ACTE I, SCENE VIII S
mier mouvement de sa colere, elle allât donner à M. Turcaret des impressions qui ne conviendroient ni à vous ni à moy.
Frontin.
Ho ! diable, elle n’y manquera pas ; les soubrettes sont comme les bigottes : elles font des actions charitables pour se venger.
La Barone.
De qiioy s’inquiéter? Je ne la crains point. J’ay de l’esprit, et M. Turcaret n’en a guere : je ne l’aime point, et il est amoureux. Je sauray me faire auprès de lui un mérite de l’avoir chassée.
Frontin.
Fort bien, madame; il faut tout mettre à profit.
La Barone.
Mais je songe que ce n’est pas assés de nous être débarrassés de Marine, il faut encore exécuter une idée qui me vient dans l’esprit.
Quelle idée, madame?
La Barone.
Le laquais de M. Turcaret est un sot, un benêt, dont on ne peut tirer le moindre service ; et je voudrois mettre à sa place quelque habile homme, quelqu’un de ces génies supérieurs, qui sont faits pour gouverner les esprits médiocres.
TU RCARET
et les tenir toujours dans la situation dont on a besoin.
Frontin.
Quelqu’un de ces génies supérieurs ! Je vous vois venir, madame, cela me regarde.
Le Chevalier.
Mais, en effet, Frontin ne nous sera pas inutile auprès de notre traitant.
La Barone.
Je veux l’y placer.
11 nous rendra bon compte, n’est-ce pas?
Frontin.
Je suis jaloux de l’invention ; on ne pouvoit rien imaginer de mieux. Par ma foy, monsieur Turcaret, je vous feray bien voir du pays, sur ma parole.
La Barone.
11 m’a fait présent d’un billet au porteur de dix mille écus; je veux changer cet effet-là de nature : il en faut faire de l’argent. Je ne connois personne pour cela, chevalier, chargés-vous de ce soin; je vais vous remettre le billet. Retirés ma bague, je suis bien aise de l’avoir, et vous me tiendrés compte du surplus.
Frontin.
Cela est trop juste, madame, et vous n’avés rien à craindre de notre probité.