‹ Turcaret comédie en cinq actes Le SageChapitre 17 sur 107 · LA BARONE, M. TURCARET, MARINE · texte numérisé non relu

LA BARONE, M. TURCARET, MARINE

La Barone.

Je suis ravie de vous voir, monsieur Turcaret, pour vous faire des complimens sur les vers que vous m’avés envoyés.

M. Turcaret, riant.

Ho, ho!

La Barone.

Sçavés-vous bien qu’ils sont du dernier galant? Jamais les Voiture ni les Pavillon n’en ont fait de pareib.

M. Turcaret.

Vous plaisantés, apparemment?

La Barone.

Point du tout.

M. Turcaret.

Sérieusement, madame, les trouvés-vous bien tournés ?

La Barone.

Le plus spirituellement du monde.

Ce sont pourtant les premiers vers que j’aie faits de ma vie.

La Barons.

On ne le diroit pas.

M. Turcaret.

Je n’ay pas voulu emprunter le secours de quelque auteur, comme cela se pratique.

La Barons.

On le voit bien : les auteurs de profession ne pensent et ne s’expriment pas ainsi ; on ne sçauroit les soupçonner de les avoir faits.

M. Turcaret.

J’ay voulu voir, par curiosité, si je serois capable d’en composer, et l’amour m’a ouvert l’esprit.

La Barons.

Vous êtes capable de tout, monsieur, et il n’y a rien d’impossible pour vous.

Vôtre prose, monsieur, mérite aussi des complimens : elle vaut bien vôtre poésie au moins.

M. Turcaret.

Il est vray que ma prose a son mérite ; elle est signée par quatre fermiers généraux.

Marine.

Cette approbation vaut mieux que celle de l’Académie.

La Barons.

Pour moy, je n’approuve point vôtre prose.

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