CHAPITRE IV
LES SOUKS. — LES ARTISANS
Les souks ou bazars comprennent tout un quartier qui s'étend pour ainsi dire de la place Bab-Souika ou place des Souks jusqu'à la Zaouïa Sulej'mania, d'une part, et de l'autre de la place de l'Église au boulevard Bab-Menara.
Dans ce quartier sont comprises quelques Zaou'ias, quelques medersas et la mosquée Zitouna avec ses annexes. Ce ne sont partout que des rues voûtées ou abritées du jour et de la chaleur par des toitures en planches. De chaque côté de ces rues s'ouvrent les boutiques, généralement de petite dimension et dont le sol est légèrement surélevé au-dessus du pavé de la rue. Au bazar des tailleurs elles sont séparées par des colonnes aux fûts bariolés qui supportent au-dessus de corniches en bois garnies de tuiles émaillées
les charpentes ajourées qui abritent la rue. Au souk el Attarin ou bazar des parfumeurs, au contraire, elles s'ouvrent par une baie rectangulaire clans le mur qui borde la rue. et les voûtes dont le crépi de chaux a pris les tons les plus savoureux sont soutenues par des colonnes trapues dont les fûts et les chapiteaux sont peints de rouge, de bleu, et de vert. Toute la journée une foule d'acheteurs et de promeneurs s'y presse, car on trouve dans ces boutiques minuscules tout ce qui est utile à la vie arabe ; depuis les objets de première nécessité jusqu'aux objets de luxe, parfumerie, meubles, bijoux, harnachements luxueux brodés de soie et d'or car les srr/'ûJl'uies ou selliers ont conservé la tradition de l'art (:[ui faisait une des grandes richesses du commerce tunisien.
Au xiir siècle, pendant la période Hafside qui. comme l'a dit si justement JM. G.
Loth [Revue ciuvclopidiqiic, 8 avril 1S99;. peut être considéré comme 1 âge d'or de Tunis, presque tous les souks actuels furent bâtis.
Les caravanes y affluaient, venant jusque du Darfour et du .Soudan ' ap])ortant les esclaves, l'or, la gomme, l'ivoire, les plumes d'autruche, remportant de Tunis les habillements brodés, les armes, les harnachements, les mille produits de l'industrie locale. J'emprunte encore à M. G. Loth les données suivantes : sept cents boutiques d'épiciers, de droguistes et de parfumeurs s'y comptaient. Avant les dégrèvements accordés par Abou Farès les négociants du souk des étoffes versaient annuellement au trésor trois mille dinars d'or ce qui représente un total de plus de 600.000 francs de vente de ce seul chef.
Le souk des parfumeurs fut fonde par Abou Zakaria (+ 1249 J.-C.) et
Découpure en papier sur laquelle les Serrudjiim ou Selliers font leurs broderies d'or en relief. — Modèle de troussequin de selle.
'Aujourd'hui encore de nombreux clients d'Algérie et mém.- du Maroc viennent y faire des commandes de costumes, d'armes, de harnachements richement brodés.
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ces parfumeurs formaient alors une véritable aristocratie commerciale. Lorsque Abou Farès en rendit la fabrication libre, le savon seul procurait au trésor une recette de plus de 6.000 dinars d or.
Mais si, aux jours ordinaires l'affluence des chalands est énorme dans les souks, que dire des jours où Ion y fait les ventes à la criée. Alors la
Le Souk cl Attarin ou bazar des parfumeurs.
Circulation v devient impossible, les acheteurs et les vendeurs, les uns assis, les autres debout s'y pressent dans un désordre pittoresque, et c est avec peine que les dcllals ou courtiers peuvent passer d'un groupe^ a l'autre pour vanter leur marchandise et enregistrer l'enchère qui a ete faite. A part deux ou trois magasins qui sont à peu près exclusivement consacrés à la vente des objets de curiosité que les nombreux touristes européenstiennentàrapporterdeTunisetoùdesintermédiaires.jmfspourlapla-
part, fonlles efforts les plus indiscrets pour amener les clients au magasin dont ils dépendent, il est rare de voir un commerçant chercher à attirer la clientèle autrement que par un étalage artistique et pittoresque de ses marchandises.
Après l'industrie des Serradjines ou selliers, une des plus estimées autrefois était celle des fabricants de chéchias, calottes rouges i^resque
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Souk dûs cil'
hémisphériques, de forme plus ou moins aplatie, plus ou moins haute qu'il ne faut pas confondre avec le fez turc. Le souk des fabricants de chéchias forme une longue galerie qui se trouve non loin du Dar-el-be}', et dans les boutiques de laquelle un certain nombre d'indigènes se livrent encore à cette fabrication. Les chéchias tricotées en laine, foulées, cardées avec soin étaient autrefois teintes à Zaghouan dont l'eau possède, paraît-il. pour cette opération des qualités toutes particulières.
Cette industrie presque complètement abandonnée vers 1882 semble renaître peu à peu avec le bien-être et le luxe, et plusieurs des boutiques de ce souk, remarquables par leurs bcjiseries finement sculptées et assem-