ACTE II, SCENE IV
M. Turcarbt.
De la rondcj n’est-ce pas ?
Frontin.
De la ronde, de l’oblique.
M. Turcaret.
Comment, de l’oblique ?
Frontin.
Hë ! oui, d’une écriture que vous connoissés ; là, d’une certaine écriture qui n’est pas légitime.
M. Turcaret.
II veut dire de la bâtarde.
Frontin.
Justement; c’est ce mot-là que je cherchois.
M. Turcaret.
Quelle ingénuité ! Ce garçon-là , madame, est bien niais.
La Barone.
Il se déniaisera dans vos bureaux.
M. Turcaret.
Ho ! qu’oui, madame , ho ! qu’oui ; d’ailleurs, un bel esprit n’est pas nécessaire pour faire son chemin. Hors moy et deux ou trois autres, il n’y a parmi nous que des génies assez communs : il sufSt d’un certain usage , d’une routine que l’on ne manque guere d’attraper. Nous voyons tant de gens! Nous nous étudions à prendre ce que
ie monde a de meilleur; voila toute notre science.
La Barone.
Ce n’est pas la plus inutile de toutes.
M. Turcaret.
Ho! ça, mon ami, tu es à moy, et tes gages courent dés ce moment.
Frontin.
Je vous regarde donc, monsieur, comme mon nouveau maître ; mais, en qualité d’ancien laquais de M. le chevalier , il faut que je m’acquitte d’une commission dont il m’a chargé : il vous donne, et à madame sa cousine , à souper ici ce soir.
M. Turcaret.
Tres-volontiers.
Je vais ordonner chez Fites toutes sortes de ragoûts, avec vingt-quatre bouteilles de vin de Champagne; et, pour égayer le repas, vous aurés des voix et des instrumens.
La Barone.
De la musique, Frontin ?
Frontin.
Oui, madame; à telles enseignes que j’ay ordre de commander cent bouteilles de vin de Suresnes pour abreuver la symphonie.