ASMODÉE, D. CLÉOFAS
Asmodée.
i bien, Seigneur O. Cléofas, que pensésvous de cette Comédie? Elle vient de réussir en dépit des cabales : les ris sans cesse renaissans des personnes qui se sont livrées au spectacle ont étouffé la voix des Commis et des Auteurs.
D. Cléofas.
Oui ; mais je croy qu’ils vont bien se donner carrière présentement, et se dédommager du silence qu’ils ont été obligés de garder.
CRITIQU E Asmodée.
N’en doutés point : les voilé déjà qui forment des pelotons dans le parterre, et qui répandent leur venin ; j’aperçois entr’autres trois clefs de meutes, trois beaux esprits qui vont entrainer dans leur sentiment quelques petits génies qui les écoutent; mais je vois é leurs trousses deux amis de l’auteur. Grande dispute ; on s’échauffe de part et d’autre. Les uns disent de la piece plus de mal qu’ils n’en pensent, et les autres pensent moins de bien qu’ils n’en disent.
D. Cléofas.
Hé! quels défauts y trouvent les critiques?
Asmodée.
Cent raille.
D. Cléofas.
Mais encore?
Asmodée.
Ils disent que tous les personnages en sont vicieux, et que l’auteur a peint les mœurs de trop près.
D. Cléofas.
Ils n’ont parbleu pas tout le tort ; les mœurs m’ont paru un peu gaillardes.
Asmodée.
Il est vray : j’en suis assés content. La Barqjie tire fort sur vôtre Dona Thomassa. J’aime à voir dans les comédies régner mes héroïnes; mais je n’aime pas qu’on les punisse au dénoùment ; cela me chagrine. Heureusement il y a bien des pièces françoises où l’on m’épargne ce chagrin-là.
D. Cléofas.
Je vous entends. Vous n’approuvés pas que la Barone soit trompée dans son attente, que le Chevalier perde