‹ Tunis et ses environsChapitre 17 sur 97 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

dans le nord de l’Afrique. C’est possible : mais que faire à cela? Attendre et réduire le mouvement par les armes, ce qui sera facile. Et, dans ce cas encore, il ne pourrait se produire que dans le sud de la Tunisie, le littoral ne donnant i:)as prise à ces sortes de soulèvements pour peu que la réorganisation administrative y poursuive son œuvre et que l’on y mette un tant soit peu de vigilance.

Je ne parlerai que pour mémoire de cette conception chimérique d’un mahdi venant à la tête de centaines de mille hommes reconquérir le nord de l’Afrique. Une pareille hypothèse est pour faire sourire le dernier des sergents-majors.

Si le mahdi a eu raison des Anglais dans le Soudan égyptien, c’est parce que ses agresseurs ont eu contre eux toutes les difficultés d’une expédition dans un pays impossible. Si, demain, le même mahdi s’avisait d’entrer en campagne avec une armée plus ou moins considérable, cette armée serait, à son tour, aux prises avec toutes les difficultés rencontrées par les Anglais dans leur expédition du Soudan.

Que des coureurs comme les Touaregs et autres pirates du désert inquiètent certaines frontières par d’étounantes incursions, c’est encore possible. Mais il faut se rappeler qu’une armée, — et i)lus elle serait régulière et nombreuse, plus ce serait vrai, — ne fùt-elle que de quatre mille soldats, ne saurait faire trois cents kilomètres dans un pays sans ressources, sans habitants, sans routes et souvent sans eau, sans semer sur le chemin parcouru les deux tiers de son effectif et sans laisser en détresse la totalité de ses « impedimenta. »

Donc, en suivant sagement le principe du protectorat daus un pays qui tend les bras vers l’instruction et le progrès, en ne dépossédant personne, en ne molestant personne dans sa religion et dans ses mœurs, en infusant peu à peu, avec des besoins nouveaux comme véhicules, les idées européennes, on arrivera à bien, le temps aidant. Le procédé contraire ayant fort peu réussi eu Algérie, c’est une raison de plus pour ne pas suivre un exemple aussi peu engageant.

J’ai lu quelque part, à propos du contact de la civilisation européenne avec Tislam, c( qu’il n’y a qu’un peuple religieux qui puisse assimiler un autre peuple qui l’est moins ». Ces sortes de formules faciles résultent d’une confusion entre la religion pure et les tendances politiques des religions.

Au temps où l’islam étendait ses conquêtes du golfe Persique à l’océan Atlantique, la foi musulmane n’était ni plus ardente ni plus profonde qu’aujourd’hui. Et cependant l’heure de la décadence a sonné pour l’islam, sans que jamais, depuis des siècles, il ait retrouvé cette prodigieuse force d’expansion qui faillit lui donner l’empire du monde.

Religieux plus qu’aucun, le musulman n’a depuis lors assimilé personne, il n’assimilera personne et ne sera jamais assimilé.

La décadence politique de l’islam a été indépendante de la question religieuse. Les insuccès militaires, du côté des Pyrénées et en Espagne, ont amené le désarroi et, ce qui est pis, la division intestine. Il a fallu fuir l’Espagne et la Sicile, et regagner le continent africain. Dans ces déroutes successives, le superbe élan des Arabes vers les sciences et les arts a sombré. Tout, dans ce monde musulman si resjîlendissant pendant un temps, est rentré dans la nuit de l’ignorance : à ce point, que les préceptes de la

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Le marabout de la rue El-Béckir.

meut où la maison de ses rêves est prête ! Si vous d’iini les pays musulmans, de Médine à Fez, vous que palais et maisons incomplets, avec des corps fenêtres, ni toitures... inaclievés... de peur que la mort y pénètre au dernier coup de marteau du dernier ouvrier. Voilà à quoi en est réduite une jiensée profonde.

A coté de ces ruines volontaires, la superstition entretient les ruines accidentelles, empêchant de réédifier la construction écroulée ou incendiée. Allah ayant décidé la catastrophe, il serait impie de réédifier sur place. Si bien que l’on voit des villes et des villages eu pleine prospérité parsemés de ruines. Il n’en manque pas dans la blanche Tunis.

Le fond de l’idée musulmane n’est point l’intolérance fanatique. L’islam est théocratique et par conséquent exclusif par essence, comme toute théocratie.

Le Coran est une mosaïque de toutes provenances. On y trouve des traces des religions indienne, juive et chrétienne.

plus pure portée philosophique n’ont plus surnagé qu’à l’état de scories, sans poids ni valeur, réduits à leur sens littéral. En voulez-vous un exemple ?

Un ju’o verbe arabe disait :

c( Quand la maison est prête, la mort y entre. »

Le sage qui l’a formulé entendait i)ar là que, le plus souvent, la mort saisit r homme au moment de la réalisation de ses souhaits, au moparcourez aujourne verrez partout de bâtiment sans

Le mufti.

Si le musulman le tient pour le Livre par excellence, il ne répudie ni la Bible ni

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