ACTE II, SCENE III
songer à épouser un monsieur Turcaret, un homme sans naissance, sans esprit, de la mine la plus basse... »
M. Turcaret.
Passons, s’il vous plaît, sur les qualités : cette Marine-là est une impudente.
La Barone.
« Pendant que vous pouvés choisir un époux entre vingt personnes de la première qualité; lorsque vous refusés vôtre aveu même aux pressantes instances de toute la famille d’un marquis dont vous êtes adorée, et que vous avés la foiblesse de sacrifier à ce monsieur Turcaret? »
M. Turcaret.
Cela n’est pas possible.
La Barone.
Je ne prétends pas m’en faire un mérite, monsieur. Ce marquis est un jeune homme fort agréable de sa personne, mais dont les moeurs et la conduite ne me conviennent point. Il vient ici quelquefois avec mon cousin le chevalier, son ami. J’ay découvert qu’il avoit gagné Marine, et c’est pour cela que je l’ay congédiée. Elle a été vous débiter mille impostures pour se venger, et vous êtes assés crédule pour y ajouter foy! Ne deviés-vous pas, dans le moment, faire réflexion que c’étoit une servante passionnée qui vous parloit, et que, si j’avois eu quelque chose à me
reprocher, je n’aurois pas été assés imprudente pour chasser une fille dont j’avois à craindre l’indiscrétion? Cette pensée, dites-moy, ne se présente-t-elle pas naturellement à l’esprit?
M. Turcaret.
J’en demeure d’accord; mais...
La Barone.
Mais, vous avés tort. Elle vous a donc dit, entre autres choses, que je n’avois plus ce gros brillant qu’en badinant vous me mîtes l’autre jour au doigt, et que vous me forçâtes d’accepter?
M. Turcaret.
Ho 1 oui; elle m’a juré que vous l’avés donné aujourd’hui au chevalier, qui est, dit-elle, vôtre parent comme Jean de Vert.
La Barons.
Et si je vous montrois tout à l’heure ce même diamant, que diriés-vous?
M. Turcaret.
Ho! je dirois, en ce cas-là, que... Mais cela ne se peut pas.
La Barone.
Le voila, monsieur; le reconnoissés-vous? Voyés le fond que l’on doit faire sur le rapport de certains valets.
Ab! que cette Marine-là est une grande scélé-