‹ Turcaret comédie en cinq actes Le SageChapitre 4 sur 107 · CRITIQUE DE TURCARET · texte numérisé non relu

CRITIQUE DE TURCARET

D. Cléofas.

L’auteur et les comédiens se flattent sans doute qu’elle réussira.

Asmodû.

Pardonnés-moy. Les comédiens n’en ont pas bonne opinion, et leurs pressentimens, quoiqu’ils ne soient pas infaillibles, ne laissent pas d’effrayer l’auteur, qui s’est allé cacher aux troisièmes loges, où, pour surcroît de chagrin, il vient d’arriver auprès de lui un caissier et un agent de change, qui disent avoir oüi parler de sa piece, et qui la déchirent impitoyablement. Par bonheur pour lui, il est û sourd qu’il n’entend pas la moitié de leurs paroles.

D. Cléofas.

Oh! je crois qu’il y a bien des caissiers et des agens de change dans cette assemblée.

Asmodée.

Oui, je vous assure ; je ne vois partout que des cabales de commis et d’auteurs, que des siffleurs dispersés et prêts à se répondre.

D. Cléofas.

Mais l’auteur n’a-t-il pas aussi ses partisans?

Asmodée.

Ho qu’oui! Il a ici tous ses amis, avec les amis de ses amis. De plus, on a répandu dans le parterre quelques grenadiers de police pour tenir les commis en respect. Cependant, avec tout cela, je ne voudrois pas répondre de l’événement. Mais taisons-nous, les acteurs paroissent. Vous entendés assés le français pour juger de la piece : écoutons-la ; et, après que le parterre en aura décidé, nous réformerons son jugement, ou nous le confirmerons.

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