ACTE III, SCENE IV
La Barone.
Vous n’êtes pas une mauvaise pratique pour les traiteurs.
Le Marquis.
Non, madame, ni pour les traitans; n’est-ce pas, monsieur Turcaret ? Ma tante pourtant veut que je me corrige : et, pour lui faire accroire qu’il y a déjà du changement dans ma conduite, je vais la voir dans l’état où je suis; elle sera tout étonnée de me trouver si raisonnable, car elle m’a presque toujours vu ivre.
. La Barone.
Effectivement, monsieur le marquis, c’est une nouveauté que de vous voir autrement; vous avés fait aujourd’hui un excès de sobriété.
Le Marquis.
Je soupay hier avec trois des plus jolies femmes de Paris; nous avons bu jusqu’au jour; et j’ay été faire un petit somme chés moy , afin de pouvoir me présenter à jeun devant ma tante.
La Barone.
Vous avés bien de la prudence.
Le Marquis.
Âdieu , ma toute aimable , dites au chevalier qu’il se rende un peu à ses amis; prêtés-le-nous quelquefois; ou je viendray si souvent ici, que je l’y trouveray. Adieu, monsieur Turcaret; je
n’ay point de rancune au moins; touchés là, renouvelons notre ancienne amitié ; mais dites un peu à votre âme damnée, à ce monsieur Rafle, qu’il me traite plus humainement la première fois que j’auray besoin de lui.