‹ Tunis et ses environs; texte et dessins d'après natureChapitre 31 sur 124 · CHAPITRE VT · texte numérisé non relu

CHAPITRE VT

à des fils de fer et une petite fenêtre dont l’épais grillage en bois est également peint rouge et vert. Les lampes qui pendent devant les fenêtres ou les portes des mosquées, des zaouïa et des marabouts, affectent la forme de petites pyramides tronquées. Elles sont formées de quatre planchettes et le dessous est clos par une cinquième planchette trouée dans laquelle passe une veilleuse en verre que l’on allume les jours de fête. Ces lanternes sont également peintes aux couleurs du Prophète.

Des fondations pieuses existent le plus souvent pour l’entretien de ces lieux sacrés et même pour entretenir devant eux, sur la voie publique, l’eau potable offerte aux passants. Ces fondations sont parfois fort modestes, de quelques caroubes chaque jour, moyennant quoi quelque pauvre diable se charge de l’office.

La medersa Slimania est située dans l’axe de la rue des Cinq-Doigts. Elle a aussi une entrée dans la rue des Libraires. Le porche de cette medersa est un des plus gracieux spécimens de l’architecture tunisienne. On ne saurait passer outre sans la regarder, avant de s’enfourner dans les souks de la rue Kachachine, où grouillent chaque matin les revendeurs (les chauds d'habits de Tunis).

Tout a été dit et écrit sur le culte musulman, et c’est par milliers que l’on compte les volumes écrits en langue française pour et contre la religion instituée par Mahomet, et sur ceux qui la pratiquent. Je n’apprendrais donc rien au lecteur sur ce poiut qu’il n’apprendrait beaucoup mieux dans les ouvrages innombrables inspirés par les conquêtes de la France en pays musulmans.

Je ne parlerais même pas du fameux pèlerinage de la Mecque, s’il ne s’y rattachait quelque chose de particulier à Tunis. Je veux parler des Marocains.

Les Marocains sont très nombreux à Tunis, et ils y forment une corporation extrêmement curieuse. Leur spécialité est de garder les propriétés. Tout propriétaire urbain ou rural a à son service un ou plusieurs Marocains préposés à la garde de son bien. Ces Marocains sont réputés pour leur fidélité et. leur aptitude toute spéciale pour le rôle de gardien. On les voit assis devant les portes, dans les corridors, dans les parvis des maisons et des palais, sur le seuil des boutiques européennes, le chapelet à la main et le poignard au côté. Un poignard tout particulier, dont le fourreau affecte la forme d’un J. A la campagne, ils portent le fusil et la matraque, bâton noueux assez semblable à celui de nos toucheurs de boeufs.

Les Marocains, ou Mogrébius (gens du Couchant) sont les musulmans les plus éloignés de la Mecque vers l’Occident. C’est chez eux que se forme le grand pèlerinage annuel. Jadis ce pèlerinage se faisait à pied. Aujourd’hui il se fait en babour (bateau à vapeur). Mais les pauvres diables du Maroc continuent de le faire pédestrement. Us y mettent le temps. Plusieurs années, s’il le faut. Us partent avec une bourse légère. Lorsqu’ils commencent à en apercevoir le fond, ils s’engagent, soit pour travailler aux champs, soit pour d’autres travaux, soit pour être gardiens.

Lorsque le travail leur a procuré assez d’argent pour pousser jusque vers un centre connu d’eux et dont ils font leur objectif, ils' se mettent de nouveau en route. Et ainsi de suite jusqu à la Mecque. Tunis est leur station préférée, quelquefois la Capoue où vient échouer l’ardeur du pèlerin, mais rarement.

Nos bons bourgeois de France se figurent le notaire : un bomme assis dans un large fauteuil, dans un cabinet confortable, précédé de « l’étude aux murs couverts d’affiches », où travaillent assidûment des clercs, grands et petits. Une importante étude de notaire de Paris est un petit ministère :

l’antichambre précède l’étude où griffonnent les clercs, le cabinet du maître clerc est à côté riel : car ils sont deux ou trois, voir même quatre dans ce petit espace. Assis par terre ou sur un tabouret en roseau, ils écrivent sans table ni guéridon, sans autre appui que leur main gauche. Leur plume est un roseau taillé, kalem, et l’écritoire primitive est par terre à côté d’eux. Ni porte, ni fenêtre, ni devanture, l’étude-trou est béante sur la rue. Le client se tient devant la boutique (car c’est une boutique comme toutes les autres boutiques des souks). Une des aquarelles montre un notaire écrivant; l’autre, les clients debout devant... l’étude, — l’âne non compris, bien entendu.

Marocain.

du cabinet du patron, un cabinet de ministre.

Des bronzes rares sur la cheminée, des tableaux de maîtres sur la tenture des murs.

Telle n’est point la conception d’une étude de notaire chez les Tunisiens. Un trou carré ; deux à trois mètres de large; autant de profondeur et de hauteur Telle est la moyenne de capacité cubique d’une étude à' ad oui, lisez notaires. Je mets au plu-

Marabouts urbains.

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