ACTE III, SCENE IV
dame? Vous le connoissés! vous empruntés sur gages? Palsambleu! il vous ruinera.
La Barone.
Monsieur le marquis...
Le Marquis.
11 vous pillera, il vous écorchera, je vous en avertis. C’est l’usurier le plus vif! Il vend son argent au poids de l’or.
M. Turcaret, bas.
J’aurois mieux fait de m’en aller.
La Barone.
Vous vous méprenés, monsieur le marquis; M. Turcaret passe dans le monde pour un homme de bien et d’honneur.
Le Marquis.
Aussi l’est-il, madame, aussi l’est-il; il aime le bien des hommes et l’honneur des femmes : il a cette réputation-là.
M. Turcaret.
Vous aimés à plaisanter, monsieur le marquis. Il est badin, madame, il est badin; ne le connoissés-vous pas sur ce pied-là?
Oui, je comprends bien qu’il badine ou qu’il est mal informé.
Le Marquis.
Mal informé, morbleu! Madame, personne
ne sauroit vous en parler mieux que moi : il a de mes nippes actuellement.
M. Turcaret.
De vos nippes, monsieur ? Ho 1 je ferois bien serment du contraire.
Le Marquis.
Ah! parbleu! vous avés raison. Le diamant est à vous à l’heure qu’il est, selon nos conventions; j’ay laissé passer le terme.
La Barone.
Expliqués-moy tous deux cette énigme.
M. Turcaret.
Il n’y a point d’énigme là-dedans, madame ; je sçais ce que c’est.
Le Marquis.
Il a raison , cela est fort clair , il n’y a point d’énigme. J’eus besoin d’argent il y a quinze mois; j’avois un brillant de cinq cents louis ; on m’adressa à M. Turcaret; M. Turcaret me renvoya à un de ses commis, à un certain M. Ra, Ra, Rafle : c’est celui qui tient son bureau d’usure. Cet honnête M. Rafle me prêta sur ma bague onze cent trente-deux livres six sols huit deniers; il me prescrivit un temps pour la retirer; je ne suis pas fort exact, moi, le temps est passé, mon diamant est perdu.
M. Turcaret.
Monsieur le marquis , monsieur le marquis.