‹ Tunis et ses environs; texte et dessins d'après natureChapitre 68 sur 124 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

chant rythmique que chante le chef d’équipe, ne travaille pas moins de dix à douze jours pour battre les fouilles d’une maison de moyenne grandeur. On arrive ainsi à obtenir une espèce de pisé extrêmement dur qu’on monte à 0m,50 au-dessous du sol : c’est sur cet empâtement artificiel qu’on pose les fondations réelles de l’édifice.

Ce mode de procéder est primitif assurément; mais, après tout, c’est celui qui a donné jusqu’ici les meilleurs résultats pratiques, supérieurs même à l’emploi des pilotis, des bétons et des chaux hydrauliques. Aussi s’y tient-on.

A côté des motifs pittoresques offerts par les types de la rue, dont quelques-uns, des plus intéressants, viennent de défiler devant nous, on assiste parfois à des scènes plus complètes, comme celles des processions des Aïssaoua, des enterrements musulmans, des envois de cadeaux de noces et des cortèges de mariées musulmanes ou juives.

Le transport des cadeaux de noces est une des rares manifestations extérieures de cette vie musulmane si mystérieusement close par un mur plus impénétrable que celui qu’avait rêvé pour ses concitoyens l’inoubliable Gfuilloutet. Et voyez comme les peuples sont pareils au fond, étant pétris des mêmes éléments ! Rien ne ressemble autant au transport de cadeaux de noces dans ma pauvre Alsace et dans les Vosges, qu’une cérémonie analogue à Tunis.

Mes regrettés amis, les peintres Brion et Hafifner, ont fixé sur la toile ces scènes populaires de mon pays natal. Les meubles sont juchés sur des charrettes, des musiciens précèdent le cortège et des cavaliers entourent les voitures chargées de coffres, d’armoires et de literie, ne cessant de tirer des coups de pistolet et de fusil.

Eh bien, à Tunis, c’est exactement la même chose, lorsque le trajet permet l’usage d’un véhicule pour le transport des coffres, des armoires et de la literie. Des cavaliers entourent les voitures, brandissant leurs moukalas et faisant parler la poudre, et des musiciens marchent devant. Rien à changer dans la disposition du tableau, qui est identique. Le costume des acteurs, l’articulation des voix et l'harmonie des chants sont différents, bien entendu.

La gravure qui termine ce chapitre ne représente pas les cadeaux de noces chargés sur des voitures, parce que, le plus souvent, le transport doit se faire à travers des rues et des impasses de la ville arabe, absolument impraticables pour le véhicule le plus exigu. Alors on a recours au chargement des cadeaux de noces sur le dos des chevaux ou des mulets.

De grands coussins longs, recouverts d’étoffes d’or, sont jetés sur les chevaux, et des gamins de la famille sont juchés par-dessus, tenant, en même temps que les brides, autant d’objets de literie qu’ils peuvent en retenir. D’autres chevaux sont chargés de coffres et d’armoires en bois doré et peinturluré, qui renferment les robes et les objets précieux.

Une bande joyeuse de jeunes gens et de joueurs de flûte et de tambourin accom-

pagne le cortège. On s’arrête aux carrefours et devant les demeures des familles alliées ou amies pour entonner des cliants d’allégresse dont les paroles braveraient l’honnêteté, même si elles étaient traduites dans cette langue privilégiée, quoique morte, dans laquelle tout peut se braver, paraît-il : le latin.

Les cadeaux de noces.

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