‹ Turcaret comédie en cinq actes Le SageChapitre 53 sur 107 · ACTE III, SCENE IV · texte numérisé non relu

ACTE III, SCENE IV

ne me confondés point avec M. Rafle, je vous prie; c’est un fripon que j’ay chassé de chés moy : s’il a fait quelque mauvaise manœuvre, vous avés la voie de la justice. Je ne sçais ce que c’est que vôtre brillant, je ne l’ay jamais vu ni manié.

Le Marquis.

Il me venoit de Tna tante; c’étoit un des plus beaux brillans; il étoit d’une netteté, d’une forme, d’une grosseur à peu prés comme... [Il regarde le diamant de la Barone.) Hél... le voilà, madame ! Vous vous en êtes accommodée avec M. Turcaret, apparemment?

La Barone.

Autre méprise, monsieur; je l’ay acheté, assés cher même , d’une revendeuse à la toilette.

Le Marquis.

Cela vient de lui, madame ; il a des revendeuses à sa disposition, et, à ce qu’on dit même, dans sa famille.

M. Turcaret.

Monsieur, monsieur !

La Barone.

Vous êtes insultant, monsieur le marquis.

Le Marquis.

Non, madame, mon dessein n’est pas d’insulter; je suis trop serviteur de M. Turcaret,

quoiqu’il me traite durement. Nous avons eu autrefois ensemble un petit commerce d’amitié ; il étoit laquais de mon grand-pere, il me portoit sur ses bras; nous jouions tous les jours ensemble; nous ne nous quittions presque point : le petit ingrat ne s’en souvient plus.

M. Turcaret.

Je me souviens, je me souviens; le passé est passé, je ne songe qu’au présent.

La Barone.

De grâce, monsieur le marquis, changeons de discours. Vous cherchés M. le chevalier?

Le Marquis.

Je le cherche partout, madame, aux spectacles, au cabaret, au bal, au lansquenet; je ne le trouve nulle part : ce coquin-là se débauche , il devient libertin.

Je luy en feray des reproches.

Le Marcjuis.

Je vous en prie. Pour moy, je ne change point; je mene une vie réglée, je suis toujours à table, et l’on me fait crédit chés Fite et la Morliere, parce qu’on sçait que je dois bientôt hériter d’une vieille tante, et qu’on me voit une disposition plus que prochaine à manger sa succession.

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