‹ Tunis et ses environs; texte et dessins d'après natureChapitre 20 sur 124 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

noir, le nègre « Antar » : ce nègre étonnant qni tuait tons les hommes pour avoir toutes les femmes. C’est du moins ainsi que le représentent les conteurs populaires que j’ai entendus dans les carrefours. Mais la véritable légende d’ Antar est celle d’un pur chevalier, digne de figurer à côté de nos preux.

Les tombeaux des beys.

Combien de légendes admirables sont ainsi déformées, lorsqu’elles ont passé par des multitudes de bouches !

Si j’ai noté la légende d’ Antar, telle que la disent certains conteurs arabes au coin des rues, j’ai tenu aussi à rétablir la réputation de ce grand Chevalier Noir, l'ime des plus belles figures dans les légendes de l’islam.

Le conteur arabe est généralement quelque disgracié de la nature : borgne, aveugle, contrefait ou a)rant un membre estropié. Quelque infirme qu'il soit, le débit est toujours aisé et bien timbré, et le geste digne, parfois même élégant. Sans com-

prendre grand’ chose à la narration, je me suis souvent et longuement arrêté, captivé par le récit musical, par le geste fort beau et par les jeux de physionomie de ces conteurs. Un tambourin renversé sert de sébile,- et l’auditoire y lance son obole.

J’ai, dans les planches qui illustrent le présent chapitre, cherché à donner les aspects variés des rues des différents quartiers de Tunis. La rue Souk-el-Belat est un tronçon de la grande artère qui traverse la ville. C’est assurément l’une des plus pittoresques : surtout à l’endroit où se trouve la fontaine. Les jours du ramadan, c’est un des points les plus curieux et d’ordinaire une des rues les plus animées. Soukel-Belat signifie souk des dalles ( souk dalla), parce que, dans l’origine, ce souk fut la seule rue de la ville qui fût pavée.

Les juifs habitent plus particulièrement, on pourrait presque dire exclusivement, les rues situées entre le Souk-el-Grana et la rue des Maltais. On en rencontre cependant un assez grand nombre aux environs de la rue Sidi-Mahrez et dans la partie comprise entre la rue El-Djazira et la rue El-Mektar.

La rue juive qui figure ici est la rue Zarkoun, assez rapprochée d’une importante synagogue. Le samedi après midi, cette rue est pittoresquement émaillée par les yives couleurs des costumes des filles et des femmes juives. On ne saurait trop recommander aux touristes et aux artistes de consacrer un après-midi de samedi à la visite du quartier israélite. Si le temps est beau, chaque fenêtre, chaque balcon, chaque lucarne, sera un tableau ravissant, avec une ou plusieurs figures de femmes, de filles, de fillettes ou d’enfants apparaissant au milieu d’étoffes brillantes, rouges, jaunes, vertes, bleues, violettes. Je conseillerais, pour faire cette promenade, de s’engager dans la première rue à droite, dans la rue de la Kasbah, la rue El-Karamed, et de suivre la rue de la Semoule, la rue El-Ivetatnia, la rue Sidi-Mardoum, qui aboutit à un carrefour. Les rues qui avoisinent ce carrefour sont curieuses à examiner. Aux portes, aux fenêtres, on voit, le samedi, des costumes éclatants, parfois d’une grande richesse. Arrivé à ce carrefour, après avoir visité les alentours, la rue Sidi-bou-Hadid principalement, on peut continuer la promenade par la rue Sidi-Khalf menant à la grande artère qui traverse tout Tunis et qui porte à cet endroit le nom d’un saint vénéré, patron de Tunis, sidi Mahrez. La rue Sidi-Mahrez est des plus animées et des plus intéressantes. U y a là des fabricants de sièges, de berceaux et de cages en tiges de fenouil, d’une extrême légèreté, des perceurs de tuyaux de pipes, des marchands de vaisselle et de nattes. Les nattes se fabriquent à Tunis même. Il en vient néanmoins du sud de la Régence. Il y a encore dans cette rue d’habiles ouvriers menuisiers qui font ces merveilleuses étagères et ces élégants guéridons dorés et peints, si recherchés par les étrangers.

Beaucoup d’Israélites sont mêlés aux musulmans dans cette rue. Et, chose curieuse, ces fils d’Israël ont conservé une grande vénération pour le saint musulman enterré dans la grande mosquée située au bout de la rue; il en est même parmi eux qui font brûler des cierges à sidi Mahrez.

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