‹ Turcaret comédie en cinq actes Le SageChapitre 105 sur 107 · DE TURCARET · texte numérisé non relu

DE TURCARET

tSç

toutes ses espérances, et que Turcaret soit arrêté : vous voudriés qu’ils fussent tous contens. Car enfin leur châtiment est une leçon qui blesse vos intérêts.

Asmodée.

J’en conviens ; mais ce qui me console, c’est que Lisette et Frontin sont bien récompensés.

D. Cléofas.

La belle récompense! Les bonnes dispositions de Frontin he font-elles pas assés prévoir que son régné finira comme celui de Turcaret?

Asmodée.

Vous êtes trop pénétrant. Venons au caractère de Turcaret ; qu’en dites-vous ?

D. Cléofas.

Je dis qu’il est manqué, si les gens d’affaires sont tels qu’on me les a dépeints. Les affaires ont des mystères qui ne sont point ici développés.

Asmodée.

Au grand Satan ne plaise que ces mystères se découvrent. L’Auteur m’a fait plaisir de montrer simplement l’usage que mes partisans font des richesses que je leur fais acquérir.

D. Cléofas.

Vos partisans sont donc bien différens de ceux qui ne le sont pas?

Asmodée.

Oui vraiment. Il est aisé de reconnoitre les mines : ils s’enrichissent par l’usure, qu’ils n’osent plus exercer que sous le nom d’autrui quand ils sont riches; ils prodiguent leurs richesses lorsqu’ils sont amoureux, et leurs amours finissent par la fuite ou par la prison.

i6o CRITIQUE

D. CiioFAS.

A ce que je vois, c’est un de vos amis que l’on vient , de jouer. Mais dites- moy. Seigneur Asmodée, quel bruit est-ce que j’entends auprès de l’orquestre?

ASMODiE.

C’est un Cavalier Espagnol qui crie contre la sécheresse de l’intrigue.

D. Cléofas.

Cette remarque convient à un Espagnol. Nous ne sommes point accoutumés, comme les François, Ii des pièces de caractères, qui sont pour la plupart fort foibles de ce côté-là.

ASMOOiE.

C’est en effet le défaut ordinaire de ces sortes de pièces ; elles ne sont point assés chargées d’événemens. Les auteurs veulent toute l’attention do spectateur pour le caractère qu’ils dépeignent, et regardent comme des sujets de distraction les intrigues trop composées. Je suis de leur sentiment , pourvu que d’ailleurs la piece soit intéressante.

D. CiioFAs.

Mais celle-ci ne l’est point.

Asmodse.

Hé ! c’est le plus grand défaut que j’y trouve. Elle seroit parfaite si l’auteur avoit sçu engager à aimer les personnages ; mais il n’a pas eu assés d’esprit pour cela. Il s’est avisé mal à propos de rendre le vice haïssable. Personne n’aime la Barone , le Chevalier, ni Turcaret ; ce n’est pas là le moyen de faire réussir une Comédie.

D. CiioFAS.

Elle n’a pas laissé de me divertir : j’ay eu le plaisir de

Page 1