‹ Tunis et ses environs; texte et dessins d'après natureChapitre 11 sur 124 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

La traversée entre Marseille et Tunis peut être considérée comme quantité négligeable : deux nuits et un jour. Trois bateaux de la Compagnie générale transatlantique font ce service chaque semaine, dans les deux sens. Pendant la plus grande partie de la journée passée en mer, on longe les côtes de la Sardaigne, dont on distingue les moindres détails.

Le paquebot pénètre à la pointe du jour dans le golfe de Tunis. Cette entrée offre un spectacle saisissant. A gauche, les côtes de cette belle presqu’île du cap Bon, dont les montagnes s’allongent dans la direction de la Sicile. Dans la plaine qui succède à la montagne, le minaret de l’ancienne ville arabe de Sliman, que nous appelons Soliman ; dans l’axe du bateau, le Djebel-Bou-Gœrnin, la montagne aux deux cornes, et le majestueux rocher du Djebel-Ressas, montagne de plomb. Au pied du Bou-Gœrnin, une ligne de constructions blanches : c’est une station à la fois thermale et balnéaire, avec des eaux chaudes très efficaces et une plage incomparable, Hammam-el-Lenf \ que nous prononçons Ilammam-Lif. A droite de Hammam-Lif, le riant bourg de Rhadès, assis sur un coteau au bord de la mer ; et tout au fond, dans le lointain, l’imposante cime du mont Zaghouan, d’où les Romains amenaient l’eau à Carthage et où s’alimente encore Tunis. Puis ce sont les collines qui entourent la capitale de la Régence,

dont la vue est obstruée ici par la petite ville de la Goulette, que voici tout près de nous, riante et gracieuse, sur notre droite. En remontant vers le nord, la belle cathédrale de Saint-Louis marque l’endroit où habitait Didon, où s’élevait Byrsa, la citadelle de Carthage, où mourut saint Louis ; on aperçoit plus loin les citernes de Carthage et, tout au bout de la terre, Sidi-Bou-Saïd, la plus pittoresque petite ville arabe, toute blanche, couchée sur le sommet d’une falaise rouge. Elle marque le cap de Carthage.

Le bateau s’arrête au milieu du golfe dont je viens d’esquisser le riant panorama.

Tout le long du rivage, on voit de ravissantes villas entourées de grands arbres, au-dessus desquels quelques palmiers balancent leurs plumeaux.

Lorsque j’aurai à décrire les environs de Tunis, je parlerai de la Goulette, de Kheyr-ed-dine, du Kram, de Sidi-Bou-Saïd et de la Marsa, que l’on voit avant de débarquer ; mais j’ai hâte d’arriver à la grande ville musulmane.

Un lac peu profond et boueux, le lac Baliira, séj)are la Goulette de la capitale de la Régence. La distance est d’environ 8 kilomètres en ligne droite. Seules, les barques d’un faible tirant d’eau peuvent aller jusqu’à Tunis.

Lorsque le port, dont les travaux sont vigoureusement conduits, sera établi à Tunis même et qu’un chenal profond reliera cette grande ville à la mer à travers le lac, les paquebots aborderont aux quais de la capitale. En attendant, il faut se contenter de stopper en rade et de descendre à la Goulette dans les canots à vapeur de la Compagnie. Après avoir subi la visite, assez bénigne du reste, de la douane beylicale, on prend le chemin de fer qui conduit en trente-cinq minutes à Tunis, en contournant la rive occidentale du lac Baliira — « petite mer » en arabe. Un lac couvert d’oiseaux et surtout de flamants roses, aux ailes de feu.

De la portière du wagon, on aperçoit à gauche, à l’extrémité du lac, comme une carrière de marbre blanc : c’est Tunis « la Blanche », que les Arabes appellent aussi la cc Sainte », la « Glorieuse », le « Séjour de félicité », le « Burnous blanc du Prophète ». Une guirlande de qualificatifs qui donne la note de l’imagination orientale.

En sortant de la gare, on se trouve dans la ville franque ou européenne, dans la rue de Rome.

Au bout de cette rue, à gauche, est l’avenue de la Marine, à l’entrée de laquelle se trouvent, se frisant face, le palais de la Résidence et la cathédrale.

La rue Sadikia, qui conduit à la gare française des chemins de fer de Bône-Guelma, frit suite à la rue de Rome. La Compagnie transatlantique, la Banque de Tunisie et d’autres établissements importants sont dans cette rue.

A droite est l’avenue de France, au bout de laquelle on aperçoit une porte arabe, Bab-el-Bahar, que nous appelons porte de France. C’était là, il y a quelques années seulement, la démarcation entre la ville arabe et la ville franque, celle-ci située hors des anciens remparts, vers le port.

Les hôtels sont tous dans ce quartier, à de très petites distances de la porte de France, que l’on peut aisément prendre comme un point de repère. D'autant qu’elle est le point d’intersection des trois lignes de tramways conduisant : l’une vers le nord-ouest à Bab-Souika ; la seconde vers l’est à la Marine (port actuel) ; la troisième vers le sud, en tournant vers l’ouest à moitié de son parcours, vers Bab-Djedid.

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