‹ TurcaretChapitre 17 sur 95 · ACTE I, SCÈNE VI I · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE VI I

sion ne pensent et ne s'expriment pas ainsi; on ne saurait les soupçonner de les avoir faits.

M. TuRCARET. J'ai voulu voir, par curiosité, si je serais capable d'en composer, et l'amour m'a ouvert l'esprit.

La Baronne. Vous êtes capable de tout, monsieur, 5 et il n'y a rien d'impossible pour vous. ^t*

Marine. Vot^g^rose, monsieur, mérite aussi des fi compliments: elle vaut bien votre poésie, au moins.

M. Turcaret. Il est vrai que ma prose a son mérite ; \ t elle est signée et approuvée par quatre fermiers généraux.^ ip^

Marine, à M. Turcaret. Cette approbation vaut mieux que celle de l'Académie.

La Baronne. Pour moi, je n'approuve point votre prose, monsieur, et il me prend envie de vous quereller.

M. Turcaret. D'où vient? i-Hvs w •'*•**- "^ jj*>»jCf<M') hs

La Baronne. Avez-vous perdu la raison, de m'envoyer un billet au porteur? Vous faites tous les jours quelques folies comme cela.

M. Turcaret. Vous vous moquez. ^;^

La Baronne. De combien est-il, ce billet? Je n'ai 20 pas pris garde à la somme, tant j'étais en colère contre vous.

M. Turcaret. Bon! il n'est que de dix jmille écus.! ^ •

La Baronne. Comment, dix mille écus! Ah! si j^avais su cela, je vous l'aurais renvoyé sur-le-champ. 25

M. Turcaret. Fi donc !

La Baronne. Mais je vous le renverrai.

M. Turcaret. Oh! vous l'avez reçu, vous ne le ren- . drez point.

Marine, à part. Oh! pour cela, non. 30

La Baronne. Je suis plus offensée du motif que de la chose même.

lO TURCARET

M. TuRCARET. Eh! pourquoi?

La Baronne. En m'accablant tous les jours de présents, il semble que vous vous imaginiez avoir besoin de ces liens-là pour m'attacher à vous.

5 M. Turcaret. Quelle pensée ! Non, madame, ce n'est point dans cette vue que. . .

La Baronne. Mais vous vous trompez, monsieur, je ne vous en aime pas davantage pour cela.

M. Turcaret, à part. Qu'elle est franche! qu'elle est. y 10 sincère!

J^( La Baronne. Je ne suis sensible qu'à vos empresse-

' ments, qu'à vos soins. . .

^ M. Turcaret. Quel bon cœur!

La Baronne. Qu'au seul plaisir de vous voir. 15 M. Turcaret, à part. Elle me charme. ..(^ la baronne.) Adieu, charmante Philis.

La Baronne. Quoi ! vous sortez si tôt ?

M. Turcaret. Oui, ma reine; je ne viens ici que

pour vous saluer en passant. Je vais à une de nos as-

20 semblées, pour m'opposer à la réception d'un pied-plat,^

d'un homme de rien, qu'on veut faire entrer dans notre

compagnie. Je reviendrai dès que je pourrai m'échapper.

(// lui baise la main.) La Baronne. Fussiez-vous déjà de retour ! 25 IAplRI^^, à M. Turcaret en faisant la réve're7ice. Adieu, monsieur, je suis votre très humble servante.

M. Turcaret. A propos. Marine, il me semble qu'il

y a longtemps que je ne t'ai rien donné. (// lui donne

une poignée d'argent.) Tiens, je donne sans compter, moi.

30 Marine. Et moi, je reçois de même, monsieur. Oh !

nous sommes tous deux des gens de bonne foi !

(M. Turcaret sort.)

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