CHAPITRE YI
L’islam comporte deux grandes divisions : les sunnites et les chiites. Presque tous les musulmans de l’Afrique sont sunnites. Ceux-ci comptent quatre rites orthodoxes, différant peu entre eux. Le rite malékite, le rite hanéfite, le rite chaféite et le rite hanébalite. Le peuple d’Algérie et de Tunisie appartient au rite malékite. Le bey et les Ottomans appartiennent au rite hanéfite.
J’ai parlé de l’importance des confréries religieuses. Cette importance est d’autant plus grande que toute politique se confond ici avec la religion, principe de toutes choses pour le musulman.
Dès l’origine de l’islam, du vivant même de Mahomet, quelques sectaires ardents fondèrent une association religieuse libre, ayant pour idéal la soufisme (la sagesse), qui est « la recherche, par l’exercice de la vie contemplative et des pratiques pieuses, d’un état de pureté morale et de spiritualisme assez parfait pour permettre à l’âme des rapports directs avec la divinité ». Cette association fut le germe de toutes les confré-
ries musulmanes, depuis les seddikya, fondés dès la première année de l’hégire par le successeur du prophète et premier khalife, Abou-Bekr, jusqu’aux fameux snoussya, fondés en 1835. On connaît près de cent confréries importantes. Le Maroc est une terre propice pour ces efflorescences pieuses.
Aucune de ces nombreuses confréries ne s’écarte des cinq grands commandements, et toutes se piquent de la plus pure orthodoxie. Elles 11e se distinguent les unes des autres que par le mode d’initiation, par des séries de pratiques religieuses propres et par le texte et l’importance des dikrs, ou prières.
Dans certaines confréries, les frères ( khouan ) peuvent atteindre un degré de sagesse si élevé que, selon eux, « l’âme y est tellement imprégnée de Dieu, qu’elle perd non seulement le sentiment de son individualité, mais même celui de son absorption en Dieu ». Ces rêves de quelques fanatiques sont bien loin de l’idée matérielle que l’on se fait généralement de la vie musulmane.
Chaque confrérie a un chef, souvent désigné par sou prédécesseur, parfois élu par les moquaddems ou cheichs de la seconde catégorie. Les moquaddems sont nommés par le chef sur la présentation par les frères ou affiliés {khouan). Ils dirigent les zaouia de la congrégation, dont ils sont les professeurs et les initiateurs. Les réunions annuelles des moquaddems forment le grand conseil dans lequel se débattent les intérêts de l’ordre, sorte de concile spécial. Au retour du conseil, le moquaddem réunit les affiliés, leur transmet les instructions données et fait la collecte obligatoire.
Comme on peut en juger par cette appréciation à vol d’oiseau, les confréries musulmanes ont une parfaite analogie avec les congrégations chrétiennes ou autres, et le khouan africain est cousin germain des derviches de l’Asie, des fakirs de l’Inde, des moines chinois et des religieux chrétiens.
Le principal exercice pieux imposé au khouan après son initiation est le dikr ou zikr, qui est plutôt une récitation qu’une oraison. Le dikr consiste dans la répétition — jusqu’à deux et trois mille fois par jour — d’une même phrase ou du même verset du Coran : ce qui explique l’état d’hypnotisme dans lequel, le kif aidant, on voit beaucoup de musulmans.
Les khouans se reconnaissent entre eux par le vêtement, par l’usage de certaines couleurs, par la forme du chapelet et la façon de le tenir ou de le porter, par le turban, par la ceinture, par l’attitude dans la prière, par des signes et des attouchements.
Les principales confréries musulmanes de l’Afrique septentrionale sont :
Les kadrya, qui remontent au xi9 siècle. Leur fondateur, Abd-el-Kader-Djilani, professait pour Jésus-Christ un profond respect, et ses disciples marquent, encore aujourd’hui, de la bienveillance à l’égard des chrétiens. Le malidi du Soudan est kadrya : et c’est à cela que les sœurs de charité et les missionnaires français, capturés par lui, durent la vie. Le siège des kadrya est à Bagdad.
Les chadelya et madanya, fondés en Espagne et répandus au Maroc et en Algérie. Une fraction des chadelya a pris le nom de madanya en Tripolitaine et dans le sud de la Tunisie. Cette secte est la plus hostile aux chrétiens. On a trouvé ses chefs dans toutes les insurrections d’Algérie.
Si les chadelya ont de l’aversion pour les chrétiens, ils ont une aversion non