‹ Tunis et ses environs; texte et dessins d'après natureChapitre 9 sur 124 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

autres, et le pays s’est dépeuplé. Des officiers français, et après eux MM. Fau, Fernand et Albert Fourreau, et Rolland, colons des plus intrépides, ont fait jaillir l’eau arté-

Ruines d’un aqueduc byzantin.

sienne sur des points nombreux. Partout des oasis nouvelles ont surgi. Et l’on peut rappeler ici la description du vieux Pline : « Là, sous un palmier très élevé, croît un

Ruines byzantines.

olivier, sous l’olivier un figuier, sous le figuier un grenadier, sous le grenadier la vigne ; sous la vigne on sème le blé, puis des légumes, puis des herbes potagères, tous dans la

même année, tous s’élevant à l’ombre les uns des autres. » C’était l’oasis il y a deux mille ans. C’est encore l’oasis de nos jours, en y ajoutant l’oranger, l’amandier, le citronnier, le prunier et surtout l’abricotier.

Et l’eau a produit la renaissance de cette merveille; et la population est revenue dans l’oasis de l’Oued-Rliir, dense, florissante, aimant la France... qui donne l’eau !

Les courants humains désertent les pays sans eau. Ils affluent vers l’eau. Les immigrations, le développement des populations primitives ne se sont-ils pas produits le long des rivières?

Je ne saurais trop insister sur ce point, que la Tunisie a eu près de douze millions d’habitants. En compte-t-elle aujourd’hui deux millions ? J’en doute.

Pourquoi? L’eau manque-t-elle en Tunisie ? Nullement. Ni celle du ciel, ni celle qui se trouve sous le sol.

En allant au Bardo, à moins de deux kilomètres de la ville, un aqueduc immense fait écran dans la vallée. Il est de construction espagnole et, passant d’une colline à l’autre, il portait l’eau dans la direction de la Riana. Cet aqueduc est le motif de la page hors texte du présent chapitre.

Un autre aqueduc, l'aqueduc romain, est un véritable monument historique, sa destinée ayant été liée à celle de la Carthage romaine.

L’empereur Adrien visita pendant onze années (de 120 à 131) toutes les provinces de l’empire, accompagné de géomètres, d’architectes et d’habiles ouvriers. La province Africa pouvait d’autant moins échappera sa sollicitude qu’une sécheresse terrible venait de la désoler.

La disette d’eau avait été effroyable à Carthage. Il visita donc cette province et résolut de faire conduire dans les anciennes citernes de Carthage les eaux de source du mont Zeugitanus, qu’on appelle aujourd’hui le Djebel-Zaghouan, situé à près de cent kilomètres.

Cet aqueduc gigantesque traverse les collines, les vallées, les plaines et les rivières. C’est une des plus belles et des plus imposantes constructions dont les Romains aient laissé des traces.

Après la mort d’Adrien (138), différentes autres sources, plus éloignées encore, furent captées et jointes à celle du Zaghouan, devenue insuffisante : entre autres celle du mont Zuccharus (Djebel-Djouggar), non loin de l’ancienne ville de Zuccliara.

Les Vandales détruisirent l’aqueduc en plusieurs endroits pendant qu’ils faisaient cet interminable siège qui dura huit ans et ne finit qu’en 439, par la prise et le pillage de la Carthage romaine.

En 532, Bélisaire battit et prit Gélimer, roi des Vandales ; et, en 534, il rétablissait le magnifique aqueduc.

Les Sarrasins le détruisirent à leur tour vers 698, après s’être emparés de Carthage et avoir chassé les soldats de l’empereur Léonce. De cette époque jusqu’à nos jours, sauf le bey Ahmed qui en eut l’idée en 1850, nul ne songea à relever le grandiose aqueduc d’Adrien.

Comme il ne servait à rien, les habitants du pays, sans aucun scrupule, le dépouillèrent de ses revêtements en pierres admirablement taillées, pour construire leurs

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