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CHAPITRE XIX

Marsa, n’onbliant jamais les devoirs que lui imposent l’administration des affaires musulmanes et la justice musulmane, à la tête desquelles il se trouve placé.

■ En traversant la cour du palais, ou arrive dans une rue bordée de dépendances. Puis viennent des habitations privées et des fondouks où grouille une population juive. Une autre rue, à droite, conduit vers la mer. Mais la rue principale aboutit à une place qui n’a de remarquable qu’un café étrange, le café de la source du peuplier (saf-saf). Ce café est divertissant, avec un puits au milieu, dont un dromadaire fait tonrner le manège. Ce dromadaire, les yeux couverts de cônes en paille, tourne à l’aveuglette, mélancoliquement, à regret, s’arrêtant de temps à autre, jusqu’à ce qu’un coup de matraque accompagné d’un juron le remette en mouvement au milieu des consommateurs, tout petits à côté de son énorme structure.

Près de la margelle, des groupes d’hommes, de femmes et d’enfants venant chercher de l’eau; car si le cafetier s’est installé tout autour, le puits n’en reste pas moins banal.

Les beaux jardins du palais du kasnadar aboutissent également à cette place, d’où une large avenue conduit à la plage, qui est magnifique.

Une des gravures de ce chapitre représente un bâtiment construit sur cette plage, presque dans les flots, où les dames indigènes de la Marsa et de Sidi-bou-Saïd viennent prendre des bains de mer, loin des regards indiscrets. Elles y arrivent en carrosse, les stores soigneusement baissés. Au milieu de l’édifice est une piscine, dans laquelle le flot de la mer entre librement. Les princesses de la famille beylicale ont un bain analogue à quelques pas de là.

Plus loin, un élégant petit kiosque de bain dépend de la résidence d’été du ministre de France. Cette résidence est au sommet de la côte qui longe le rivage. Elle était naguère fort délabrée. M. Massicault l’a fait remettre en état; et il convient de féliciter M. Dupertuys, architecte du gouvernement, qui a fait cette restauration avec un goût irréprochable et avec une science parfaite de l’art arabe, sous les inspirations du résident général.

Ce palais était la propriété de la France et servait d’habitation à nos consuls généraux, bien avant l’occupation. On l’appelait alors la Camilla. Les vieux Tunisiens la désignent sous ce nom, mais on dit maintenant : Résidence de la Marsa.

On accède à cette maison de la France par trois chemins : celui qui vient de la gare, celui qui communique avec le village de la Marsa et le palais beylical et celui qui conduit à la mer. Ces chemins, qui n’étaient que des sentiers à peine praticables, sont aujourd’hui de belles routes, grâce à l’entente du gouvernement et des grands propriétaires riverains qui ont abandonné le terrain nécessaire, sous l’initiative de M. Massicault. Aujourd’hui le bain de mer de la Marsa est complété j^ar des routes carrossables qui permettent de faire de charmantes promenades en voiture.

Au milieu de jardins délicieux, entourée de grands et beaux arbres, la résidence d’été du représentant de la France apjiaraît comme un décor d’opéra-comique, avec ses arcades mauresques qui ferment la cour d’honneur. La première gravure de ce chapitre rej)roduit cet aspect.

Le patio du palais est ravissant. C’est un des plus jolis spécimens de cours mau-

resques de la Tauisie. Il n’offre partout que faïences brillantes, plâtres délicatement sculptés et grillages rehaussés par d’éclatantes couleurs.

Un curieux marabout touche à la résidence d’été du ministre de France, dont la koubba ou coupole et un grand mât portant le drapeau aux couleurs du Prophète signalent au loin ce lieu sacré, où reposent les cendres de Sidi-Sala.

Ce marabout est une construction quadrangulaire, avec une cour au milieu. Dans l’une des chambres, celle que recouvre la koubba, se trouve le tombeau du saint, orné de drapeaux et de lauternes. Les autres chambres sont habitées par la famille qui a la garde du tombeau et qui est chargée, le vendredi et les jours de fête, de hisser le drapeau, d’allumer des cierges et de brûler des parfums. Un palmier ajoute son panache indicateur pour désigner ce lieu saint aux fidèles.

Le palais de S. A. le prince Taïeb est voisin de la résidence ; et non loin de là se trouve la villa du consulat d’Angleterre. Un grand nombre de villas de gens aisés de Tunis sont semées au milieu de la verdure qui couvre ce coin bénit, où l’on respire à l’ombre.

Pour aller de Tuuis au Bardo, on sort par la porte verte Bab-el-Khadra, on longe les vieilles murailles pendant un assez long temps, on passe au pied du fort des Andalous et sous l’aqueduc espagnol. Le chemin est très animé : ce ne sont que voitures, cavaliers et caravanes tout le long de la route. Il ne faut pas une demi-heure pour arriver au Bardo. Ce palais vous apparaît de loin comme un entassement de constructions informes et délabrées, imposant néanmoins par sa masse considérable. C’est qu’en réalité c’est moins un palais qu’une petite ville fortifiée, entoirrée de murs, de bastions et de douves.

Devant le palais s’étend une place très vaste, sur laquelle on voit une fontaine à. laquelle viennent boire les bêtes qui passent, et une petite élévation voisine où ont lieu les exécutions capitales : qui se font par le sabre lorsqu’il s’agit de condamnés de race maure, et par la corde pour les autres.

Le Bardo a l’air d’une grande caserne. Et ce qui confirme encore cette impression, c’est que, sur une terrasse qui j^récède le château, se trouve tout un parc d’artillerie gardé par des sentinelles juchées sur de singuliers petits balcons. Leurs étroites guérites ressembleut à des boîtes de momies que l’on aurait mises debout.

Au delà de la porte d’entrée, dominée par une tour octogonale tronquée, se présente nue cour triste, puis une porte basse donnant sur une rue bordée de boutiques qui tombent eu ruiue, au-dessus desquelles règne une jolie corniche tunisienne peinte en rouge, avec des tuiles vertes. Lorsque feu le bey Sadok habitait le Bardo, c’était un souk brillant et animé à l’usage de la population du palais, tenu par des marchands juifs et chrétiens. Aujourd’hui, ce n’est plus qu’une succession de boutiques vides, effondrées. Un poste de soldats du bey est au milieu. Au bout de la rue, à gauche, se trouve un bâtiment habité par des femmes des anciens beys et des veuves de princes. C’était jadis l’aj^partemeut du kasnadar ou premier ministre.

Une voûte, sorte de tunnel sombre, conduit dans une cour entourée de bâtiments

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