ACTE II, SCENE III
La Barone.
Mais, sérieusement , monsieur , croyés-vous qu’un cœur puisse balancer un instant entre vous et le cKevalier?
M. Turcaret.
Non, madame, je ne le crois pas; mais je le crains.
La Barone.
Que faut-il faire pour dissiper vos craintes?
M. Turcaret.
Éloigner d’ici cet homme-là; consentés-y, madame : j’en sçais les moyens.
Et quels sont-ils?
M. Turcaret.
Je lui donneray une direction en province.
La Barone.
Une direction!
M. Turcaret.
C’est ma maniéré d’écarter les incommodes. Ah! combien de cousins, d’oncles et de maris j’ay faits directeurs en ma vie! J’en ay envoyé jusqu’en Canada.
La Barone.
Mais vous ne songés pas que mon cousin le chevalier est homme de condition , et que ces sortes d’emplois ne lui conviennent pas. Allés,
sans vous mettre en peine de l’éloigner de Paris, je vous jure que c’est l’homme du monde qui doit vous causer le moins d’inquiétude.
M. Turcaret.
Ouf! j’étouffe d’amour et de joie; vous me dites cela d’une maniéré si naïve, que vous me le persuadés. Adieu, mon adorable, mon tout, ma déesse; allés, allés, je vais bien réparer la sottise que je viens de faire. Vôtre grande glace n’étoit pas tout à fait nette, au moins, et je trouvois vos porcelaines assés communes.
Il est vray.
M. Turcaret.
Je vais vous en chercher d’autres.
La Barone.
Voila ce que vous coûtent vos folies.
M. Turcaret.
Bagatelle : tout ce que j’ay cassé ne valoitpas plus de trois cents pistoles.
(// veut s’en aller, la Barone l’arrête.)
La Barone.
Attendés, monsieur; il faut que je vous fasse une priere auparavant.
M. Turcaret.
Une priere? Ho! donnés vos ordres.