LE CHEVALIER, LE MARQUIS
Le Marquis.
Ah ! palsambleu , chevalier , tu deviens bien rare, on ne te trouve nulle part; il y a vingtquatre heures que je te cherche pour te consulter sur une affaire de cœur.
Le Chevalier.
Hé ! depuis quand te mêles-tu de ces sortes d’affaires, toy?
Le Marquis.
Depuis trois ou quatre jours.
Le Chevalier.
Et tu m’en fais aujourd’hui la première confidence? Tu deviens bien discret.
Je me donne au diable si j’y ay songé. Une affaire de cœur ne me tient au cœur que très-
faiblement, comme tu sçais. C’est une conquête que j’ay faite par hasard, que je conserve par amusèment, et dont je me déferay par caprice, ou par raison peut-être.
Le Chevalier.
Voilà un bel attachement!
Le Marquis.
11 ne faut pas que les plaisirs de la vie nous occupent trop sérieusement. Je ne m’embarrasse de rien, moy; elle m’avoit donné son portrait, je l’ay perdu; un autre s’en pendroit, je m’en soucie comme de cela.
Le Chevalier.
Avec de pareils sentimens tu dois te faire adorer. Mais, dis-moy un peu, qu’est-ce que c’est que cette femme-là?
Le Marquis.
C’est une femme de qualité, une comtesse de province ; car elle me l’a dit.
Le Chevalier.
Hé ! quel temps as-tu pris pour faire cette conquête-là ? Tu dors tout le jour, et bois toute la nuit ordinairement.
Ho! non pas, non pas, s’il vous plaît; dans ce temps-ci , il y a des heures de bal : c’est là qu’on trouve de bonnes occasions.
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