‹ Tunis et ses environsChapitre 65 sur 97 · CHAPITRE XVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIII

pour le supplice annoncé. Alors le pauvre Maure perdit contenance ; il embrassa les manches du général et le supplia. Le général Jai)y lui pardonna en lui recommandant à l’avenir plus de prudence.

« A plaisanterie, plaisanterie et demie, lui dit-il. La mienne vous servira de leçon. »

Eu 1883, lorsque le gouvernement créa la direction de renseignement dans la Régence, les établissements publics où la langue française formait la base de l’enseignement étaient au nombre de vingt-quatre, dont vingt confiés à des congréganistes et quatre (le collège Sadiki et les écoles Israélites) à des maîtres laïques.

École annexe du collège Alaoui (école normale).

Grâce aux efforts de M. Macliuel et de ses collaborateurs, si ardemment et si puissamment soutenus par M. Massicault dans leur œuvre de propagande française, la meilleure de toutes, on comptait en Tunisie, au 31 janvier 1889, soixante-sept établissements scolaires publics ou privés, dont vingt dirigés par des congréganistes et quaraute-sept par des maîtres laïques. « Il n’y a plus aujourd’hui, dit M. Machuel dans sa monographie pédagogique sortie de l’Imprimerie nationale en août dernier, et déjà citée (voir page 200), il n’y a plus nue seule localité de Tunisie, renfermant nu groupe d’Européens quelque peu important, qui ne soit dotée d’une ou plusieurs écoles françaises. Bien des centres indigènes en sont également pourvus. »

Du 24 septembre 1888 au 31 janvier 1889, les registres matricules ont été*de 9,494 élèves, dont 6,679 pour les écoles publiques et 2,515 pour les écoles privées.

Et ce qui est remarquable, c’est la progression éloquente des élèves indigènes. En 1883 on en comptait 150 en Tunisie; en 1885, 474, et 1,765 en 1889.

Le personnel enseignant des établissements scolaires de la Régence comprend 88 instituteurs laïques et 44 congréganistes, 1 9 institutrices laïques et 36 congréganistes.

La Tunisie possède d’excellents établissements scolaires.

Je dois citer en tête le collège français qui porte le nom de collège Saint-Cbarles.

Au moment où j'écris ces lignes, cette institution vient d’être modifiée. Fondé à Carthage en 1880 parle cardinal Lavigerie, le collège Saint-Charles a été transféré à Tunis en 1883. Il a, dcimis lors, rendu de très grands services et aux familles et à l’influence française. Un accord vient d’intervenir entre le cardinal et le résident général, M. Massicault, en vertu duquel le gouvernement tunisien a acheté les bâtiments du collège avec 20,000 mètres de terrain l’avoisinant.

Cet établissement d’instnrction secondaire aura désormais un personnel exclusivement universitaire ; et, en toutes choses, il sera semblable aux lycées de la métropole.

Le cardinal, avec ces ressources nouvelles, pourvoira à l’entretien du clergé français, qui n’est pas subventionné, et fondera à Saint-Louis-de-Carthage un petit séminaire assurant le recrutement du diocèse. Il faut louer M. Massicault et Son Eminence d’avoir mené à bonne fln d’aussi importantes et délicates négociations, donnant satisfaction à des intérêts considérables et d’ordres très divers.

Le collège Sadiki a été fondé en 1876 par le bey Sadok, sous l’inspiration du ministre Kheir-Eddin, dont le but était d’orienter les jeunes musulmans vers les carrières libérales et administratives. Les biens confisqués à l’ancien ministre Mustapha-Kasnadar furent déclarés /tabous (inaliénables) et affectés à la dotation de ce collège. On y aiqirofondit la langue arabe et l’on y apprend les langues française et italienne, les éléments des sciences mathématiques et physiques, l’histoire et la géographie.

Pour éviter le favoritisme, le fondateur a voulu que le recrutement se fit par voie de tirage au sort et que le collège fût ouvert ainsi à tous, quelle que fût la situation des parents. Mais on a reconnu les difficultés de l’apiflication de ce système : et c’est le concours qui fait décider actuellement l’admission.

Le collège Sadiki admet 150 élèves musulmans, qui y prennent gratuitement le repas de midi : 50, complètement internes, sont habillés et blanchis. Tous reçoivent gratuitement les fournitures classiques et les livres. L’instruction qui y est donnée est excellente. Les enfants de la famille beylicale le fréquentent.

Le collège Sadiki a employé une grande partie du surcroît de ses recettes à fonder cinq annexes, trois à Tunis, une à Kairouan et une à Sfax, qui i^ermettent de donner l’enseignement français à un grand nombre d’enfants indigènes et qui assurent le recrutement des boursiers du collège. Cet établissement rend les 2)lus grands services à la cause française, c’est-à-dire à la civilisation européenne. Au moment où je corrige les épreuves de cette page, j’apprends qu’il est question de réunir le collège Sadiki au lycée qui va remplacer le collège Saint-Charles. Là, chrétiens, musulmans et Israélites recevront une instruction commune et une commune éducation, avec toute facilité pour l’exercice du culte de leurs pères.

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