ACTE IV, SCENE I
Elle s’entretient avec Lisette d’un carrosse que je vais ordonner pour elle, et d’une certaine maison de campagne qui lui plaît et qu’elle veut louer, en attendant que je lui en fasse faire l’acquisition.
Le Chevalier.
Un carrosse, une maison de campagne!
quelle folie!
Frontin.
Oui ; mais tout cela doit se faire aux dépens de M. Turcaret. Quelle sagesse 1
Le Chevalier.
Cela change la thèse.
Frontin.
11 n’y a qu’une chose qui l’embarrassoit.
Le Chevalier.
Hé quoy?
Frontin.
Une petite bagatelle.
Le Chevalier,
Dis-moy donc ce que c’est?
Frontin.
Il faut meubler cette maison de campagne; elle ne sçavoit comment engager à cela M. Turcaret; mais le génie supérieur qu’elle a placé auprès de lui s’est chargé de ce soin-là.
Le Chevalier.
De quelle maniéré t’y prendras-tu ?
Frontin.
Je vais chercher un vieux coquin de ma connoissance qui nous aidera à tirer dix mille francs dont nous avons besoin pour nous meubler.
Le Chevalier.
As-tu bien fait attention à ton stratagème ?
Frontin.
Ho! qu’oui, monsieur ! C’est mon fort que l’attention : j’ay tout cela dans ma tête; ne vous mettés pas en peine. Un petit acte supposé... un faux exploit...
Le Chevalier.
Mais prends-y garde, Frontin; M. Turcaret sçait les affaires.
Frontin.
Mon vieux coquin les sçait encore mieux que lui : c’est le plus habile , le plus intelligent écrivain...
Le Chevalier.
C’est une autre chose.
Frontin.
Il a presque toujours eu son logement dans les maisons du roi, à cause de ses écritures.
Le Chevalier.
Je n’ay plus rien à te dire.