ACTE III, SCENE X
M. TüRCARET.
Oui, je comprends cela.
Frontin.
Cette fille-là, monsieur, est de fort bon sens ; elle ne parle pas mal, au moins.
M. Turcaret.
Je ne te trouve pas si sot non plus que je t’ay cru d’abord, toy, Frontin.
Frontin.
Depuis que j’ay l’honneur d’étre à vôtre service, je sens de moment en moment que l’esprit me vient. Ho ! je prévois que je profiteray beaucoup avec vous.
M. Turcaret.
Il ne tiendra qu’à toy.
Frontin.
Je vous proteste, monsieur, que je ne manque pas de bonne volonté. Je donnerois donc à madame la barone un bon grand carrosse bien étoffé.
M. Turcaret.
Elle en aura un. Vos réflexions sont justes : elles me déterminent.
Je sçavois bien que ce n’étoit qu’une faute d’attention.
M. Turcaret.
Sans doute ; et, pour marque de cela, je vais, de ce pas, commander un carrosse.
Frontin.
Fi donc , monsieur ! il ne faut pas que vous paroissiés là-dedans, vous; il ne seroit pas honnête que l’on sût dans le monde que vous donnés un carrosse à madame la barone. Servés-vous d’un tiers, d’une main étrangère, mais fidele. Je connois deux ou trois selliers qui ne sçavent point encore que je suis à vous ; si vous voulés, je me chargeray du soin...
M. Turcaret.
Volontiers. Tu me parois assés entendu , je m’en rapporte à toy. Voilà soixante pistoles que j’ay de reste dans ma bourse , tu les donneras à compte.
Frontin.
Je n’y manqueray pas, monsieur. A l’égard des chevaux, j’ay un maître maquignon qui est mon neveu à la mode de Bretagne ; il vous en fournira de fort beaux.
Qu’il me vendra bien cher, n’est-ce pas ?
Frontin.
Non, monsieur; il vous les vendra en conscience.