‹ Tunis et ses environs; texte et dessins d'après natureChapitre 28 sur 124 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

moins prononcée pour une autorité quelconque. Ils se disent les révoltés par excellence. Révoltés contre le sultan, révoltés contre le bey, révoltés contre la France. Les Arabes les appellent dergaoua, insurgés. Ce sont, en somme, de purs anarchistes, et nos anarchistes d’Europe peuvent constater qu’il n’est rien de nouveau sous le soleil.

Les tidjanïa, fondés en Algérie vers 1789, aux environs de Laghouat. Les tidjanïa manifestent une grande sympathie pour les Français, et nos gouvernements n’ont cessé d’entretenir avec eux des relations amicales.

Les tidjanïa sont essentiellement Algériens et Tunisiens, et leur ordre est un ordre fermé, dans ce sens que ceux qui en font partie ne peuvent s’affilier à aucun autre ordre, alors qu’il n’est pas rare de voir des fanatiques d’autres confréries affiliés à huit ou dix ordres différents.

Les tidjanïa s’appellent entre eux habab (ami) et non ashab (compagnon), comme les khouans des autres corporations.

La confrérie des ralimania a été fondée en Algérie, vers la fin du siècle dernier, par Sidi-Mahmed-Ben-Abd-er-Rahman, le saint aux deux tombes. On le vénère à Alger et à Hamma, où les Turcs firent jadis transporter son corps, de peur que ses partisans ne fissent de sa première sépulture un centre de conciliabules. Cette confrérie est celle qui compte le plus de femmes ( Khouata sœurs). Elles sont organisées comme les hommes, sous la direction d’un moquaddema. Ennemis des tidjanïa, les rahmanïa nous sont hostiles.

La confrérie des bakkaia a pris naissance à Tombouktou. Les adeptes font peu de politique religieuse, étant absorbés par les pratiques de piété; mais ils ne sont pas nos amis non plus.

Celle des taybbia mérite d’être mentionnée à cause de certaine prédiction d’un de leurs chefs au xvn° siècle. Cette prédiction annonçait la conquête de l’Algérie par les Français, les chrétiens devant être les maîtres de l’Afrique septentrionale avant l’arrivée du « maître de l’heure » ( Moul el Sâa) qui rendra à l'islam l’empire du monde!

Il y a encore beaucoup d’autres sectes en Tunisie, mais de moindre importance. Il reste à parler de deux sectes qui, à des titres différents, font le plus parler d’elles dans le monde : les snoussia et les ciïssaoua.

La confrérie des snoussïa a été fondée il y a à peine un demi-siècle, en 1835, et déjà son influence morale se fait sentir dans tout le monde musulman, du Maroc à la Chine. Cheich-el-Mahdi-es-Snoussi est plus obéi en Afrique que le sultan de Constantinople, Commandeur des croyants.

Le fondateur de cette confrérie, mort en 1859, laissa sa succession à son fils Cheicli-el-Mahdi, que les fanatiques représentent comme le malidi annoncé par d’anciennes prédictions. Ils prétendent qu'il porte entre les épaules le fameux signe noir rond que Moïse, Jésus-Christ et Mahomet avaient à la même place. Il a aussi, disent encore ses partisans, selon la prophétie, le bras droit assez long pour que la main tombe au-dessous du genou.

Ces signes d’élu divin sont de constatation difficile, impossible même pour les chrétiens, le Cheicli-el-Mahdi étant à peu près invisible dans son oasis de Djer-Boub, située eu Tripolitaine. Comme peu de musulmans l’ont vu et qu’aucun rourni n’a

pénétré clans le périmètre sacré, il s’est fait nne légende sur le luxe de la mosquée de Djer-Boub, aussi bien que sur la puissance du mahdi.

Ce mot de mahdi peut prêter à certaine confusion. Lors de la malheureuse expédition entreprise par les Anglais au Soudan, Mohammed-Ahmed, leur victorieux

adversaire, se fit qualifier de mahdi.

Il appartient à la secte des kadrya , qui ne voit pas les chrétiens d’un trop mauvais œil.

Or, il arriva

que les succès et les prétentions du mahdi du Soudan furent médiocrement goûtés par le mahdi de Djer- Boub. Une rivalité s’établit, des disputes se produisirent et, finalement, le mahdi du Soudan dut plier devant le mahdi des snoussïa et se contenter du titre de « Chérif du Soudan » qui lui arriva de Djer-Boub, comme le maximum des concessions possibles !

Cette soumission eut pour effet, dès 1885, de rendre les snoussïa, indifférents jusque-là, sympathiques au mouvement soudanien. L’on provoqua alors une réunion des cheichs des kadrya, des snoussïa, des chadelya et autres, à Sioutli, où ce concile proclama la déchéance du khédive d’Égypte. Au demeurant, Mohammed-Aluned, le Soudanien, étant mort avant d’avoir soumis le monde à l’imamat universel, les fanatiques de dire : « Il paraît bien que ce n’était pas le vrai mahdi, puisqu’il n’a pas réussi ! » Il ne reste donc qu’un seul et vrai mahdi, le cheich des snoussïa qui réside à Djer- Boub, en Tripolitaine, dans le gouvernement de la Cyrénaïque.

La medersa.

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