pas moins élégantes bien que moins richement décorées. Il en est de même de la maison Lasram dont la décoration en plâtres découpés a dû être exécutée par les mêmes artistes que celle du Palais Hussein.

Quoique j'aie pu déjà visiter quelques-unes des belles maisons arabes de Tunis, je suis persuadé que je n'en connais qu'un très petit nombre et je pense que peu à peu nous pourrons connaître celles dont jusqu'ici les propriétaires se sont refusés à laisser admirer la décoration par les Européens.

LA VIE IXDIGKNE.

MAISONS, PALAIS, MOSQUÉES

Je viens de parler des bains particuliers ou hnnimnms. Ces bains d'air chaud suivis de massages sont une des nécessités de la vie indigène, dont l'usage est d'ailleurs prévu et même ordonné par la loi religieuse. Il est donc nécessaire qu'il y ait de ces établissements ouverts au public, car peu de gens peuvent se paj'er le luxe d'un masseur particulier. On en trouve dans toutes les villes de Tunisie et même dans les villages. Voici en quoi consistent ces établissements : qu'ils soient plus

rl^'^S?^^^^-

La Campagne de Tunis. — A^

in et emplacement du Palais deRasTahia, vus delà Kasba.

ou moins considérables, ils comprennent toujours une salle où l'on se déshabille, des salles de sudation, des salles de massage, des baignoires froides et des salles de repos. C'est donc en résumé la même chose que les thermes antiques avec Vapodytci-iiini, le tcpidarium, le lacoiiiciim et le frigidariiiin.

Les Arabes ne prennent pas comme nous dans des baignoires des bains, qui ne seraient pour eux que de simples ablutions. Le traitement qu'on leur fait subir dans le hammam, avec la sudation, le massage et le bain froid est à la fois une mesure hygiénique et de propreté puisque par là on peut débarrasser la jieau de toutes ses impuretés, et aussi un

stimulant gcnéral qui permet avantageusement de lutter contre les effets débilitants d'un climat très chaud. Je ne crois pas devoir en décrire ici toutes les circonstances. L'extérieur de ces bains s'accuse par des façades bariolées de couleurs criardes, et les pièces intérieures voûtées ne sont oénéralement pas d'une décoration assez intéressante pour que j'en reproduise ici des détails.

Après avoir vu ce que sont les maisons particulières et les petits palais des personnages officiels, voyons ce quest le palais du souverain, le Dar-el-bey.

Autrefois les sultans de Tunis avaient leur palais dans la Kasba. Les historiens arabes nous les décrivent en détail : « le sultan Mostancer (Ibn-Khaldoum II, p. 338) voulant procurer aux dames de son harem la facilité de se rendre du palais (situé dans la Kasba actuelle) au jardin de Ras Tabia qui touchait à l'enceinte de la ville, sans être exposées au regard du public, fit élever une double muraille depuis le

palais jusqu'au jardin Ensuite il fit élever

dans la cour de son palais le pavillon appelé Coubba-Asarak (ce dernier mot appartient à la langue des Masmondas et signifie large et vaste . Cet édifice forme un portail large et élevé dont la façade tournée vers le couchant est percée d'une porte à deux vantaux en bois artistement travaillé et dont la grandeur est telle que la force de plusieurs hommes réunis est nécessaire pour les ouvrir et les fermer. Dans chacun des deux côtés qui touchent à celui de la façade s'ouvre une porte semblable à celle que nous venons de décrire. La porte principale est ainsi du côté de l'occident et donne sur un énorme escalier d'environ cinquante marches. Cet escalier est aussi large que le portail et sa direction transversale est du nord au sud. Les deux portes s'ouvrent sur des allées qui se prolongent jusqu'au mur d'enceinte et reviennent ensuite aboutir dans la cour méme^ Lors de la présentation des chevaux de tribut et pendant la revue des troupes, ainsi qu'aux jours de fête, le sultan se tient donc dans ce pavillon assis sur un trône en face de la grande porte d'entrée. Ce bâtiment aussi remarquable par la beauté de son architecture que par ses vastes dimensions offre un témoio-nage frappant de la grandeur du prince et de la puissance de l'Empire. »

Poterie tunisienne des .iteliers de Bab-el-Kliadra.

La cour de ces souverains hafsides était d un luxe extraordinaire; el Mostancer, l'heureux adversaire de saint Louis donnait des fêtes splendides dans son palais de la Kasba et y réunissait autour de lui les artistes,

Souk Ju Dar-el-bey.

les écrivains, les poètes, les docteurs de la loi. Ils envoyaient de magnifiques présents aux autres souverains musulmans ; -parmi ces présents figuraient fréquemment des armes richement ciselées, faites d'or ou d'argent, et des harnachements l:)rodés de soie, d'argent et d'or (industrie dont la tradition est encore continuée de nos jours à Tunis |iaf- d'excellents artistes, comme nous le verrons plus loin\

Cette culture artistique était venue d'Espagne. Ibn Khaldoun le dit expressément (notices et extraits des ms. de la B. R. t. XX, p. 362) : « la plupart de ses habitants descendent d'Andalous qui s'a- réfugièrent au vu" siècle de l'hégire. » J'ai déjà plus haut parlé de ces maures andalous. A la grande révolte de Cordoue au ix*" siècle de notre ère, Hachem avait expulsé la plus grande partie des Cordouans qui se réfugièrent qui au Maroc, qui en Algérie, qui en Tunisie. Vers 1280 de notre ère, Séville était conquise par les chrétiens, nouvel exode vers l'Afrique musulmane, et enfin à la prise de Grenade les Maures émigraient en masse, et jusqu'en 16 10, année de l'expulsion définitive des musulmans d'Espagne, il arrivait constamment à Tunis des réfugiés andalous.

« Le fameux historien Abou Bekr-ibn-Saïd-en-Nas prévoAant que la désorganisation des Etats musulmans d'Espagne devait amener une grande catastrophe (au moment de la conquête de Séville , prit la résolution d'émigrer à Tunis et devint professeur de jurisprudence dans le collège situé auprès des bains du bel Air (Hammam el tloua) et fondé par Oum el Khalaïf, la mère du Sultan » (I. K. II, 382). C'est le même ibn Saïd qui raconte que la splendeur de Maroc semble s'être transportée à Tunis où le Sultan actuel construit des monuments, bâtit des palais, plante des jardins et des vignobles à la manière des Andalous. Tous ses architectes sont nés en Andalousie, de même que ses maçons, ses charpentiers, ses briquetiers, ses peintres et ses jardiniers. Les plans de ses édifices sont inventés par des Andalous, ou copiés sur les monuments mêmes de ce pays. (Ibn Saïd, cité par G. de Pranguy, Essai, p. 116.} De ce palais de la Kasbah il restait en 1883 des vestiges assez considérables, mais où l'on ne pouvait plus reconnaître aucun reste d'architecture. Ils ont disparu depuis. Il ne subsiste plus de ces palais hafsides que les ruines du palais de plaisance de Ras-tabia. ou des jardins d'Abou-Fehr à l'Ariana ; encore ces restes, fragments de substructions ou vestiges de bassins, sont-ils à peu près méconnaissables.

Le Dar-el-bey actuel est loin d'être aussi ancien. Bâti par Hamouda Pacha à la fin du xviii° siècle, il présente néanmoins de très belles salles aux voûtes décorées de plâtres sculptés et aux plafonds richement peints et enrichis d'une ornementation polygonale d'un fort bel effet. D'autres de ces salles possèdent de beaux plafonds peints et dorés soutenus par de larges poutres (jui reposent à la mode marocaine sur des consoles à stalactites, de fort Idéaux lambris en plâtre sculpté et des panneaux en mosaïque de faïence. Ces mosaïques de faïence disposées suivant des entrelacs géométriques sont complètement différentes des faïences

qui ornent le palais Hussein et que nous retrouverons soit à la 3lani)ul5a, soit au Bardo et qui forment des panneaux décoratifs représentant généralement des gerbes d'ornements et de fleurs sortant d'un vase, et qui participent de deux arts différents. C'est un motif persan légèrement dénaturé comme dessin et exécuté par les procédés des faïenciers italiens du XVI'' et du XV!!"-' siècle. A mon avis ces panneaux ont dû être

Clicli.- Neuiiiein.

Uar-el-be\ . Patio du l' rétame.

faVjriqués à Tunis par des captits originaires d'Italie et qui y avaient exercé le métier de potiers et d'émailleurs. Ils ont apporté à Tunis une technique absolument différente de celle des Andalous, techniciue reconnaissable à la couleur et à la composition des émaux employés.

Les mosaïques du Dar-el-bey sont au contraire exécutées par pièces découpées, comme les faïences de Fez et de Tétouan, analogues aux mosaïques de faïence des plus anciens monuments arabes de l'Andabiusie, mais il y a encore dans cette technique une distinction à faire ; les émaux de Tétouan sont bien les émaux andalous caractérisés principalement par l'usage du jaune de fer. La traditiim s'explique d'ailleurs

facilement puisque Tétouan est une des villes andalf)uses du Maroc. A Fez au contraire la tonalité des émaux y est différente, un jaune d"or, obtenu par le sulfure d'antimoine et un vert de cuivre clair sont avec un bleu clair très franc, à noter. Nous retrouvons ces émaux au Dar-el-bev de Tunis. Ils seraient donc, selon moi, dus à des artistes appelés du Maroc par Hamouda Pacha, comme il en fit venir probable-

Plafond du PaUiis du Be\- (Dar-el-bey).

ment aussi pour exécuter certains des plafonds de son palais qui diffèrent un peu par l'ornementation des autres plafonds dont la décoration est bien tunisienne de caractère, car on y reconnaît à la fois la tradition andalouse géométrique et l'ornementation turco-persane arrondie et fleurie inspirée très probablement des velours et des broderies d'importation turque ou persane.

D'ailleurs on connaît d'autres ouvrages d'artistes marocains plus récents encore. C'est ainsi que, comme je l'ai dit plus haut en 1290 de l'hégire (1873 de notre ère) sous le règne du bey Mohammed-es-Sadok

le ministre khéreddine sachant qu'un sculpteur de Fez, lladj Hassen el Fassi passait par Tunis pour se rendre au pèlerinage de la Mecque, le chargea d'exécuter après la mort de Mohammed-bel Kadi Younès qui lavait commencée, la décoration de la voûte de la Zaouïa de Sidi-Bra-

Clidif iNcui-dein.

D,ir-el-be\-. Porte des grands Salons sur la cour du i"' étage.

him-er-Rihaï, lui demanda même de former quelques élèves et lui paya les leçons qu'il lui fit donner à ces jeunes artistes. Je dois ajouter à ce renseignement, que je dois au cheick Mohammed el Otsmane el Hachaïchi, conservateur de la bibliothèque de la Djama Zitouna, que quelques élèves de Hadj Hassen vivent encore et qu'en 188g je leur fis exécuter un certain nombre de panneaux sculptés et des vitraux pour les bâtiments

de la section tunisienne que j'élevais alors sur l'esplanade des Invalides'. Us étaient alors au nombre de six; je crois que deux seulement existent encore et ont peine à vivre de leur métier qu'on ne sait plus encourager par des commandes.

Je ne dois pas oublier avant de quitter le Dar-el-bey de mentionner la belle cour du premier étage avec ses arcades, ses colonnes et ses portes de marbre de couleur. Cette cour était autrefois entourée d'une fort belle corniche en bois peint et sculpté que Pascal Coste dessina autrefois lorsqu'il passa à Tunis vers 1835 (l'aquarelle originale appartient à M. Revoil, ambassadeur de France à Madrid et autrefois résident adjoint à Tunis).

Malheureusement, l'intérieur de ce palais, comme celui de Bardo et de Kassar Saïd, est complètement dénaturé par un mobilier du goût le plus désastreux et des tentures du style Louis-Philippe le plus attristant. Cela me rappelle les descriptions où dans « le Nabab » Alphonse Daudet a retracées d'une façon si cruelle et si exacte ces intérieurs de palais de princes musulmans oîi se déversait le trop-plein des boutiques du faubourg Saint-Antoine, et où des mercantis sans conscience fiiisaient des fortunes scandaleuses aux dépens de leurs naïfs clients. A coup sûr, il avait pris ses modèles dans les palais beylicaux où s'alignent encore sur des consoles identiques des pendules semblables qui marquent des heures différentes et où des boules de verre étamé reflètent les horribles meubles européens dont on a meublé les salles de réception et les chambres d'apparat.

Je ne puis guère parler des mosquées que d'après leur silhouette extérieure. La plus ancienne est la mosquée el Ksar, dont le minaret a été refait en 950. H. (1545 de J.-C.) aux frais et par ordre de el Hadj Mohamed Pacha. Vient ensuite la plus grande mosquée de Tunis, la Djama Zitouna dont le minaret restauré autrefois par le bey Mourad a été récemment reconstruit " par deux architectes tunisiens. Si Sliman Knnigro et .Si Tahar ben Saber, qui ont fait là preuve d'un grand talent. Si .Sliman Ennigro est mort il y a quelques années ainsi que .Si Tahar. Je parlerai plus loin de ces architectes tunisiens qui sont loin de manquer de mérite et à qui l'administration du protectorat a fort intelligemment confié l'entretien et la réparation des édifices religieux dont les travaux sont pavés sur les revenus des biens haboiis. biens religieux et de mainmorte.

' Je donne la reproduction d'un de ces panneaux page 76. ^ En 1312 de Thégire, 1894, J.-C.

LA VIE INDIGENE.

MAISONS, PALAIS, MOSQUEES

Cette mosquée date de 114 de l'hégire. Elle fut terminée en l'an 141. Agrandie en 250 (II. '1 par Ziadet Allah ben Aglab, elle fut l'objet de différentes restaurations sous les Hafsides Yahia ben el 31ostancer (676 H.), Zakaria (716), Abou Abdallah au commencement du ix" siècle de l'hégire), etc..

La mosquée proprement dite .se compose d'un grand nombre de nefs parallèles, la nef du milieu est plus large que les autres, comme à Sidi-

Koubha sur la place de la Kasba.

Okba de Kairouan, et comme cette mosquée, elle possède deux dômes élevés sur tambours aux deux extrémités de cette nef centrale. Une grande cour la précède, dans laquelle on accède par des portiques à arcades qui prennent leurs entrées par des portes ouvertes sur les souks (le souk el attarin et le souk des étoffes), et sur une petite place où débouche la rue de l'Eglise.

Une fort ancienne mosquée est aussi celle de la Kasba, construite par Abou-Zakaria el Hafsi en 629. H. (1231, J.-C.) et achevée en 633. H. (1236, J.-C). Son magnifique minaret a été récemment dégagé et restauré avec une grande habileté par l'architecte tunisien Si Ahmed Chérif.

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Les trois mosquées que je viens de mentionner sont des mosquées

Malékites, à nefs multiples, à grandes cours et à minarets à base carrée.

D'autres mosquées à minarets octogonaux sont celle de Sidi Youssef,

Boulevard Bab Menara et Minaret de la .Mosquée de la Kasba.

rue Sidi-ben-Ziad, construite de ioiq (i6io) à 1047 (1637); celle de Hamouda Pacha, rue Sidi ben Arouz, construite en 1076. H. (1654, J.-C.) et toutes deux sont accostées du tombeau de leur fondateur surmonté d'une gracieuse toiture en pavillon couverte de tuiles émaillées en vert, et enfin celle qui est appelée Djama Djedid, construite par Hussein-ali-

LA VIE IXDIGKNE.

MAISONS. PALAIS, MOSQUEES

laen ïurki ^m;. H., iij.v H.), fondateur de la dynastie liusseïnite; son minaret qui menaçait ruine a été reconstruit très habilement par Sliman-en-Nigro. l'architecte tunisien dont j'ai déjà parlé.

Mosquée Sidi Yousscf et rue SiJi-hen-Ziad.

Ces trois mosquées sont du rite hanéfite, elles se distinguent des autres par leurs minarets sur plan octogonal, surmontés d'une galerie à jour et couronnés par un toit aigu. Leur disposition intérieure diffère en ceci du plan des mosi[uées malékites, ([uc la mosquée hanéfite est isolée

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de la cour par trois portiques en retour tandis que la mosquée malékite occupe tout le fond de la cour.

Enfin, la mosquée la plus originale de Tunis est la mosquée de Sidi JMahrez. construite dans la seconde moitié du XYii' siècle de notre ère et, je crois, sur les plans de Daviler, architecte français.

Cette mosquée diffère en effet profondément par son plan et son élévation des autres mosquées de Tunis. Seule elle est couronnée par uneénorme coupole, contrebutée par quatre demi-coupoles. — Quatre autres coupoles plus petites occupent en plan les angles des bras de la croix ainsi formée. Elle est aussi entourée sur ses trois faces du portique malékite, mais son minaret construit vers le commencement du xix' siècle est sur plan carré. La belle silhouette de cette mosquée se voit de loin quand on se trouve dans les quartiers élevés de la ville, et bien que sa décoration se réduise extérieurement aux formes simples des dômes, de leurs tambours et des murs de la mosquée, son aspect n'en est pas moins fort beau et très imposant.

Je pense qu'il serait oiseux de décrire les innombrables petites mosquées ou Zaou'ias de Tunis. Je dois cependant, il me semble, dire quelques mots de la vie religieuse des musulmans, mais je ne veux pas en parler sans avoir décrit sommairement les Zaouïas ou écoles de Tunis (car j'y ai entendu dire également Zaouïa Suleïmania et Medersa Suleïmania, en parlant du même édifice).

Ces écoles, consacrées à recevoir les élèves de l'enseignement supérieur donné à la mosquée Zitouna, se composent généralement de grandes cours entourées de portiques sur lesquels donnent un nombre plus ou moins grand de chambres consacrées au logement des étudiants, une petite mosquée, des escaliers d'accès, des pièces de débarras, le logement du portier et d'une sorte de surveillant, des W. C. à eau courante complètent généralement ce programme bien simple et si je n'ai pu pénétrer que dans une Zaouïa de Kairouan, puisque l'accès de celles de Tunis est interdit aux Européens, je me suis rendu compte que dans l'exécution de ce programme les architectes tunisiens ont su en tirer un excellent parti.

C'est dans la grande mosquée que les étudiants vont suivre les cours, et voici ce que c'est que la mosquée :

La mosquée est le temple d'un culte fort simple, qui se borne à ceci. Le musulman est obligé de faire par jour un certain nombre de prières, s'il peut les faire dans une mosquée, l'œuvre n'en est que plus méritoire, mais il peut cependant les faire chez lui ou n'importe où il se

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trouve ; ces prières sont courtes, mais doivent être faites sous des attitudes prescrites, avec certains gestes et le visage tourné dans la direction de la Mecque.

Ancien Minaret (démoli) de la Mosquée el Bechir.

C'est dans cette direction qu'est orienté le niihrab, niche creusée dans le mur terminal de la mosquée et vers laquelle tous les fidèles se tournent quand ils sont dans le temple.

Le vendredi, qui est le dimanche des musulmans, la prière doit être dite à la mosquée, c'est obligatoire, l'assistance y est aussi obligatoire

aux différentes fêtes de Tannée. Et ces prières dans la mosquée sont accompagnées de lectures du Coran, faites suivant certaines règles et psalmodiées d'une façon rituelle qui est fixée par la tradition et enseignée dans les mosquées. Le signal des prières et des génuflexions

Entrée de la Medersa Suleïmania.

est donné par Viiimin, qui, placé en face du mihrab, récite le premier chaque verset de la jjrière en l'accompagnant des gestes prescrits, l'assistance les répète après lui, pendant que les récitateurs du Coran montés dans une tribune psalmodient les passages du livre sacré. — Quand l'imam a terminé la prière, il monte les degrés de la chaire ou minibcr qui se trouve à droite du mihrab et prononce debout une

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allocution analogue à nos sermons, discours roulant ou sur des points de morale, ou sur des points de dogme, puis l'assistance récite d'autres prières et les croyants se séparent- . . ,

La grande mosquée de Tunis, la DJaiiia es Ziloiiiia fut, dit-on, fondée sur l'emplacement d'une ancienne église chrétienne placée sous l'invocation de sainte Olive. C'est de là que lui viendrait son nom, car Djama Zitouna veut dire mosquée de l'olive ou de l'olivier. Elle date du II" siècle de l'hégire, c'est donc une des plus anciennes de Tunisie.!

La Mosquée de Sidi Mahrez et la Place Bab-Souik.i.

De même que nos anciennes abbayes du moyen âge, la grande mosquée est un centre d'instruction, une sorte d'Université où les étudiants viennent apprendre ce qu'un savant musulmam doit connaître, la religion et ses traditions d'abord, ensuite le droit et la jurisprudence basés sur elles, et quelques éléments de littérature, de philosophie, de mathématiques et d'histoire. C'est Ijien là le programme de nos écoles du moyen âge où l'on enseignait les cinq arts libéraux.

La mosquée jjroprement dite se compose d'un grand nombre de nefs qui se croisent, soutenues par des colonnes arrachées pour la plupart aux ruines de Carthage, c'est là que tous les jours, en dehors des offices, les étudiants se réunissent autour de leurs professeurs. LTne

remarquable bibliothèque arabe y est annexée (elle compte actuellement près de six mille volumes pour la plupart manuscrits). I'"lle est précédée d'une grande cour entourée de portiques à arcades dont l'accès se fait par des portes qui s'ouvrent sur le souk des étoffes et le souk des parfums, tandis que l'entrée principale se fait sur une petite place à l'extrémité de la rue de l'Eglise. C'est la plus importante et la plus pittoresque aussi. Le vendredi, lorsque le cheick-ul Islam arrive, monté sur une mule harnachée de velours brodé d'or et d'argent, et qu'il est reçu par les membres du clergé, ce n'est certes pas un spectacle banal que de voir avec quel respect les ulémas, les imams et les muftis le reçoivent au pied du perron élevé qu'il doit franchir pour pénétrer dans la grande mosquée. Son costume jaune d'or, brodé d'or et d'argent, son haïk de soie légère, son turban côtelé, d'un modèle unique à Tunis, sa physionomie grave et vénérable, son entourage pittoresque dont les costumes de couleurs variées s'harmonisent étonnamment entre eux. tout cela forme une vision absolument remarquable et je m'étonne qu'elle n'ait tenté jusqu'ici le pinceau d'aucun grand peintre.

La mosquée Zitoiina est une mosquée malckite ', c'est-à-dire que le rite qui y est suivi est le rite lualckitc. adopté presque universellement dans les pays de l'Afrique du Nord ; on distingue à première vue les mosquées iiiûIrk/ti'S par la forme de leur minaret qui est carré : le rite hûiu'/îlf qui s'est implanté dans le magreb à la suite du protectorat turc, c'est-à-dire depuis le xvi" siècle de notre ère, a des mosquées un peu différentes comme disposition de plan, et les minarets sont octogonaux. On en voit un charmant exemple quand on sort des souks pour se dirioer vers la rue de la Kasba. En prenant la rue S/cfi ben Aroii; qui joint les souks à cette rue, on passe devant la mosquée de Hanioiida PacJm dont le minaret fut élevé précisément sur les dessins d'un des ancêtres de Sliman Ennigro. Il a la forme d'un fût octogonal reposant sur un dé carré et porte dans sa partie supérieure une galerie à jour protégée par un auvent saillant sous lequel s'abrite le /// //<:{{/'« lorsqu'il appelle les croyants à la prière. Le chant des muezzins de Tunis n'a pas la variété des vocalises de ceux du Caire, dont la mélopée plaintive s'étend d'une façon si pénétrante au loin. Mais ce cri d'AUn/i on Akbar « Dieu est le plus grand » répété à plusieurs reprises et qui, au moment de la prière retentit sur tous les minarets de Tunis, a une poésie plus

' Les quatri; rites orthodoxes de rislam sont : le rite Malékite. le rite Hanéfite, le rite Hanbalite,le rite Chaféite, ainsi nommés des savants docteurs qui en ont organisé les préceptes.

sauvage. Dieu est grand I Croyants rendez-vous à la prière 1 Tel est l'appel qui, cinq fois par jour, avertit les musulmans de ne pas oublier leurs devoirs religieux. Au temps du Ramadan, tous ces minarets sont illuminés d'une quantité de lampions et par les nuits si belles de Tunis,

Entrée principale de I.1 Dj.ini.i /itoiin.i ou lm-.ihJc .Mo^quc

c'est un spectacle inoubliable que de voir, du haut des quartiers élevés, lorsqu'on plonge ses regards sur la ville, toutes ces colonnes de feu qui semblent de gigantesques cierges brûlant pour la gloire de Dieu.

Mais combien ce spectacle est inférieur aux merveilleuses illuminations des mosquées de Constantinople au temps du Ramadan. C'est une splendeur que rien n'égale et qu'on ne peut oublier quand on l'a vue une fois.

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Nou^ avons suivi et étudié la vie musulmane à Tunis, ou du moins nous avons cherché à en faire connaître quelques traits.

Lorsque le croyant a fini son voyage ici-bas. et que. résigné, il a accepté la mort comme une chose nécessaire, il proteste encore de sa foi en élevant son index vers le ciel, il profère la fatiha, la prière essentielle, en attestant qu'il meurt dans la religion du prophète.

Dès que la mort est absolument certaine, on lave le cadavre, on lui

Tourbet-el-bey ou tombeaux des beys.

obture les narines, la bouche et les oreilles avec du coton, on l'ensevelit dans un linceul, on le place sur une civière et on étend sur lui un drap de soie écarlate brodé de couleurs éclatantes. On le porte à la mosquée. dans une chambre réservée aux services funèbres et l'imam récite la prière des morts, puis, d'un pas rapide on le porte au cimetière ; chacun des assistants au convoi se fait une obligation de remplir un instant les fonctions de porteur, car une indulgence particulière est attachée à ce témoignage de fraternité et de solidarité.

Arri\é au cimetière, le corps est déposé dans une fosse peu profonde: la tombe consiste dans une sorte de sarcophage posé sur la fosse, à la tête

et aux pieds se dressent deux pierres verticales, ce sont les sièges où les anges de la mort viendront se poser au moment de la résurrection pour juger l'âme du mort. Quelquefois une stèle ornée d'une inscription rappelle les qualités du défunt, ou bien un turban sculpté sur la pierre de tète indique par sa forme les fonctions juridiques ou religieuses qu'il a remplies pendant sa \'ie; si c'est une femme, les sculptures de la dalle supérieure

Voûte en pl.\tre sculpté au Dar-eLbey.

du sarcophage représentent des rinceaux ou des bouquets de fleurs. Quelquefois une petite cuvette qui y est creusée recueille les eaux pluviales et les petits oiseaux du ciel viennent v boire.

Disposées sans ordre apparent . quelquefois abritées sous une chapelle sépulcrale voûtée, les tombes se succèdent, entourées d'arbres qui ont poussé au hasard des semences apportées parle vent. Quelque abandonné qu'il soit, le cimetière musulman est comme un grand jardin et au printemps lorsque l'herbe qui y pousse est parsemée de fleurs, et les arbres couverts de verdure, la comparaison en est plus frappante encore. Le ven-

dredi, les familles viennent visiter leurs morts et les femmes vêtues de longs voiles blancs s'asseyent sur le bord des tombes et s'entretiennent avec eux.

Quelle poésie, quelle tranquillité et quel charme dans ces asiles des morts et combien leur aspect est différent de nos tristes et sombres nécropoles! Quelques-uns de ces cimetières sont enclavés dans la ville, mais ils sont désormais déclassés et l'on n'y fait plus d'inhumations, (eux qui entourent la ville leur sont exclusivement réservés.

Dans Tunis même on rencontre un assez grand nombre de tombeaux, ou tourbas. Les uns sont ceux des souverains de la dvnastie régnante, comme le Tourbet el bey, tombeaux des beys, d'autres près des mosquées sont ceux des beys fondateurs, comme ceux des mosquées d'Ilamouda- Pacha et de Youssef-bey; d'autres enfin sont des tombeaux de personnages vénérés, de marabouts, ou bien encore de grands fonctionnaires. Tel est le tombeau de la famille Daouàtli, près du Ûar-el-bey, qui consiste en une salle carrée abritée par une coupole et où se trouvent les cinq sarcophages des personnes qui y sont enterrées. Je cite ce tombeau, car l'inscription qui est gravée au-dessus de la porte est si intéressante que je ne crois pas pou\oir mieux faire cj^ue de terminer ce chapitre en la citant tout entière, d'après la traduction c[ue ^M. Blondel m'a adressée:

c( O Dieu, tout-puissant, dont la gloire est éternelle, à ta porte très haute se présente le Dey Ahmed qui abandonne ce monde périssable pour le monde éternel.

(( Personnne ne peut demeurer éternellement ici-bas, même les plus puissants empereurs.

<i Le pauvre Dey Ahmed vient te demander l'hospitalité en suppliant, sans autre viatique que sa croyance, car tu pardonnes à tous et tu protèges tes créatures.

« Ceux qui sont hospitaliers reçoivent et choient leurs hôtes, mais toi qui es le plus puissant de tous, offre-lui tes meilleures bénédictions et assure-lui tes heureux dons

« O Dieu très haut, protège ce vertueux vieillard qui t'adorait si profondément, dont l'âme est allée voltiger auprès de toi en cherchant l'asile le plus précieux et le plus sûr. — Année de l'hégire 1057 ' »

' Soit 171 1 de I.-C.

L'ancien marche aux esclaves, dans les Souks.

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