‹ Turcaret comédie en cinq actes Le SageChapitre 30 sur 107 · ACTE II, SCENE III · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE III

M. Turcaret.

Je continueray quand il me plaira. Je tous apprendray à vous jouer à un homme comme moy. Allons, ce billet au porteur que je vous ay tantôt envoyé, qu’on me le rende.

La Barone.

Que je vous le rende! et si je l’ay aussi donné au chevalier?

Ah ! si je le croyois !

La Barone.

Que vous êtes fou! En vérité, vous me faites pitié.

M. Turcaret.

Comment donc! au lieu de se jeter à mes genoux et de me demander grâce, encore dit-elle que j’ay tort, encore dit-elle que j’ay tort!

La Barone.

Sans doute.

M. Turcaret.

Ah! vraiment, je voudrois bien, par plaisir, que vous entreprissiés de me persuader cela !

La Barone.

Je le ferois, si vous étiés en état d’entendre raison.

M. Turcaret.

Et que me pourriés-vous dire, traîtresse?

La Barone.

Je ne vous diray rien. Ahl quelle fureur!

M. Turcaret, essoufflé.

Hé bien! parlés, madame, parlés; je suis de sang-froid.

Ecoutés-moy donc. Toutes les extravagances que vous venés de faire sont fondées sur un faux rapport que Marine...

M. Turcaret.

Un faux rapport! ventrebleu! ce n'est point...

La Barone.

Ne jurés pas, monsieur, ne m’interrompés pas; songés que vous êtes de sang-froid.

M. Turcaret.

Je me tais : il faut que je me contraigne.

La Barone.

Sçavés-vous bien pourquoy je viens de chasser Marine?

M. Turcaret,

Oui, pour avoir pris trop chaudement mes intérêts.

La Barone.

Tout au contraire : c’est à cause qu’elle me reprochoit sans cesse l’inclination que j’avois pour vous. « Est-il rien de si ridicule, me disoit-elle à tous momens, que de voir la veuve d’un colonel

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