‹ Tunis et ses environs; texte et dessins d'après natureChapitre 21 sur 124 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

La mosquée est la plus monumentale, sinon la plus importante de Tunis. Une coupole immense, toujours couverte de pigeons sauvages, la recouvre, entourée d’un grand nombre de coupoles plus petites.

La rue Sidi-Mahrez se termine par un souk couvert des plus pittoresques, avec beaucoup de petits cafés, plus curieux les uns que les autres, et d’intéressantes boutiques de fleuristes et de ferblantiers. Ce souk aboutit à la place Bab-Souika, la plus vivante, la plus curieuse, la plus arabe de toutes les places de Tunis.

Sur la même place, il y a une rue traversée par de nombreuses arcades, la rue Sidi-Essourdou, qui va de la rue Souk-el-Belat aux Tombeaux des beys.

Les rues coupées par des arcades, des contreforts et des voûtes, sont très nombreuses à Tunis. Elles donnent à la cité un aspect particulièrement décoratif par le jeu varié des ombres et des lumières, par les dessous sombres opposés aux lumières crues, par les ombres portées, éclairées par les murs ensoleillés à ce point qu’une ombre nouvelle s’y produit. Les fenêtres grillées, ventrues, avec un petit auvent semblable à une cape, le pins souvent peintes en vert ou en bleu, couleurs rongées par le soleil ; les plantes s’accrochant vertes et fleuries à tous les chéneaux, à toutes les fentes des terrasses, rompent d’une façon fort heureuse la monotonie des murailles blanches qui se détachent, lumineuses, aveuglantes parfois, sur le ciel si bleu et si profond de ce beau et bon pays.

Les beys et les princes de leur famille sont enterrés dans un cimetière particulier, situé au milieu de la cité. Aucun roumi ne pénètre dans ce sanctuaire. A l’extérieur, le monument est modeste, en pierre jaune avec des panneaux sculptés. Deux coupoles, une grande et une petite, surmontent les retraites de la prière comprises dans l’enceinte des Tombeaux des beys. Tout autour de ce Campo Santo musulman, le quartier arabe a beaucoup de caractère et mérite l’attention des artistes.

La rue qui fait face à la porte principale du Dar-el-Bey, sur la place de la Ivasbah, porte le nom de rue de la Municipalité. Elle mérite de fixer l’attention du touriste par son caractère bien nettement tunisien, aristocratique même, nonobstant les arceaux en ruine qui la traversent, appuyés sur de vieilles colonnes en marbre aux chapiteaux frustes, mais beaux encore, rappelant les splendeurs de Carthage, où ils ont été pris. De superbes portes ornées de dessins formés par des têtes de clous où domine la croix à côté du croissant, de confortables parvis où dorment des gardiens, ne laissent aucun doute sur l’état de fortune des habitants ; et l’on devine d’élégants patios et des logis luxueux derrière les blanches murailles qui bordent la rue. Une de ces maisons, cependant, montre aux passants un avant-corps très riche. Il est vrai qu’il s’en va en morceaux, les Arabes n’ayant jamais rien su réparer. Us bâtissent, et c’est tout. Allah se charge de l’entretien. Aussi quel délabrement !

Une de nos planches représente la rue de la Municipalité avec la maison en question au premier plan.

Une fois engagé dans la rue de la Municipalité, il faut la parcourir jusqu’au bout. Nul ne regrettera de l’avoir explorée. Elle va rejoindre la rue du Sabre, qui devient la rue du Pacha, deux rues très curieuses aussi, qui terminent l'une des deux artères

traversant, comme il a été dit plus haut, la Médina tout entière et aboutissant à la rue de l’Halfa, où l’on retrouve le tramway qui conduit à la Porte de France.

Je n’ai pas la prétention de donner ici une description détaillée des innombrables rues et impasses intéressantes ou pittoresques dans lesquelles, à chaque pas pour ainsi dire, l’artiste trouve un tableau nouveau, le plus souvent tout fait, tout disposé, délicieux, et d’une variété infinie !

J’ai tracé quelques grandes lignes, des points de repère. Celui qui les aura suivis et bien reconnus pourra, à droite et à gauche de ces lignes principales, explorer, chercher, fouiller et, s’il a la fibre artistique, admirer sans cesse.

Eue du Pacha.

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