‹ Turcaret comédie en cinq actes Le SageChapitre 80 sur 107 · ACTE IV, SCENE X i · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCENE X i

Madame Jacob.

Une garniture de quinze cents livres, que veut revendre une fermiere des regrats; elle ne l’a mise que deux fois. La dame en est dégoûtée, elle la trouve trop commune, elle veut s’en défaire.

La Barone.

Je ne serois point fâchée de voir cette coiffure.

Madame Jacob.

Je vous l’apporteray dés que je l’auray, madame ; je vous en feray avoir bon marché.

Lisette.

Vous n’y perdrés pas; madame est généreuse.

Madame Jacob.

Ce n’est pas l’intérêt qui me gouverne; et j’ay. Dieu merci , d’autres talens que de revendre à la toilette.

La Barone.

J’en suis persuadée.

Lisette.

Vous en avés bien la mine.

Madame Jacob.

Hé! vraiment, si je n’avois pas d’autre ressource , comment pourrois-je élever mes enfans aussi honnêtement que je fais? J’ay un mari, à la

vérité, mais il ne sert qu’à grossir ma famille, sans m’aider à l’entretenir.

Il y a bien des maris qui font tout le contraire.

La Barone.

Hé! que faites-vous donc, madame Jacob, pour fournir ainsi toute seule aux dépenses de vôtre famille?

Madame Jacob.

Je fais des mariages, ma bonne dame. Il est vray que ce sont des mariages légitimes , ils ne produisent pas tant que les autres; mais, voyésvous, je ne veux rien avoir à me reprocher.

Lisette.

C’est fort bien fait.

Madame Jacob.

J’ay marié depuis quatre mois un jeune mousquetaire avec la veuve d’un auditeur des Comptes : la belle union! Ils tiennent tous les jours table ouverte ; ils mangent la succession de l’auditeur le plus agréablement du monde.

Lisette.

Ces deux personnes-là paroissent bien assorties.

Madame Jacob.

Ho! tous mes mariages sont heureux, et si

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