ACTE IV, SCENE X
défendu l’entrée de sa maison, et il n’a pas le cœur d’employer mon époux.
La Barone.
Cela crie vengeance.
Lisette.
Ah ! le mauvais frere !
Madame Jacob.
Aussi mauvais frere que mauvais mari : n’a-t-il pas chassé sa femme de chés lui ?
La Barone.
Ils faisoient donc mauvais ménage?
Madame Jacob.
Ils le font encore, madame; ils n’ont ensemble aucun commerce, et ma belle-sœur est en province.
La Barone.
Quoy! M. Turcaret n’est pas veuf?
Madame Jacob.
• Bon ! il y a dix ans qu’il est séparé de sa femme, à qui il fait tenir une pension à Valognes, afin de l’empécher de venir à Paris.
La Barone.
Lisette !
Lisette.
Par ma foy, madame, voila un méchant homme !
ii8 TURCARET
Madame Jacob.
Ho ! le ciel le punira tôt ou tard , cela ne lui peut manquer; et j’ay déjà ouï dire dans une maison qu’il y avoit du dérangement dans ses affaires.
La Barone.
Du dérangement dans ses affaires ?
Madame Jacob.
Hé ! le moyen qu’il n’y en ait pas? C’est un vieux fou qui a toujours aimé toutes les femmes, hors la sienne; il jette tout par les fenêtres dés qu’il est amoureux; c’est un panier percé.
Lisette, bas.
A qui le dit-elle? Qui le sçait mieux que nous?
Madame Jacob.
Je ne sçais à qui il est attaché présentement ; mais il a toujours quelque demoiselle qui le plume, qui l’attrape ; et il s’imagine les attraper, lui, parce qu’il leur promet de les épouser. N’est-ce pas là un grand sot? Qu’en dites-vous, madame?
La Barone, déconcertée.
Oui, cela n’est pas tout à fait...
Madame Jacob.
Ho! que j’en suis aise! il le mérite bien, le malheureux! il le mérite bien. Si je connoissois