‹ TurcaretChapitre 66 sur 95 · ACTE IV, SCÈNE XII · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE XII

jeune mousquetaire avec la veuve d'un auditeur des comptes. La belle union ! ils tiennent tous les jours table ouverte; ils mangent la succession de l'auditeur le plus agréablement du monde.

' Lisette. Ces deux personnes-là sont bien assorties. s

Madame Jacob. Oh ! tous mes^mariages sont heu- / reux ... (^à la baronne) et si madame était dans le goût de se marier, j'ai en main le plus excellent sujet.

La Baronne. Pour moi, madame Jacob ?

Madame Jacob. C'est un gentilhomme limousin; la lo bonne pâte de mari! il se laissera mener par une femme It comme un Parisien.

Lisette, à la baronne. Voilà encore un bon hasard, madame.

La Baronne. Je ne me sens point en disposition 15 d'en profiter; je ne veux pas sitôt me marier, je ne suis point encore dégoûtée du monde.

Lisette, à madame Jacob. Oh! bien, je le suis, moi, madame Jacob ; mettez-moi sur vos tablettes.

Madame Jacob. J'ai votre affaire ; c'est un gros com- 20 mis qui a déjà quelque bien, mais peu de protection; il cherche une jolie femme- pour s'en faire.

Lisette. Le bon parti ! voilà mon fait.

La Baronne, à madame Jacob. Vous devez être riche, madame Jacob ? 25

Madame Jacob. Hélas ! Hélas ! je devrais faire dans Paris une autre figure : je devrais rouler carrosse, ma chère S dame, ayant un frère comme j'en ai un dans les affaires. ^

La Baronne. Vous avez un frère dans les affaires ? j Madame Jacob. Et dans les grandes affaires, encore : îo i je suis sœur de M. Turcaret, puisqu'il faut vous le dire ; 1 •il n'est pas que vous n'en ayez ouï ^ parler.

La Baronne, avec étonnement Vous êtes sœur de M. Turcaret ?

Madame Jacob. Oui, madame, je suis sa sœur de père et de mère même.

5 Lisette, étonnée aussi. M. Turcaret est votre frère, madame Jacob ?

Madame Jacob. Oui, mon frère, mademoiselle, mon

propre frère ; et je n'en suis pas plus grande dame pour

cela. Je vous vois toutes deux bien étonnées ; c'est sans

lo doute à cause qu'il me laisse prendre toute la peine que

je me donne ?

Lisette. Eh ! oui ; c'est ce qui fait le sujet de notre étonnement.

Madame Jacob. Il fait bien pis, le dénaturé qu'il est: 15 il m'a défendu l'entrée de sa maison, et il n'a pas le cœur d'employer mon époux.

La Baronne. Cela crie vengeance.

Lisette, à madame Jacob, Ah ! le mauvais frère ! Madame Jacob. Aussi mauvais frère que mauvais 20 mari : n'a-t-il pas chassé sa femme de chez lui ?

La Baronne. Ils faisaient donc mauvais ménage ? Madame Jacob. Ils le font bien encore, madame ; ils n'ont ensemble aucun commerce, et ma belle-sœur est en province.

25 La Baronne. Quoi ! M. Turcaret n'est pas veuf ?

Madame Jacob. Bon ! il y a dix ans qu'il est séparé \\ de sa femme, à qui il fait tenir une pension à Valognes,^ 'I afin de l'empêcher de venir à Paris.

La Baronne, bas^ à Lisette. Lisette!

30 Lisette, bas. Par ma foi, madame, voilà un méchant homme !

Madame Jacob. Oh ! le ciel le punira tôt ou tard,

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