DE TURCARET
D. Cléofas.
C’est-à-dire que les gens d’affaires sont tous des. . .
Asmodée.
C’est ce qui vous trompe : il y a de fort honnêtes gens dans les affaires. J’avoue qu’il n’y en a pas un très-grand nombre; mais il y en a qui, sans s’écarter des principes de l’honneur et de la probité, ont fait ou font actuellement leur chemin , et dont la robe et l’épée ne dédaignent pas l’alliance. L’auteur respecte ceux-là. Effectivement il auroit tort de les confondre avec les autres. Enfin il y a d’honnêtes gens dans toutes les professions. Je connois même des commissaires et des greffiers qui ont de la conscience.
D. Cléofas.
Sur Ce pied-là, cette comédie n’offense point les honnêtes gens qui sont dans les affaires.
Asmodée.
Comme le Tartuffe que vous avés lu offense les vrais dévots. Hé, pourquoy les gens d’affaires s’offenseroient-ils de voir sur la scene un sot, un fripon de leur corps? Cela ne tombe point sur le général. Ils seroient donc plus délicats que les courtisans et les gens de robe, qui voient tous les jours avec plaisir représenter des marquis fats et des juges ignorans et corruptibles.
D. Cléofas.
Je suis curieux de sçavoir comment la piece sera reçue : apprenés-le moy, de grâce, par avance.
Asmodée.
Les diables ne connoissent point l’avenir, je vous l’ay déjà dit. Mais, quand nous aurions cette connoissance, je crois que le succès des comédies en serait excepté, tant il est impénétrable.