‹ Turcaret comédie en cinq actes Le SageChapitre 62 sur 107 · ACTE III, SCENE X · texte numérisé non relu

ACTE III, SCENE X

M. Turcaret.

Ho! parbleu! je n’ay rien à me reprocher làdessus.

Lisette.

‘ Ho ! non : je suis sûre que monsieur n’est pas homme à laisser échapper la moindre occasion de faire plaisir aux personnes qu’il aime. Ce n’est que par là qu’on mérite d’être aimé.

Frontin.

Cependant monsieur ne le mérite pas autant que je le voudrois.

M. Turcaret.

Explique-toy donc.

Frontin.

Oui ; mais ne trouverés-vous point mauvais qu’ en serviteur fidele et sincere je prenne la liberté de vous parler à cœur ouvert ?

M. Turcaret.

Parle.

Frontin.

Vous ne répondés pas assés à l’amour que madame la barone a pour vous.

M. Turcaret.

Je n’y réponds pas !

Frontin.

Non, monsieur. Je t’en fais juge, Lisette;

monsieur, avec tout son esprit, fait des fautes d’attention.

M. Turcaret.

Qu’appelles-tu donc des fautes d’attention ? '

Frontin.

Un certain oubli, certaine négligence...

M. Turcaret.

Mais encore.

Frontin.

Mais, par exemple , n’est-ce pas une chose honteuse que vous n’ayés pas encore songé à lui faire présent d’un équipage?

Lisette.

Ah ! pour cela, monsieur , il a raison : vos commis en donnent bien à leurs maîtresses.

M. Turcaret.

A quoy bon un équipage? N’a-t-elle pas le mien, dont elle dispose quand il lui plaît ?

Frontin.

Ho ! monsieur, avoir un carrosse à soy, ou être obligé d’emprunter ceux de ses amis , cela est bien différent.

Lisette.

Vous êtes trop dans le monde pour ne le pas connoître : la plupart des femmes sont plus sensibles à la vanité d’avoir un équipage qu’au plaisir même de s’en servir.

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