‹ Tunis et ses environsChapitre 74 sur 97 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

bifurque à une certaine distance. Tout droit elle conduit à Rliadès et à Hammam-Lif. A quatre kilomètres de Tunis, on rencontre sur cette route un petit village arabe très pittoresque, situé au pied du coteau. Il s’appelle Sidi-Fethalla, du nom d’un saint fort vénéré à cause de certains miracles qu’on lui attribue. C’est là que les femmes et les jeunes filles sur le point de se marier se rendent afin de conjurer le i)lus grave défaut que l’on puisse reprocher à la femme musulmane : la stérilité. Derrière le marabout on voit un rocher en plan incliné. La prétendante à la maternité doit se couclier à plat ventre au haut de ce rocher et se laisser glisser jusqu’en bas dans cette singulière posture. La glissade serait, au dire des bonnes gens, d’une efficacité indéniable. Après tout... il n’y a que la foi qui sauve !

La stérilité de la femme est une cause de divorce chez les musulmans. Mais comment constater ce vice négatif? C’est d’autant plus. difficile que, suivant un préjugé assez répandu, l’enfant qui va naître marque la plus vive répulsion lorsqu’il s’agit de faire son entrée dans ce monde de peines et de douleurs. Alors il peut refuser de faire ladite entrée et s’endormir pendant des années dans le sein de sa mère. Ce préjugé est habilement exploité par certaines femmes pour éviter les cas de divorce.

Il arrive parfois aux médecins européens d’être appelés en consultation pour se prononcer sur l’état de telle dame musulmane chez laquelle le mari croit l’enfant « endormi ». Vous voyez d’ici la stupéfaction d’un docteur peu au courant des préjugés arabes, à qui le mari dit avec des larmes dans la voix :

« Cher docteur, je vous en conjure, réveillez l’enfant!... Je vous eu supplie... réveillez-le ! »

Si, par malheur, le médecin européen ne prenait pas la chose au sérieux, il perdrait le client et j)asserait pour un ignorant. Le plus simple est alors, tout eu feignant de croire au sommeil de l’enfant, de traiter la patiente selon sa conscience.

La femme nomade est plus libre que la femme de la ville. Elle se j^romène à visage découvert, et l’homme fait quelque cas de son avis. Mais quelle condition matérielle est la sienne I On la marie à l’âge de onze à treize ans. Il serait plus exact de dire qu’on la vend. A cet âge, les filles nomades sont le plus souvent fort jolies; mais, femmes, elles sont fanées et vieillies à vingt ans par la rude vie à laquelle elles sont condamnées. La femme de la ville vit dans une oisiveté atroi)hiante ; celle de la campagne succombe à la peine. Elle fait tout, tandis que le mari cavalcade, hume le kaoua ou grille la cigarette. Elle va quérir l’eau dans les outres, souvent à de grandes distances; elle porte des fardeaux de bois ou de fourrage invraisemblables ; elle tisse les étoffes des habits et les toiles des tentes ; souvent on la voit à la charrue.

Pendant la marche de la caravane, la femme porte l’enfant et marche les pieds uns au milieu des bêtes de somme dont elle partage la destinée. Malade, elle ne reçoit aucun soin. Est-elle en mal d’enfant et la délivrance se fait-elle attendre, il arrive que l’homme le plus robuste du douar est introduit dans la tente, qu’il soulève la malheureuse aussi haut qu’il peut, afin de la laisser lourdement retomber sur le sol. Presque toujours l’enfant et la mère y perdent la vie. Alors, étant donné le 2)eu de cas qu’ils font de la femme, ils Penterreut sim2)lement et s’eu vont 2)reudre le kaoua de la consolation avec

leurs amis et connaissances en disant, sans une larme dans les yeirx : « Allah l’a voulu; Allah seul est grand ! Ce qui est passé (la femme) n’est qu’un peu de fumée. »

La route de Hammam-Lif, celle du Moruag, la juste arabe du Djebel-Eessas et la route du Zaghouan (Mohammedia) partent du même ])oiut et s’étendent en éventail

Chefs de tribus en Khroumirie.

ouvert de l’est au sud. Ces quatre routes rencontrent l’Oued-Miliane, les trois premières à environ 10 kilomètres, la quatrième à 15 kilomètres de Tunis.

Je ne saurais mieux vous retracer l’état moral de certaines tribus nomades plus ou moins farouches qu’en vous racontant une histoire véridique, qui a eu pour théâtre le douar d’une des tribus voisines du Zaghouan.

L’Arabe Salâa-el-Kabi avait deux fils, M’Barck et Hassen. Ce dernier, quoi(|ue le

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