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mans et deux cents patrons juifs qui emploient environ quatre cents ouvriers. Leurs boutiques sont en partie dans la rue Sidi-ben-Arrous.
Il y a encore à Tunis beaucoup d’autres cordonniers indépendants, musulmans, juifs ou Maltais, qui font la chaussure européenne et ne sont sous le contrôle d’aucun amine. Mais l’idéal dans l’art de la cordonnerie est atteint par le savetier en plein vent,
Souk des cordonniers.
installé sur le trottoir, à un coin de rue, ou sous la porte cochère de quelque foudoulr. Il y en a bien une douzaine dans les premiers deux cents mètres de la rue Al-Djazira, qui tous font penser à Callot. On n’a aucune idée de leur accoutrement, de leur installation sommaire et pittoresque. Ils arrivent au miracle en matière de raccommodage, rendant une vie éphémère à telle savate qui tombe en lambeaux et dont la valeur n’atteint pas au modeste taux de dix centimes. Ils bouchent les lacunes de la semelle
au moyeu d'une pièce de cuir vert qui, pour toute tannerie, a séjourné sur le pavé, sous les pieds des passants. Le tout est relié — cousu serait de l’euphémisme — avec de de la ficelle. La pièce de cuir a encore ses poils. Le raccommodage coûte une caroube (4 centimes) ou deux et il dure ce qu’il peut, prolongeant d’un, de deux ou de trois jours l’existence de cette chose indescriptible qui, dans des temps reculés, a pu se nommer une babouche.
Les savetiers sont innombrables à Tunis. Il y en a dans tous les quartiers. Et, je dois le répéter, il est prodigieux de voir tant de cordonniers et de savetiers dans un pays où tant de gens se promènent pieds nus.
On voit dans ce chapitre un « affûteur de faucilles ». C’est une singulière profession que celle qui consiste à transformer en une sorte de scie les faucilles qui servent à couper le blé (on moissonne l’orge en l’arrachant).
La faucille arabe est moins recourbée que la nôtre et on lui donne du tranchant au bord intérieur de la lame avec une sorte de poinçon sur lequel l’ouvrier frappe avec un petit marteau. L’enclume est un tibia de chameau sur lequel la faucille est attachée au moyen d’une lanière tenue et tendue par le pied.
L’affûteur de faucilles, comme le fabricant de fourches, appartient au souk des forgerons, l’un des plus pittoresques de Tunis, que l’on trouve à cent mètres du terminus des tramways de Bab-Djazira à Bab-Djedid.
Quel est le touriste qui n’a pas emporté de Tunis de ces curieuses lanternes arabes en fer-blanc, souvent d’un dessin fort gracieux, tout à jour? Ce sont des bibelots amusants et peu coûteux, puisque pour cent sous l’on peut en acheter qui sont déjà de belle dimension, de 40 à 50 centimètres de hapteur.
La rue de l’Église, la première que l’on prend pour pénétrer dans la ville arabe, renferme vingt ou trente boutiques de ferblantiers encadrées de lanternes et de pièces en fer-blanc de toute nature et de toute forme.
Ces industriels, presque des artistes, appartiennent tous au culte d’Israël. Ils font d’assez jolies choses avec des matières premières presque sans valeur.
Je ne voulais pas le croire; les jolies lanternes qu’ils vendent sont faites avec du fer-blanc de boîtes à pétrole découpé. Et telle est leur insouciante sincérité, qu’ils ne jettent pas les morceaux révélateurs sur lesquels les vendeurs de pétrole américain ont imprimé la marque de fabrique de leur company.
Les verres de ces lanternes sont des débris achetés dans les verreries de France ou de Bohême. On y reconnaît souvent des fragments de dessins gravés ayant fait partie de quelque riche ensemble.
Le peu de valeur de la matière première explique le bon marché auquel, pour peu qu’on marchande à fond, on lient acheter des lanternes arabes fabriquées par des ferblantiers tunisiens, avec du fer-blanc d’Amérique et des fragments de verre de Bohême, de Baccarat ou de Pantin.
Le vieux ferblantier représenté dans ce chapitre a son échoppe dans la rue Soukel-Belat.