‹ Turcaret comédie en cinq actes Le SageChapitre 93 sur 107 · ACTE V, SCENE VIII · texte numérisé non relu

ACTE V, SCENE VIII

Madame Jacob.

Par quelle aventure, madame, vous rencontré- )e en cette maison.

Madame Turcaret, bas.

Payons de hardiesse. (Haut.) Je ne vous connois pas, ma bonne.

Madame Jacob.

Vous ne connoissés pas madame Jacob? Tredame ! est-ce à cause que depuis dix ans vous êtes séparée de mon frere, qui n’a pu vivre avec vous, que vous feignés de ne me pas connoître?

Le Marquis.

Vous n’y pensés pas, madame Jacob; sçavésvous bien que vous parlés à une comtesse? Madame Jacob.

A une comtesse! Hé! dans quel lieu, s’il vous plaît, est sa comté? Ha! vraiment, j’aime assés ces gros airs-là !

Vous êtes une insolente, m’amie.

Madame Jacob.

Une insolente! moy, je suis une insolente! Jour de Dieu ! ne vous y joués pas : s’il ne tient qu’à dire des injures, je m’en acquitteray aussi bien que vous.

Madame Turcaret.

Ho! je n’en doute pas : la fille d’un maréchal

de Domfront ne doit point demeurer en reste de sottises.

Madame Jacob.

La fille d’un maréchal! Pardi! voilà une dame bien relevée, pour venir me reprocher ma naissance! Vous avés apparemment oublié que M. Briochais, vôtre pere, étoit pâtissier dans la ville de Falaise. Allés, madame la comtesse, puisque comtesse y a, nous nous connoissons toutes deux : mon frere rira bien quand il saura que vous avés pris ce nom burlesque pour venir vous requinquer à Paris; je voudrois, par plaisir, qu’il vînt ici tout à l’heure.

Le Chevalier.

Vous pourrés avoir ce plaisir-là, madame : nous attendons à souper M. Turcaret.

Madame Turcaret.

Ahi!

Le Marquis.

Et vous souperés aussi avec nous, madame Jacob; car j’aime les soupers de famille.

Madame Turcaret.

Je suis au désespoir d’avoir mis le pied dans cette maison!

Lisette.

Je le crois bien.

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