CHAPITRE II
maisons, leurs palais ou leurs mosquées. Aussi n’en reste-t-il, jusqu’à 17 kilomètres de Tunis, que le blocage éboulé. Seule, la rivière de l’Oued-Miliane (ancien Catada) a arrêté ce ravage. L’absence d’un pont et rencaissement de la rivière rendaient impossibles aux Arabes les déprédations sur la rive droite. Aussi l’aqueduc est-il appréciable à partir de cette rive. M. Caillat1, aujourd’hui directeur de la voirie à Tunis, qui fut un des collaborateurs de sa reconstruction, m’a dit l’avoir vu encore dans toute sa beauté.
Une aquarelle de ce chapitre représente les ruines de l’aqueduc romain de Carthage sur la rive droite de l’Oued-Miliane, au soleil couchant.
L’aqueduc actuel a suivi le parcours des travaux romains, excepté pour la traversée de certains ravins qui a été faite au moyen de siphons, et pour certains parcours oii des glissements se sont produits dans le sol depuis l’époque romaine. A l’endroit représenté par l’aquarelle, les arcades romaines ont été abandonnées et le canal passe en siphon, sur une longueur de 4,302 mètres, sous le sol de la vallée et dans le corps du nouveau pont de l’Oued-Miliane.
Ce travail magnifique a été accompli en moins de trois années par M. Collin, ingénieur civil français, qui l’a exécuté pour le prix de 7,800,000 francs, payables en onze annuités. Il a été livré le 19 mai 1862, deux mois avant le terme fixé.
L’œuvre de M. Collin consiste en 87,899m,60 d’aqueduc maçonné et 43,070 mètres de tuyaux posés sous terre, soit un développement total de 130,969m,60. Elle comprend 40 ponts, 70 ponceaux, 162 passages en dessus à niveau, 7 constructions renfermant les appareils de réglage des eaux des siphons, 6 canaux de décharge, 7 réservoirs et 9 déversoirs avec échelles de jauge.
Les eaux parcourent 1 02 kilomètres pour venir à Tunis, 103 pour le Bardo et 124 pour la Goulette.
Depuis la reconstruction de l'aqueduc, d’importantes modifications ont été faites par la Société des eaux. Elle a remis en état les citernes romaines de Carthage et construit des citernes colossales à la porte Sidi-Abdallali, le point le plus élevé des collines qui entourent Tunis.
Les dernières gravures du présent chapitre représentent des ruines de l’époque byzantine, qui montrent une profonde décadence dans l’art de construire. Ce ne sont plus les beaux appareils des Bomains. Ce n’est plus ni la même solidité ni la même élégance. Je les ai dessinées dans une vallée charmante située derrière la montagne de Plomb, à l’endroit où Gustave Flaubert place la destruction de l’armée rebelle, qui termina l’épouvantable série de carnages portant, dans l’histoire de Carthage, le nom de « Guerre des Mercenaires ». Cette vallée, orientée de l’ouest à l’est, abrège le chemin de Tunis à Gorombalia, à Hammametet àNabeul. C’est celui que prenaient les pèlerins de la Mecque avant que des bateaux à vapeur se fussent chargés de les porter vers la Ville sainte. De là son nom actuel Khangat-IIadjaj (col des Pèlerins).
1. M. Caillat a publié en 1873 une brochure des plus intéressantes, devenue très rare, sur l’état où il a trouvé l’aqueduc et sur son rétablissement.
Cette vallée a eu, clans l’histoire des interminables guerres qui se sont succédé autour de Tunis, une importance stratégique considérable. A cheval sur deux plaines immenses où se livraient les batailles, celle du Mornag à l’ouest et celle de Glorombalia- Soliman à l’est, fermée à ses deux extrémités par des cols alors fortifiés, formant un admirable camp retranché naturel, elle devait être le point de retraite et de refuge des
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Ruines byzantines au Khangat-Hadjaj.
vaincus, ou encore l’embuscade commandant la route de Néapolis (Nabeul) et d’Haclrumète (Sousse) à Carthage, route 1 en corniche, puisque alors la mer battait le pied des montagnes du Bou-Grornein.
Ou voit dans cette vallée les ruines de plus de cent villas, réduits, forteresses ou villages.
1. Les terres entraînées par les pluies ont fini par former des plaines entre la montagne et la mer, à Hammam-lif et à Eliadès. La route est aujourd’hui dans ces plaines.
Un bureau d'octroi.