CHAPITRE V
A la porte des barbiers et des petits cafés, une cuve en bois ou un vase en terre plein d'eau fraîche est à la disposition du passant. Des gamelles ou des ccuelles placées sur ces vases sont sous la main de tout venant qui éprouve le besoin de se désaltérer. A chaque mosquée ou zaouia, l’on voit une fenêtre grillée derrière laquelle nue vasque pleine d’eau fraîche est à la portée du public. Le passant allonge l’écuelle à travers la grille pour y puiser.
L’eau offerte partout est pour l’Arabe la politesse de Dieu, tout comme les petites fontaines qui sont à la disposition des assoiffés de Paris sont une politesse faite par sir Wallace au peuple parisien.
Le dessin de la tête de ce chapitre représente la fenêtre des buveurs de la medersa, dans la rue des Libraires*.
La planche hors texte donne tout à la fois l’aspect d’une rue des faubourgs, la rue El-Bechir, et l’image d’un des plus jolis minarets quadrangulaires de Tunis. Des deux cotés
de la rue, des boutiques de bouchers, d’épiciers, de marchands de beignets et de boulangers. Le bourgeois en riche gandqura, le pauvre loqueteux, le hammal plié sous le fardeau, la négresse criant des friandises, le marchand ambulant annonçant à tue-tête le fruit de saison, le nègre indolent, le mendiant braillard, le fellah au chapeau de paille immense trottinant sur un âne si petit que les babouches du cavalier traînent sur le sol, des chameaux chargés de charbon du Zaghouan ou de piments
La mosquée de Dar-el-Bey.
1. Les medersa sont des sortes d’iiôtellcries où logent les étudiants qui suivent les cours dans les mosquées, et principalement à Tunis, à la Grande Mosquée. Il est fait quelques cours supplémentaires dans certaines medersa.
de Nabeul, des cavaliers fringants, des voitures de maître, des arabas (charrettes arabes) encombrent la chaussée. Cette foule bruyante, d’une animation extraordinaire, est d’un pittoresque achevé.
Ce point est, à l’époque des récoltes, la voie publique la plus passante de Tunis. Le pointage ordonné par l’ingénieur de la ville a donné, pendant octobre, un pasage de 2:)rès de 11,000 colliers ou bêtes à l’intersection de la rue El-Bechir et de la rue El-Djazira, que représente le dessin. Les capitales les plus vivantes d’Europe ne donnent pas l’idée d’une cohue semblable.
Le minaret de la mosquée de Al-Djazira est fort élégant. Sa partie supérieure, toute blanche, a pour ouverture les traditionnelles croisées géminées. Sa partie inférieure est en pierres sculptées, figurant un superbe panneau de dessin en relief d’alvéoles géométriques. Le minaret est terminé par des créneaux entre lesquels apparaît le petit clocheton carré. Aux créneaux sont accrochées des boîtes en bois dans lesquelles sont abrités les lampions qu’on allume les soirs de Eamadan. Eu parlant des souks, je dirai un mot de ce lampion arabe, qui est tout iiarticulier.
Le temple musulman n’est pas toujours un édifice couvert, ainsi que nous concevons les lieux *de prière en Europe. Dans les premiers temps de l’islam, les mulsumans envahisseurs, nomades pour la plupart, avaient d’autres préoccirpations que celles des arts et de l’architecture. Ils renversaient les temples chrétiens ou païens qu’ils trouvaient sur la route, et, avec les débris de ces édifices, ils construisaient, non pas des édifices nouveaux, — ils eu eussent été incai^ables, — mais des sortes de cloîtres formés de colonnes trouvées dans les ruines faites par eux, souvent a2)portées de bien loin sur le lieu consacré. C’était, à l’exemjjle de certains couvents byzantins, tout à la fois des lieux d’assemblée pour la prière, des lieux d’enseignement religieux, des asiles pour les voyageurs et les pèlerins, et même des lieux de dépôt pour ceux qui voyagent et qui craignent d’être volés. Il n’y a j^as d’exemple qu’un dépôt dans une mosquée ait été détourné. La mosquée était enfin un lieu d’asile pour les criminels, comme les églises au moyen âge.
Les premières mosquées étaient de grands enclos rectangulaires ou carrés. Parfois ou y a ajouté un édifice couvert, ou simplement des dômes (ou koubba) ou des minarets recouvrant le mihrab, sorte de niche pratiquée dans le mur. Dans toute mosquée, cette niche indique la direction de La Mecque. D’autres fois, les musulmans ont ajiproprié des édifices chrétiens à leur culte, comme Sainte-Sophie, à Constantinople.
La jfius grande mosquée de Tunis, la mosquée de l’Olivier, Djama-el-Zitouna ou Djama-Zitounaj est un exemple assez curieux d’une enceinte sacrée des premiers temps accolée à une ancienne église byzantine dans laquelle on a jfiacéle mihrab. Cette cour est immense. Elle a jfius de cent mètres de côté. Un cloître curieux entoure le sol sacré. Plus de 15Ü colonnes supjiortent les arceaux extérieurs de ce cloître. Elles proviennent toutes de la Carthage romaine. La 2)lu2)art d’entre elles sont coiffées de chajfiteaux magnifiques, précieusement fouillés. Mais, chose curieirse et qui démontre l’ignorance absolue des conquérants musulmans, il n’est i)as un de ces chapiteaux qui api^artieune à la colonne sur laquelle le hasard l’a fait placer ; ^las un cha^iiteau non