‹ Turcaret comédie en cinq actes Le SageChapitre 25 sur 107 · SCENE IX · texte numérisé non relu

SCENE IX

LE CHEVALIER, FRONTIN

Frontin.

Un billet de dix mille écus! La bonne aubaine, et la bonne femme! Il faut être aussi heureux que vous l’êtes pour en rencontrer de pareilles. Sçavés-vous que je la trouve un peu trop crédule pour une coquette?

Le Chevalier.

Tu as raison.

Frontin.

Ce n’est pas mal payer le sacrifice de notre vieille folle de comtesse, qui n’a pas le sol.

Le Chevalier.

Il est vray.

Frontin.

Madame la barone est persuadée que vous avés perdu mille écus sur vôtre parole, et que

son diamant est en gage; le lui rendrés-vous, monsieur, avec le reste du billet ?

Le Chevalier.

Si je le lui rendray ?

Quoy! tout entier, sans quelque nouvel article de dépense?

Le Chevalier.

Assurément; je me garderay bien d’y manquer.

Frontin.

Vous avés des momens d’équité ; je ne m’y attendois pas.

Le Chevalier.

Je serois un grand malheureux de m’exposer à rompre avec elle à si bon marché.

Frontin.

Ah ! je vous demande pardon : j’ay fait un jugement téméraire; je croyois que vous vouliés faire les choses à demi.

Le Chevalier.

Ho ! non. Si jamais je me brouille, ce ne sera qu’aprés la ruine totale de M. Turcaret.

Frontin.

Qu’aprés sa destruction, là, son anéantissement.

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