ACTE V, SCENE VI
senter une aimable dame, la plus spirituelle , la plus galante, la plus amusante personne... Tant de bonnes qualités, qui vous sont communes, doivent vous lier d’estime et d’amitié.
La Barone.
Je suis très-disposée à cette union... {Bas, à Lisette.) C’est l’original du portrait que le chevalier m’a sacrifié.
Madame Turcaret.
Je crains, madame, que vous ne perdiés bientôt ces bons sentimens. Une personne du grand monde, du monde brillant, comme vous, trouvera peu d’agrémens dans le commerce d’une femme de province.
La Barone.
Ah! vous n’avés point l’air provincial, madame; et nos dames le plus de mode n’ont pas de maniérés plus agréables que les vôtres.
Le Marquis.
AhI palsambleu! non; je m’y connois, madame ; et vous conviendrés avec moy, en voyant cette taille et ce visage-U, que je suis le seigneur de France du meilleur goût.
Vous êtes trop poli, monsieur le marquis; ces fiatteries-là pourroient me convenir en province, où je brille assés, sans vanité. J’y suis toujours à l’affût des modes ; on me les envoie toutes dés
le moment qu’elles sont inventées, et je puis me vanter d’étre la première qui ail porté des pretintailles dans la ville de Valognes.
Lisette, bas.
Quelle folle !
La Barone.
Il est beau de servir de modèle à une ville comme celle-là.
Madame Turcaret.
Je l’ay mise sur un pied! j’en ay fait un petit Paris par la belle jeunesse que j’y attire.
Le Marcjuis.
Comment , un petit Paris ! Sçavés-vous bien qu’il faut trois mois de Valognes pour achever un homme de cour?
Madame Turcaret.
Ho! je ne vis pas comme une dame de campagne, au moins, je ne me tiens point enfermée dans un château, je suis trop faite pour la société. Je demeure en ville, et j’ose dire que ma maison est une école de politesse et de galanterie pour les jeunes gens.
Lisette.
C’est une façon de collège pour toute la basse Normandie.
Madame Turcaret.
On joue chés moy, on s’y rassemble pour mé-