CHAPITRE V
plus qui soit placé à la hauteur de ses voisins ; si bien que la ligne des chapiteaux décrit les ondulations les plus fantaisistes. Placer un chapiteau de travers ou à l’envers, placer un petit chapiteau sur un fut de trop gros diamètre et réciproquement, était chose habituelle pour ces singuliers constructeurs. Il en est même qui ont poussé la fantaisie jusqu’à placer un fût de colonne entre deux chapiteaux, celui d’en bas les jambes en l’air, comme l’on dit.
On n’a aucune idée des emplois variés auxquels les Arabes ont approprié ces pauvres colonnes romaines ou byzantines. On en voit un grand nombre qui servent de soutènement aux murs d’angle. D’innombrables tronçons de colonnes sont transformés en bancs, ou en seuils, en montoirs devant les boutiques. Pour les chapiteaux, c’est bien une autre affaire. On en a fait des margelles de citernes, des vasques, des pots de fleurs, des sièges. Tout Tunis est bâti avec les débris de Carthage, et je n’exagère en aucune façon en disant qu’il y a, dans les mosquées, les palais, les maisons et les vieux édifices de la ville arabe, plusieurs centaines de mille chapiteaux et colonnes provenant de l’immense capitale de la province Africa.
Le minaret de la mosquée de l’Olivier se voit fort bien du milieu de la rue Sidi-ben-Arrous. C’est une tour carrée, massive comme un donjon du moyen âge. Elle est couronnée par irue galerie qui 11e manque pas d’élégance. L’ensemble a du caractère.
La mosquée est entourée d’un mur auquel sont adossées des boutiques. Du dehors, on n’en voit qu’un seul côté, la façade orientale, qui se présente lorsque l’on sort de la voûte qui termine la rue de l’Église. Cette façade, à laquelle on accède par un grand escalier, est remarquable par un parvis à double colonnade assez imposant.
De la cour intérieure, on ne peut absolument rien voir. Cependant, le vendredi après midi, l’une des portes occidentales reste ouverte pendant quelques heures. C’est, la porte qui se trouve dans la rue des Etoffes, juste en face de la boutique des frères Barbouchi. Je conseille aux amateurs d’archéologie de profiter de cette échappée pour se rendre compte de la richesse, de la beauté et de la variété des chapiteaux qui forment le cloître de la mosquée de l’Olivier.
Les minarets carrés que l’on voit au-dessus de beaucoup de mosquées de Tunis ne sont pas tunisiens. C’est la forme des minarets du Maroc, d’Algérie et de plusieurs pays d’Orient.
Il y a un minaret tunisien, propre à Tunis, qui ne ressemble au minaret d’aucun autre pays. Son fût polygonal s’élance d’un seul jet, sans que ses longues arêtes soient interrompues par des frises ou par des ordres de colonnes. Les arêtes sont en relief et elles encadrent des panneaux qui commencent au sol pour aller jusqu’en haut. Ce fût est couronné, ainsi que celui d’une colonne par son chapiteau, par un riche encorbellement qui soutient le balcon circulaire d’où le muezzin jette aux quatre coins de l’horizon l’appel à la prière. Ce balcon est lui-même recouvert par une gracieuse véranda en bois, peinte en vert, la couleur du prophète ! Le clocheton du minaret perce cette véranda pour finir en pointe. Au-dessus de cette pointe, trois boules enfilées, surmontées par le traditionnel croissant.
Le minaret de la mosquée du Dar-el-Bey, appelée aussi Djama-sidi-Youcef, du
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nom de son fondateur, représenté dans ce chapitre, et celui de la mosquée Sidi-ben-Arous (ouHamouda-Paclia) sont les plus beaux types de minarets tunisiens.
Il faut également passer le vendredi, après-midi, dans la rue Sidi-ben-Arous, pour trouver la porte de la mosquée ouverte.
La cour, dallée et entourée d’un cloître, toute plantée de grands orangers et de citronniers, est adorable. C’est un décor d’opéra tout fait : il n’y aurait qu’à copier.
Les medersa et les zaouia, lieux où se donne l’instruction, sont nombreux à Tunis.
L’entrée de la medersa de la rue des Librairies est d’une rare élégance. C’est un porche charmant., couronné par une corniche qui est toute spéciale à Tunis.
Cette corniche, en bois peint en rouge, ou en rouge et bleu, est formée de petits corbeaux qui affectent parfois la forme d’un avant de navire. Elle supporte des tuiles vertes avec lesquelles elle forme un ensemble harmonieux.
Il n’y a pas, à proprement dire, de clergé musulman officiel. L’administration des
biens Habous (de mainmorte) La mosquée de la Casbah. ^ dg rentretien des
mosquées et du service du culte. Les cadis sont jurisconsultes et professeurs de théologie et ont une certaine influence. Mais tous s’effacent devant le rôle prédominant des
chefs des confréries religieuses, qui constituent un clergé indépendant.
Il existe un troisième clergé, indépendant aussi. J’entends parler des marabouts (mérâbot veut dire religieux). La qualité de marabout est héréditaire. Les zaouia dépendent ou du clergé officiel, ou des confréries, ou des marabouts.
Yue de Tunis.